Le Tchad veut punir "sévèrement" les Français accusés de trafic d’enfants – Afp

Les responsables de l’ONG l’Arche de Zoé seront « sévèrement punis » pour avoir tenté de transférer en France une centaine d’enfants originaires du Tchad et du Darfour, a assuré vendredi le président tchadien, une qui a également suscité en France une vague de protestation.

Neuf Français, dont plusieurs membres de cette ONG, et trois journalistes ont été interpellés à Abéché, principale ville de l’est tchadien, pour avoir « enlevé » 103 enfants âgés de un à huit ans.

Pour le président tchadien, Idriss Deby Itno, il s’agit d' »un enlèvement pur et simple » d’enfants « récupérés » jeudi par la police locale, quelques heures avant leur transfert en France par avion. L’opération prévue est « inhumaine, impensable et inadmissible. (…) Les auteurs seront sévèrement sanctionnés« , a affirmé le président.

Les enfants sont en bonne santé mais choqués, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ils ont été confiés à un centre social d’Abéché.

L’Unicef et la secrétaire d’Etat française aux Affaires étrangères et aux Droits de l’Homme, Rama Yade, ont jugé « illégale et irresponsable » cette tentative d' »enlèvement ».

« Dès le 22 juillet, toutes les ONG travaillant au Darfour que j’avais réunies, ont été unanimes pour condamner cette opération« , a précisé Rama Yade dans le journal Aujourd’hui en France/Le Parisien paru vendredi.

Une « enquête pénale est en cours » à Paris, a pour sa part annoncé le ministère français des Affaires étrangères qui a dénoncé « avec fermeté » l’opération tentée par l’ONG.

Cette procédure a été ouverte « dans le contexte d’une dénonciation laissant penser qu’une association allait se livrer à une activité d’intermédiaire dans le domaine de l’adoption sans autorisation« , a-t-on indiqué de source judiciaire à Paris.

Quelque 300 familles, principalement françaises, ont versé entre 2.800 et 6.000 euros pour recevoir un enfant du Darfour dans le cadre de cette opération, selon une source diplomatique à Paris.

De son côté, l’un des responsables de l’Arche de Zoé, Christophe Letien, a tenté de plaider la cause de son organisation en assurant que l’opération projetée était une « action humanitaire d’urgence, et non un trafic d’enfants« . Il s’est vivement étonné du « revirement des autorités tchadiennes » qui, selon lui, avaient donné leur accord.

L’arche de Zoé, a-t-il assuré, avait monté cette opération, baptisée Children Rescue, afin de « sauver de la mort » des orphelins affectés par la guerre civile au Darfour et les faire « accueillir » par des familles.

Pour le président d’Unicef-France, Jacques Hintzy, les premiers entretiens avec les enfants « laissent supposer qu’il y a peu d’orphelins » parmi eux.

Des personnes employées par l’association ont expliqué à l’AFP, sous couvert d’anonymat, que des enfants « très mal en point », pour la plupart originaires du Darfour, avaient été acheminés par avion à Abéché ces dernières semaines, notamment à partir de la ville d’Adré, à la frontière Tchad-Soudan.

Le chef du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha) au Soudan, Antoine Gérard, a estimé qu’ils pourraient provenir de camps de réfugiés ou de déplacés mais qu' »il ne s’agit pas nécessairement d’enfants soudanais« . L’Arche de Zoé n’a « jamais été enregistrée » au Soudan, a-t-il assuré.

La guerre au Darfour a fait environ 200.000 morts et 2,1 millions de déplacés depuis février 2003, selon l’ONU, des chiffres que Khartoum conteste.


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