L’état d’urgence prolongé au Tchad malgré l’accord de paix – Reuters

Les autorités tchadiennes ont prolongé vendredi l’état d’urgence dans l’est du pays au lendemain de la signature d’un accord de cessez-le-feu présenté par le président Idriss Déby comme la dernière chance de rétablir la paix.

Le gouvernement du Tchad a décrété la semaine dernière l’état d’urgence dans l’est du pays, qui jouxte la province soudanaise du Darfour, et dans le Nord, après des affrontements interethniques qui ont fait 20 morts.

Le Parlement a approuvé vendredi la prolongation de l’état d’urgence pendant 45 jours. Les gouverneurs des régions concernées auront le pouvoir de procéder à des perquisitions et à des arrestations à toute heure de la journée. Ils pourront limiter les déplacements des individus et des véhicules ainsi que restreindre les réunions et l’activité des médias.

Cette décision montre que le gouvernement de Déby reste préoccupé par la situation à sa frontière Est malgré l’accord de cessez-le-feu signé jeudi à Syrte, en Libye, avec les quatre principaux groupes rebelles.

L’accord conclu sous l’égide de la Libye prévoit un cessez-le-feu immédiat, la libération de prisonniers et la création d’une commission visant à intégrer des personnalités issues des groupes rebelles dans l’appareil étatique tchadien.

Tout en formulant le voeu que cet accord permette de rétablir la paix dans son pays, Déby a souligné que de nombreux accords de paix signés n’avaient pas été suivis d’effet.

« Je crois que ça, c’est le dernier accord, bien le dernier accord, que le gouvernement signe avec une opposition« , a-t-il déclaré au micro de Radio France Internationale (RFI), qui a diffusé l’entretien vendredi.

« Et je crois que c’est la dernière fois que le Tchad accepte qu’un autre pays voisin arme des Tchadiens contre des Tchadiens« , a-t-il ajouté.

« (Si) un pays dans le futur (…) cherche à armer des Tchadiens contre le gouvernement tchadien, contre le Tchad, nous entrerons, nous irons directement en guerre avec ce pays-là et pas avec les Tchadiens« , a-t-il poursuivi.

MENACE DE GUERRE

Ses propos peuvent être interprétés comme une ferme mise en garde à l’encontre du Soudan, que le Tchad accuse depuis longtemps de soutenir les insurgés tchadiens qui mènent une guérilla anti-gouvernementale dans l’est du pays, frontalier du Darfour soudanais.

Les accusations formulées par le passé par le Tchad contre le Soudan, auquel il a reproché d’armer des rebelles opposés à son gouvernement – ce que Khartoum a nié à plusieurs reprises – a mené parfois les deux fois au bord de la guerre.

Des médiations entreprises par la Libye voisine ont débouché sur plusieurs accords de paix bilatéraux qui n’ont pas pour autant mis un terme aux raids des rebelles et aux affrontements à la frontière.

Déby, qui a pris le pouvoir en 1990 à la suite d’un soulèvement dans l’Est et est accusé par ses rivaux de corruption et de favoritisme envers son clan, les Zaghawas, a fait savoir qu’il ne tolèrerait plus aucun soutien extérieur aux insurgés.

L’accord, qui a été salué par le président français Nicolas Sarkozy, a été signé en présence de Déby, du président soudanais Omar Hassan al Bachir, et du numéro un libyen, Mouammar Kadhafi.

Il a pour objectif de mettre un terme à plus de deux années de violences sporadiques dans l’Est tchadien, déstabilisé par la crise au Darfour.

Sa signature est intervenue à l’avant-veille de l’ouverture du sommet de Syrte, en Libye, où représentants du gouvernement soudanais et d’une partie des groupes rebelles du Darfour tenteront de progresser sur la recherche d’un règlement.

Les groupes rebelles tchadiens signataires de l’accord comptent l’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) de Mahamat Nouri et l’Assemblée des forces du changement de Timan Erdimi.

Les deux autres mouvements sont la Concorde nationale tchadienne (CNT) et la faction UFDD-Fondamentale.

Nouri a déclaré sur les ondes de RFI qu’il espérait que cet accord permette de rétablir la paix mais il a ajouté qu’il restait des incertitudes sur un certain nombre de points tels que le désarmement ou la réintégration.

« Chacun interprète un peu à sa manière le document (…) Pourquoi désarmer un parti si nos éléments doivent constituer une partie de l’armée nationale« , s’est-il interrogé.

Betel Miarom


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