DEMARCHE – Pour réclamer le jugement ou l’extradition de Habré – le Quotidien

Le Comité des Nations-Unies contre la torture à Dakar depuis mercredi La traque contre Hissène Habré se poursuit. Un avocat chilien membre du Comité des Nations Unies contre la torture (Cat) séjourne au Sénégal à la recherche de l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré, accusé d’avoir ordonné le meurtre de 40 000 personnes pour des raisons politiques au cours des huit années (1982-1990) pendant lesquelles il était Président
Claudio Grossman, avocat d’origine chilienne, qui fut exilé durant le règne du pouvoir militaire du général Pinochet (1973-1990) est l’actuel président du Cat, un organe basé à Genève et composé de 10 experts indépendants sélectionnés par les pays qui ont signé la Convention des Nations Unies contre la Torture, ratifiée en 1987. Il est également Doyen de la Faculté de droit de l’université américaine de Washington.

Crossman effectue un voyage de trois jours au Sénégal. Il est à Dakar depuis mercredi. Il est accompagné du professeur espagnol Fernando Mariño Menendez, membre du Cat. Objectif : demander au gouvernement de traduire en justice Habré, qui s’est exilé au Sénégal depuis sa chute du pouvoir en 1990.
«Nous allons à une mission de suivi, indiquait Menendez au quotidien Chilien «La Nacion» pour s’assurer que le Sénégal va se conformer à ses obligations, et rappeler au gouvernement, son devoir de traduire en justice le dictateur tchadien qui a été accusé de torture et crimes contre l’humanité.» La Belgique avait demandé en 2005 l’extradition de Habré après l’avoir formellement mis en cause en 2001 de meurtre de 21 personnes dont trois belges.

En mai 2006, le Cat statua qu’en accord avec la Convention contre la torture, qui oblige les Etats qui ont signé le traité, dont le Sénégal, à étendre leurs compétences en dehors de leurs frontières pour poursuivre les auteurs d’actes de torture, le gouvernement sénégalais doit soit extrader Habré au Tchad ou le juger au Sénégal pour les violations des droits humains commises.

Suite à la décision du Cat, le Président sénégalais Abdoulaye Wade avait consulté l’Union africaine qui a ordonné le jugement de Habré à Dakar. En mai 2008, le Sénégal a, devant la Cour internationale de justice donné son accord pour le jugement de Habré mais n’a, jusqu’à présent pas traduit l’ancien dictateur tchadien en justice.

Selon un rapport de Human rights watch, Habré est responsable d’assassinats politiques de 40 000 personnes mais également d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées et de 1 200 cas de torture qui se sont soldés par la mort durant les huit années de son régime militaire.
Habré, qui a pris le pouvoir en 1982 à la faveur d’un coup d’Etat militaire, fut destitué et forcé à l’exil en 1990 par l’ancien commandant des Forces armées Idriss Deby dont le gouvernement n’a pas jugé utile de demander l’extradition de Habré, mais s’est cependant engagé à donner 4,5 millions de dollars Us (près de 2 milliards de francs Cfa) pour participer au financement de son procès.

La difficulté du Cat à traduire Habré en justice est identique à celle qu’il a eue pour Pinochet, dont on dit qu’il a été responsable de 3 000 assassinats politiques, de disparitions forcées et 27 000 cas de torture. Pinochet a été arrêté en 1998 à Londres où il séjournait pour raisons médicales, pour le meurtre d’Espagnols.
Le Royaume Uni avait indiqué que l’Espagne devait soit l’extrader ou le juger en Grande Bretagne. Cependant, le gouvernement britannique avait jugé Pinochet médicalement inapte à affronter un procès et l’a finalement renvoyé au Chili en mars 2000. Il mourut dans un hôpital de Santiago en 2006 sans jamais être emprisonné pour tous les crimes dont il a été accusé.


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