Innocent Ebode inquiet pour sa famille restée au Tchad – Le Messager

Mercredi 14 octobre dernier, le régime autocratique du président tchadien Idriss Déby, pour n’avoir pas apprécié la grande mue impulsée par le journaliste camerounais Innocent Ebodé, propulsé rédacteur en chef du journal tchadien La Voix, l’a expulsé.

Selon certaines sources, les autorités tchadiennes n’ont pas digéré, ni apprécié les enquêtes activées par notre compatriote sur les salaires du président de la République Idriss Deby, celui de son Premier ministre et ceux des membres du gouvernement tchadien. Après avoir démontré l’écart entre le train de vie de ces hauts responsables et leurs revenus réels, le journal a également spéculé sur les pistes de succession au poste de Premier ministre qu’occupe Saleh Abbas. Et comme si cela ne suffisait pas, La Voix a mis son nez sur les faramineuses sommes d’argent dépensées par le régime Deby dans l’achat des armes. Le journaliste expulsé a confié à notre confrère Mutations que l’Etat tchadien après investigations, aurait pour la seule année 2008, dépensé environ 8.5 milliards pour l’achat des armes. Des informations qui n’ont pas plu aux autorités tchadiennes.

Interrogé durant deux heures au Haut conseil de la communication sur le caractère osé de ces articles, il avait été remis à la disposition des renseignements généraux qui l’ont à leur tour confié à la Direction de la sécurité du territoire qui l’a expulsé vers Kousseri. Faute de trouver à redire sur le caractère professionnel des papiers de Innocent Ebodé, les autorités tchadiennes ont fait valoir qu’il était en situation irrégulière, sans pour autant évoquer le sort de sa femme. Le comble, c’est que le journaliste camerounais expulsé après seulement deux à trois mois au Tchad, est sans nouvelles de sa famille, malgré les assurances que lui a faites le consul du Cameroun au Tchad. Plus de six jours après son expulsion, sa famille (son épouse et ses deux enfants) reste bloquée à N’djaména

Dimanche 18 octobre , nous avons appris que Innocent Ebodé, rédacteur en chef du journal tchadien La Voix était en route pour Yaoundé en provenance de Kousseri. Selon nos informations, il devrait pouvoir disposer d’un laisser-passer auprès du ministère des Relations extérieures afin de retourner dans la capitale tchadienne au plus tôt récupérer sa famille. Sans le sésame des Relations extérieures, ce retour serait conditionné par une autorisation spéciale que doit lui délivrer le ministre camerounais de l’Administration territoriale et de la décentralisation. Depuis son expulsion, les deux ministères ne semblent pas s’intéresser au sort de ce Camerounais dont la famille reste en péril en territoire tchadien.

Innocent Ebodé a pratiquement bouleversé le landerneau médiatique tchadien en quelques semaines. Avec l’hebdomadaire La Voix, paraissant le mardi, propriété d’un groupe d’avocats tchadiens, il a en quelques semaines osé s’aventurer sur un terrain tabou. Ses articles sur la succession du Premier ministre tchadien, le limogeage de personnalités pour mauvaise gestion et bien d’autres encore ont fini par irriter. Avant de quitter le Cameroun, il a travaillé tour à tour à L’Action et à l’hebdomadaire Repères. Il est diplômé de l’Ecole de journalisme de Yaoundé. Dans une sous région Afrique centrale où, on clame à cor et à cri les vertus de l’intégration sous régionale, l’on peut bien s’interroger sur cette répression des hommes de médias et sur la mobilité ainsi hypothéquée des biens et des personnes.


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