Les faux dinars de Bahreïn: une vaste opération de contrefaçon au tribunal – Afp

Un suspect mystérieusement assassiné, un prince saoudien, des faux dinars de Bahreïn imprimés en Argentine sur du papier français: le tribunal correctionnel de Paris examine depuis lundi une opération de contrefaçon sans précédent.

« Entre ceux qui sont absents, ceux qui ont été assassinés et ceux qui bénéficient de l’immunité diplomatique, je crains qu’on ne sache pas grand chose à l’issue de cette audience », ironisait au début du procès Me Jean-Yves Dupeux, l’un des avocats de la défense.

Il y a onze ans, l’affaire avait provoqué de forts remous et la banque centrale de Bahreïn avait parlé d’un désastre pour l’économie du pays.

Le caractère international de la fraude avait entraîné l’ouverture de procédures dans de nombreux pays dont Bahreïn, l’Argentine, Dubaï, la Suisse, l’Afrique du Sud, la Belgique et les Etats-Unis.

Le 16 juin 1998, la société Thomas Cook avait déposé plainte pour dénoncer plusieurs opérations de change de faux dinars pour un montant de 600.000 francs.

Deux jours plus tard étaient interpellées à Paris six personnes chargeant dans deux véhicules de lourdes valises de faux billets.

L’enquête allait établir que cette escroquerie reposait sur l’impression et la diffusion de faux billets de 20 dinars de Bahreïn pour un montant total de 140 millions de dinars (350 millions d’euros).

Si 86 millions de dinars contrefaits ont depuis été saisis dans le monde, 54 millions seraient toujours dans la nature, a précisé lundi la banque centrale bahreïnie, partie civile.

Cinq des huit prévenus se sont présentés à l’audience: le Congolais (RDC) Jean-Pierre Kimbangala et les Français Claude Sokolovitch, Jacques Milliet, Jean-Pierre Chariou et Jocelyne Lagalice, tous poursuivis pour avoir transporté et détenu de la fausse monnaie.

En revanche, le Congolais Nozy Mwamba et les Tchadiens Lazare Pedro et Hassan Fadoul Kitir, un ancien conseiller spécial du président tchadien Idriss Deby Itno, étaient absents et non représentés.

Tandis que le premier a, selon la présidente Agnès Quantin, « disparu dans la nature », les deux autres n’auraient pas été correctement cités à comparaître.

Il est aujourd’hui établi que les billets ont été imprimés en Argentine par la société Ciccone, ont ensuite transité par le Niger et le Tchad, avant d’être échangés au Moyen-Orient et en Europe, notamment à Paris.

L’enquête française n’a toutefois pas permis d’identifier les « cerveaux ». Le Marocain Hicham Mandari, un suspect qui se présentait comme un ancien proche du roi Hassan II, a été assassiné en août 2004 en Espagne dans des circonstances non élucidées.

Lundi, Mme Quantin a commencé à examiner le rôle de chacun des prévenus, « ce qui n’est pas une mince affaire », certains, comme M. Kimbangala ayant donné « 11 versions en 11 interrogatoires ».

Le prévenu a en revanche répété avoir été mandaté par un prince saoudien du nom de Fayçal, un membre de la famille royale saoudienne sans fonction officielle jamais entendu dans la procédure. Ainsi, il se serait bien rendu en Argentine mais pour y stocker des dinars bahreïnis, à la demande du prince. Il a redit lundi ignorer que Ciccone était une imprimerie.

« Pourtant, ça se voit. Monsieur, on peut s’en rendre compte même sans interprète » en espagnol, s’est alors amusée la présidente.

Quant aux innombrables « pouvoirs » au nom du prince Fayçal retrouvés chez lui ou dans la procédure, difficile de dire s’ils sont de la main du prince, jamais expertisée. Facile en revanche de constater qu’au moins cinq mains différentes ont signé ces documents…


Commentaires sur facebook