Disgrâce: Le gouverneur de la Beac limogé – Le Messager

Le nouveau président de la République du Gabon a réuni son équipe gouvernementale lundi 19 octobre à Libreville dans le cadre de son premier conseil des ministres. Outre les directives en matière de gestion efficiente des ressources publiques, Ali Bongo a rappelé à Libreville Philibert Andzembé, l’actuel gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac).

Sur le sujet, le site web gaboneco, indique que le nouveau gouvernement gabonais, «après avoir déploré la situation qui prévaut au bureau extérieur de la Beac à Paris, (…) caractérisée par des malversations financières provisoirement évaluées à 19 milliards de francs Cfa», a décidé de «rappeler le gouverneur de la Beac (…) en vue de son remplacement», citant le communiqué officiel.

La même source poursuit en précisant que le gouvernement a par ailleurs décidé de «faire arrêter les fonctionnaires gabonais de la Beac, résidant sur le territoire national, présumés impliqués» dans cette affaire et de «faciliter les enquêtes des cabinets d’audits mandatés par la Beac ainsi que les investigations de la brigade financière française auprès de qui la Beac a porté plainte». Au siège central de la Beac à Yaoundé, l’on se refuse à donner la moindre information sur le sujet. Joints au téléphone, quelques cadres en activité dans les services centraux de la Beac se défaussent, et envoie le reporter vers le « service concerné ». Il s’agit de la division de la communication de l’institution. Ici, une dame ne cache pas sa gêne sur le sujet : « Qu’est que vous voulez qu’on vous dise ? Nous n’en savons rien. Et si vous dites que c’est la dépêche d’une agence de presse qui vous a informé, exploitez cette source comme vous pouvez. Nous n’avons rien à dire sur cette affaire… »

La Beac en ébullition

Une chose est sûre, la maison Beac est en ébullition. Et l’on n’est d’ailleurs pas surpris de la déchéance de Philibert Andzembé comme Le Messager l’avait d’ailleurs déjà annoncé dans son édition du 16 septembre 2009. Et pour cause, entre placements hasardeux et détournements de fonds au bureau de Paris de la Beac, jamais gouverneur de la Beac n’avait été aussi mise sur la sellette. En poste depuis le 6 juillet 2007, Philibert Andzembé avait déjà été mis fait face à de vives attaques suite aux placements à risque qui avaient fait perdre plus de 300 milliards de francs Cfa à la banque. C’est le défunt président Omar Bongo qui avait sauvé sa place lors du sommet extraordinaire de la Cémac organisé le 30 janvier dernier à Libreville.

Au mois de septembre 2009, Philibert Andzembé avait lui-même confirmé qu’un vaste réseau tissé par ses collaborateurs du Bureau extérieur de l’institution à Paris avait détourné la rondelette somme de 15 milliards de Fcfa. Le nom du gouverneur est revenu dans la liste des auteurs présumés de détournement. L’enquête publiée par l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique sur ce scandale relève que « l’honnêteté personnelle » de Philibert Andzembé n’est pas mise en cause dans l’affaire. Toutefois, le gouverneur de la Beac aurait fait preuve d’une « évidente légèreté ». Pis encore, et selon le Tchadien Jaco Bermendara (Inspecteur membre de la mission d’enquête qui a révélé ces détournements), Philibert Andzembé aurait initié des actions pour bloquer l’action de la mission d’enquête.

Réuni à Paris 30 septembre 2009, le comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac) par la voix de Essimi Menye avait clairement instruit les responsables de la Beac d’établir toutes les responsabilités dans ce détournement. Une procédure bien entamée qui a d’ailleurs abouti à l’interpellation le 6 octobre dernier à Libreville du principal suspect dans cette affaire à savoir Armand Brice Dzamba comptable du bureau extérieur de Paris au moment des faits. Le limogeage de Philibert Andzembé, de ce fait apparaissait inélucdtable…

La fin du consensus de Fort Lamy ?

La succession de Philibert Andzembé est donc ouverte. En principe, le Gabon devrait dans les prochains jours choisir qui de ses compatriotes va occuper le prestigieux et important poste de gouverneur de la Beac. Une occasion en or pour le président nouvellement élu du Gabon de récompenser un de ses fidèles. Le remplacement du Gabonais par un autre Gabonais ne sera pourtant pas chose facile. Et pour cause, Ali Bongo n’a pas l’étoffe et surtout le charisme de son père pour faire appliquer le consensus de Fort Lamy qui voudrait que le poste de gouverneur de la Beac soit occupé par un Gabonais. Depuis quelques années, la Guinée équatoriale qui détient près la moitié des réserves monétaires de la Beac ne cache pas sa convoitise pour ce poste.

L’on parle aussi d’un agacement de plus en plus prononcé de Paul Biya du Cameroun et de Sassou Nguesso du Congo-Brazza à voir les Gabonais trôner des lustres à la tête de la Banque des Etats de l’Afrique centrale. Toute chose qui fait dire que la fin de Philibert Andzembé peut aussi sonner le glas du consensus de Fort Lamy. La prochaine rencontre des chefs d’Etat de la Cémac prévue à Bangui le mois prochain promet des étincelles.

La Béac dans tous ses états

La Banque des Etats de l’Afrique centrale (les membres sont : La Cameroun, la Guinée équatoriale, le Congo-Brazaville, La Rca, le Tchad…) a entre autres missions, d’émettre la monnaie et en garantir la stabilité, de définir et de conduire la politique monétaire applicable dans les pays membres de l’Union, de conduire les opérations de change, de détenir et gérer les réserves de change des pays membres de promouvoir le bon fonctionnement du système des paiements dans l’Union.

Les gouverneurs de la Beac

Casimir Oyé Mba (Gabon) fut le premier Africain à occuper le poste de gouverneur (1977-1990) après le transfert du siège central de la Banque de Paris (France) à Yaoundé (Cameroun). Son sucesseur ne fut autre que le Gabonais Jean Félix Mamalepot (1990-2007). Relevé de ses fonctions lors de la 8e session de la Conférence des chefs d’État de la Communauté économique et monétaire des États de l’Afrique centrale (Cémac) qui s’est tenue à Ndjaména (Tchad) le 25 avril 2007, sa longue carrière au sein de la Béac s’est achevée à la suite d’un différend avec certains chefs d’États. Le 12 Juillet 2007, Philibert Andzembe de nationalité gabonaise prend les rênes de l’institution. D’après l’usage, le poste de gouverneur est réservé au Gabon, le Vice-gouverneur devant être originaire de la République du Congo et le Secrétaire général, du Tchad. Leader naturel de la zone, le Cameroun semble le grand perdant…

Le gouvernement de la Beac

Le gouverneur est nommé par la Conférence des Chefs d’État de la Cémac. La durée de son mandat est de cinq ans renouvelable. Il assure la direction de la Banque. A ce titre, il veille au respect de ses statuts. Il convoque le Conseil d’administration, fixe l’ordre du jour de ses travaux et préside ses délibérations. De même, le gouverneur représente la Banque vis-à-vis des tiers. Il organise et dirige les services de l’Institut d’émission. Le gouverneur est assisté, dans l’exercice de ses fonctions, d’un vice-gouverneur et le Secrétaire général, nommés tous les deux pour cinq ans renouvelables, par la même Conférence des chefs d’État de la Cemac.


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