Me Jacqueline Moudeïna sur l’affaire Habré : ‘Il n’y a aucune volonté politique sénégalaise d’arriver à un jugement’ – Walf Fadjri

La plainte des victimes d’Hissène Habré déposée, à Dakar depuis septembre 2008 et qui n’a pas connu de suite, le versement global de 27 millions d’euros (soit plus de 17 milliards de francs Cfa) qu’exige le Sénégal pour la tenue du procès sont des preuves, selon Me Jacqueline Moudeïna, qu’il n’y a aucune volonté politique d’arriver à un jugement de Habré.

Le versement global de 27 millions d’euros soit 17 milliards 685 millions de francs Cfa, qu’exige l’Etat du Sénégal pour juger Hissène Habré, est une volonté manifeste de la part des autorités sénégalaises de ne pas tenir le procès de l’ancien chef d’Etat tchadien qui vit en exil à Dakar depuis 1992. C’est l’avis de la coordinatrice du comité de pilotage du jugement d’Hissène Habré, Me Jacqueline Moudeïna. ‘Le Sénégal demande 27 millions d’euros d’un coup. Mais cela ne peut pas se faire’, a fait savoir, hier, l’avocate par ailleurs présidente de l’Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l’Homme (Atpdh).

Face à la presse, Me Moudeïna a soutenu qu’’aucun procès n’a été financé globalement par la communauté internationale’. ‘Par exemple, pour le Liberia, le procès n’est pas financé globalement. Mais c’est un plan qui est établi avec un projet élaboré ; puis c’est par tranche que la communauté internationale s’engage en ce qui concerne le financement. Jamais, il n’a été versé globalement de l’argent pour un procès’, insiste l’avocate. Mieux, ajoute Me Moudeïna, ’la plainte déposée par les victimes auprès du procureur général à Dakar depuis septembre 2008 et à laquelle nous n’avons aucune suite nous conforte dans notre position que toutes les déclarations du Sénégal se révèlent être de la mascarade. Il n’y a aucune volonté politique d’arriver à un jugement d’Habré’.

En outre, la coordinatrice du comité de pilotage du jugement d’Hissène Habré informe que les bailleurs attendent depuis, deux ans, que le Sénégal élabore un plan d’organisation du procès, mais aussi un budget ‘raisonnable’ qui accompagne le plan pour leur permettre de s’engager. Mais ‘en vain’, regrette l’avocate. Et Me Moudeïna de s’en prendre au passage à l’Union africaine qui, dit-elle, ‘a fait circuler des informations selon lesquelles le budget pour le procès d’Habré a été élaboré par le Sénégal en collaboration avec les bailleurs, mais c’est faux. Il n’y a pas eu de budget qui puisse engager les pays qui sont prêts à financer le procès’, lance d’un ton ferme la présidente de l’Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l’Homme. Non sans regretter qu’en dehors du Tchad, aucun pays de l’Union africaine ne s’est engagé à s’impliquer financièrement dans le procès.

Toutefois, la présidente de l’Atpdh rappelle qu’on ne peut expliquer la non-tenue du procès par un problème d’argent, car ‘depuis longtemps, l’Union européenne s’est engagée avec deux millions d’euros pour la phase préliminaire de l’instruction. Ensuite, elle s’engage à financer le projet, année après année. Le Tchad également a prévu trois millions d’euros comme participation à l’organisation de ce procès. Et à titre individuel, la France, la Belgique, les Pays Bas, la Suisse se sont engagés. Le Sénégal n’a pas pris la peine de répondre à toutes ces offres’, fait-elle remarquer.

En outre, les menaces du chef de l’Etat, Abdoulaye Wade, d’expulser Hissène Habré ne rassurent pas les victimes de l’ancien homme fort du Tchad. Selon Me Jacqueline Moudeïna, les victimes craignent qu’Habré, expulsé, connaisse le même sort que ‘les autres dictateurs africains : Idy Amin Dada (Ouganda) qui s’est retrouvé en Arabie Saoudite et l’Ethiopien Menguisto au Zimbabwé et ont échappé à la justice’.

Yakhya MASSALY


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