Tchad – De nouvelles priorités dans le Sud – MSF

Au Tchad, MSF maintient sa présence à Dogdoré dans l’est du pays, et s’apprête à quitter Goré, pour redéfinir ses activités dans le sud. Au-delà de la réponse aux urgences récurrentes, Frédéric Emirian, chef de mission MSF au Tchad, nous explique les principaux axes d’intervention envisagés.

Dans l’est du Tchad, la situation semble relativement stabilisée pour les déplacés et les réfugiés. Pourquoi avoir choisi de rester à Dogdoré ?
Nous ne sommes plus confronté à la situation d’urgence qui prévalait en 2006 et 2007, lorsque environ 185 000 déplacés internes tchadiens se sont ajoutés aux 250 000 réfugiés arrivés du Darfour à partir de 2004.

Toutefois, plusieurs facteurs continuent de justifier notre présence. D’une part, le risque épidémique demeure : en début d’année, les sections suisses et hollandaises ont ainsi mené une campagne de vaccination en urgence contre la rougeole dans l’Est. D’autre part, à Dogdoré, la population d’environ 30 000 personnes (dont 27 000 déplacés) reste très dépendante des organismes d’aide. MSF est toujours la seule organisation à leur offrir des soins médicaux dans Dogdoré et les environs.

En effet, entre octobre 2008 et juin de cette année, les organisations présentes à Dogdoré ont à plusieurs reprises dû évacuer leurs équipes internationales pour des raisons de sécurité. Au cours de cette période, nous avons constaté par exemple une détérioration assez importante de l’état de santé des jeunes enfants affectés par le manque d’eau potable. Grâce à l’équipe tchadienne restée sur place, nous avons pu procéder à des consultations et à des soins d’urgence. Sans la présence de MSF, ces enfants n’auraient pas eu accès à des soins pourtant élémentaires.

Qu’en est-il de l’investissement de MSF au sein de l’hôpital de Goré, dans le sud-ouest du pays ?

Aujourd’hui, les réfugiés ne représentent que 5 à 7 % des hospitalisations, ce qui montre bien que le projet ne répond plus à ses objectifs initiaux : en 2006, nous étions en effet intervenu en urgence pour répondre à l’afflux de 30 000 à 50 000 réfugiés centrafricains, et d’autres organisations avaient ensuite ouvert des centres de santé dans les camps de réfugiés.

Par ailleurs, nous sommes aujourd’hui davantage investis dans une activité de routine et ne répondons plus à la situation qui motivait notre intervention au départ. Notre activité chirurgicale est à ce titre emblématique, puisque nous réalisons en majorité des interventions programmées (hernies, abcès, etc.) et très peu de chirurgie d’urgence.

Nous avons donc annoncé aux autorités tchadiennes notre intention de nous désengager de l’hôpital de Goré d’ici à la fin de l’année, et sommes actuellement en discussion avec nos partenaires du ministère de la Santé publique pour déterminer les modalités de notre retrait progressif, service par service. Ce désengagement ne signifie pas notre départ du sud du pays. Au contraire, nous voulons y redéfinir nos activités.

Quels sont les axes d’intervention envisagés ?

Le paludisme reste la principale cause de mortalité, malnutrition et VIH sont aussi très répandus, et certaines pathologies négligées telles que la trypanosomiase ne sont pas correctement prises en charge. Aujourd’hui, MSF débute de nouvelles activités de prise en charge du paludisme, et mène des missions d’évaluation en se concentrant sur ces pathologies qui affectent un grand nombre de personnes.

Cela va aussi nous permettre d’être réactifs à d’éventuelles urgences dans une région au fort potentiel d’instabilité, soumise à d’importants risques épidémiques et où la situation sanitaire demeure précaire.

C’est d’ailleurs dans le sud du pays que nous avons mené nos interventions d’urgence au cours de l’année écoulée. Suite à de nouveaux afflux de réfugiés centrafricains, nous sommes intervenus de manière ponctuelle à Maro en 2008, et à Daha et Massembagne en 2009. En mai 2009, notre campagne de vaccination contre la méningite a également eu lieu dans le Sud.



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