Tchad: Rester dans un camp de déplacés ou prendre le risque du retour – Irin

Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) classe les villages de l’est du Tchad par couleurs – rouge, jaune et vert – pour signaler, en fonction du degré de sécurité, si les personnes déplacées peuvent y retourner sans risques : les personnes originaires de zones classées vertes – « sûres » – ne seront plus considérées comme déplacées, mais peuvent rester dans les camps.

« Les personnes concernées ne seront pas obligées de rentrer chez elles ; elles ont le droit de vivre où elles le souhaitent », a dit à IRIN Joel Fischel, chef de bureau de l’UNHCR à Goz Beida, une ville de l’est du Tchad. « Mais à partir du moment où les facteurs qui les ont conduites à se déplacer n’existent plus, il n’y a plus de raison de les considérer comme déplacées ».

Près de 170 000 personnes déplacées en raison des combats dans l’est du Tchad vivent toujours sous des tentes – certaines sont déplacées depuis des années. Au total, près de 500 000 personnes ont trouvé refuge dans l’est du Tchad pour échapper aux affrontements à l’intérieur du pays ou dans les pays voisins, le Soudan et la République centrafricaine.

M. Fischel a dit à IRIN que les personnes déplacées originaires des villages considérés comme sûrs ne recevraient plus ni nourriture ni autres matériels tels que des matelas, des bouilloires et des jerrycans. Cependant, elles auront toujours accès à l’école, aux services de santé et aux points d’eau du camp, a-t-il indiqué.

L’agence onusienne estime que 15 000 déplacés ont déjà quitté les camps, retournant pour la plupart dans les zones au sud de Goz Beida qui sont classées vertes dans le nouveau système d’évaluation sécuritaire : Loboutigué, Kerfi et Angarana. Tandis que certaines personnes sont retournées dans des villages situés près de la frontière avec le Soudan, très peu se sont approchées d’Adé, située directement sur la frontière.

Khadija Yusuf Hassan, originaire de Komo, un village proche d’Adé, et déplacée depuis 2006, a dit à IRIN qu’elle avait peur de rentrer. « J’ai entendu dire que l’insécurité règne là-bas, à la frontière. Les personnes qui y sont allées nous ont dit qu’il y avait des attaques, des vols, des vols de voiture ».

La mission des Nations Unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT) – force de maintien de la paix dont le mandat, jusqu’en mars 2010, consiste à encourager les déplacés à rentrer chez eux en améliorant les conditions de sécurité – se prépare à transférer ses troupes des camps vers les villages.

« Cela ne signifie pas que nous ne prendrons plus la peine d’aller dans les camps », a dit à IRIN Howard Berney, commandant de la MINURCAT dans la région de Goz Beida. « Mais l’information générale dont nous disposons, c’est qu’à présent, les camps sont sûrs et que nous pouvons commencer à réorienter nos efforts ».

A l’origine, la MINURCAT devait compter 5 200 hommes d’ici décembre 2009, mais des retards de mobilisation et l’insuffisance des équipements ont conduit les Nations Unies à revoir l’objectif à la baisse, visant finalement une troupe de 4 700 hommes. En août 2009, 2 368 hommes de la MINURCAT étaient présents au Tchad et en République centrafricaine.

Halime Nassir a dit à IRIN qu’elle ne pouvait pas rentrer avec ses quatre enfants à Kerfi, au sud de Goz Beida, en raison d’inquiétudes à propos de la sécurité – mais qu’elle ne se sentait pas en sécurité dans le camp non plus.

« Il y a toujours des conflits autour des camps quand les femmes sortent chercher du bois et de l’eau supplémentaires. Ici, il n’y a pas assez [de ressources] pour tout le monde. Presque tous les jours, nous apprenons que quelqu’un a été attaqué ; des femmes sont violées. Je ne me sens pas en sécurité ici, dans le camp. Je ne me sentirai pas en sécurité [non plus] si je … retourne dans mon village ».

Tandis que les attaques des rebelles représentent toujours une menace réelle au Tchad, M. Berney, de la MINURCAT, a dit que dans de nombreux villages, la principale source d’inquiétude était pour lui le banditisme.

D’après Hassan Yassim Bakar, un responsable local de la ville d’Adé, la sécurité de la région s’est certes améliorée, mais les progrès ne sont pas suffisants, et cela pourrait décourager les habitants d’y revenir. « Ils [les déplacés qui retourneraient chez eux] ne voudront pas rester et nous aider [à reconstruire la communauté] s’ils pensent qu’ils ne sont pas en sécurité ».


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