Enfants africains: le président tchadien évoque un acte horrible – Reuters

Le président tchadien Idriss Déby a déclaré vendredi que les neuf Français arrêtés pour avoir tenté d’amener à des familles d’accueil en Europe une centaine d’enfants africains seraient sanctionnés pour cet « acte horrible« .

La police tchadienne a arrêté jeudi sur l’aéroport d’Abéché, près de la frontière avec le Soudan, ces personnes parmi lesquelles figurait Eric Breteau, président de l’ONG « Arche de Zoé« , à l’origine de l’opération.

Le groupe s’apprêtait à quitter le Tchad par avion en compagnie des enfants, qui semblent être originaires de la province soudanaise en guerre du Darfour.

« C’est un acte horrible que je qualifie de crime. Je le condamne fermement« , a déclaré Déby aux journalistes vendredi lors d’une visite dans un centre social d’Abéché où les enfants ont été pris en charge.

« Toutes les dispositions administratives et juridiques seront prises pour que ces gens et leurs complices répondent de leurs actes. Les autorités tchadiennes et soudanaises doivent désormais mettre en oeuvre des systèmes de contrôle pour que cela ne se reproduise plus. »

Après le Quai d’Orsay jeudi, le porte-parole de l’Elysée, David Martinon, a condamné l’opération.

Ahmat Mahamat Bachir, ministre de l’Intérieur tchadien, a expliqué jeudi à Reuters que l’association n’avait aucune autorisation officielle.

L’Arche de Zoé répond que les 103 enfants, « orphelins de père, de mère et de famille« , lui ont été confiés sur le territoire du Darfour par des chefs de village et qu’elle les a conduits au Tchad avec l’autorisation du gouvernement de N’Djamena.

Le parquet de Paris, qui avait été saisi selon David Martinon dès juillet par le Quai d’Orsay des préparatifs de cette opération, repérés par une surveillance d’internet, a ouvert une information judiciaire mercredi pour « exercice illégal de l’activité d’intermédiaire en vue de l’adoption », a-t-on appris au bureau du procureur Jean-Claude Marin.

LONGUE ATTENTE POUR LES FAMILLES D’ACCUEIL

Les familles d’accueil de France et de Belgique, qui ont acquitté de fortes sommes, ont attendu en vain toute la nuit sur l’aéroport de Vatry, dans la Marne. Les représentants de l’Arche de Zoé ont nié toute intention frauduleuse et assuré que Paris était au courant de toute l’opération.

« Tout était en règle avec l’accord du gouvernement français, qui était au courant de l’opération depuis avril« , a dit à Paris sur BFM TV Agathe Deregnancourt, du Collectif des familles pour les orphelins du Darfour.

« Il ne s’agissait pas ni d’achat ni d’adoption. (Les enfants) devaient avoir en toute légalité une carte de réfugié politique pour avoir le droit d’asile en France et des familles étaient bénévoles pour accueillir les enfants chez elles.« 

Rama Yade, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l’homme du gouvernement français, a bien été contactée il y a trois mois par l’Arche de Zoé, a confirmé l’Elysée. David Martinon assure qu’elle a alors averti les autres autorités gouvernementales du caractère « douteux » de l’initiative.

On ignore cependant pourquoi l’opération a pu aller dans ce cas jusqu’à une quasi-exécution. David Martinon a démenti « formellement » que l’association ait bénéficié de l’appui de l’Elysée et de Cécilia Sarkozy.

Rama Yade n’exclut pas le scénario criminel, dans un entretien au Parisien de vendredi.

« Enlever les enfants comme ça est de mon point de vue illégal et irresponsable. Nous n’avons pas encore assez d’éléments pour (parler d’un trafic d’enfants-NDLR), mais il y a des risques« , dit-elle.

La justice devra éclaircir l’aspect financier de l’affaire. Selon le Quai d’Orsay, les familles d’accueil ont payé entre 2.800 et 6.000 euros. Le total des sommes collectées s’élèverait donc à environ un million d’euros. L’Arche de Zoé explique que ces dons visaient exclusivement à financer l’opération.

L’ambassade française au Tchad va par ailleurs travailler avec le Tchad et l’Onu pour assurer la protection des 103 enfants concernés, qui semblent être majoritairement soudanais et ont entre trois et cinq ans, a dit David Martinon.

Ils venaient sans doute de la région d’Adré, à la frontière tchado-soudanaise, disait une source diplomatique française jeudi.


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