Enlèvement de deux humanitaires français dans le nord-est de la République centrafricaine – Le Monde

Peu de nouvelles avaient filtré, mardi matin, 24 novembre, sur le sort de deux humanitaires français travaillant pour l’ONG Triangle, enlevés dimanche soir, 22 novembre, dans la ville de Birao, dans le nord-est du pays.

Selon Mahamat Salah Amadou Birao, vice-consul de Centrafrique au Darfour, cité par la Mission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad (Minurcat), les ravisseurs « étaient une vingtaine environ et parlaient arabe. Ils ont fui vers le Soudan ». Les attaquants ont également tenté de kidnapper une sage-femme d’une autre ONG présente à Birao, le Comité d’aide médicale (CAM).

Birao et la région de la Vakaga, longtemps considérée comme la « Sibérie » de la République centrafricaine (RCA) en raison de son caractère isolé, notamment lorsque la longue saison des pluies la coupe du sud du pays, se trouve à une semaine de route de la capitale, à plus de 800 km. Mais des échanges ont lieu avec le Soudan voisin. Des hommes d’affaires soudanais circulent en camion pour acheter les récoltes de café plus au sud, avant de revenir vers Nyala, la grande ville du sud du Darfour.

Braqueurs itinérants

Proche de « la mare de Tizi », dans la zone des trois frontières (RCA-Tchad-Soudan), la région de Birao a été affectée à la fois par les rébellions contre le Tchad et le conflit du Darfour. De manière plus générale, une large bande courant dans toute la moitié nord de la RCA est soumise à une situation de crise. Plus de 125 000 déplacés errent encore dans cette partie nord de la Centrafrique.

L’ONG Triangle est présente depuis plusieurs années dans la région de Birao, ainsi que de l’autre côté de la frontière, au Soudan. Elle est l’une des rares ONG à travailler dans cette zone oubliée et a développé une très bonne connaissance de cette région instable.

En théorie, cette partie du pays devrait bénéficier de la présence de la Minurcat, Birao étant la pointe sud de sa zone de responsabilité. En pratique, la présence des casques bleus n’a pas enrayé le retour de l’insécurité.

Lors de l’apparition de rébellions en Centrafrique, en 2006, Birao avait été prise par l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR). Les rebelles avaient ensuite entamé une descente vers le sud, prenant les zones diamantifères, avant d’être repoussés par les troupes centrafricaines et régionales, avec le soutien de la France.

Birao avait été pratiquement réduite en cendres dans les combats pour reprendre la ville. Depuis, un accord de paix a été signé en avril 2007 et l’UFDR a cessé la lutte armée.

Ces derniers mois, sur fond de tensions croissantes entre les groupes ethniques locaux, des attaques ont repris. En juin, une centaine d’hommes venus du Soudan a attaqué la base de l’UFDR de Birao.

Une partie des responsables du mouvement rebelle était initialement proche d’hommes d’affaires de l’ethnie Goula. Une autre tendance parmi les rebelles est supposée bénéficier de soutiens au Darfour voisin. L’un des enjeux de la région est le contrôle des diamants de la région de Sam Ouandja, plus au sud.

Les ONG opérant dans cette région font face à des actes de banditisme violents. Des bandes de braqueurs itinérants soudanais, opèrent dont certains sont impliqués dans le braconnage et la contrebande. Des groupes très organisés, équipés de téléphones satellite, organisent des campagnes de chasse dans les parcs centrafricains, pratiquement abandonnés, et écument la région.

Jean-Philippe Rémy


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