A l’ouest du Tchad, le désert avance, mangeant maisons et cultures – Afp

Ici, un tas de pierres blanches vestige d’une maison déjà détruite et engloutie par le sable, là, un pan de mur toujours debout: Tarfé, village à l’ouest du Tchad, subit l’avancée du désert que certains attribuent au réchauffement planétaire.

Au cours des années, 116 maisons de la commune ont déjà disparu, précise le chef du village, Al-Hadj Moussa Gra. Le bourg compte 6.500 habitants, selon des estimations approximatives des villageois. Le nord-ouest du village situé sur un petit promontoire, qui donne sur un désert de sable et de petits arbustes, a été partiellement abandonné.

« Personne n’a fait de relevés pour savoir de combien le désert avance, mais les témoignages sont irréfutables », souligne un employé tchadien d’une ONG sous couvert de l’anonymat.

« C’est mauvais tout ça. Avant ce n’était pas comme ça. Avant, on avait un puits avec de l’eau facile à tirer, la terre était bonne, il pleuvait souvent. Inch’alla, il va repleuvoir. Dieu décide », souligne Al-Hadj Moussa Gra.

Son sentiment est partagé par beaucoup dans la région: les problèmes récurrents d’eau, la baisse des précipitations sont vécus comme une forme de fatalité.

A Mao, capitale du Kanem, située 7 km plus au sud, le sultan de la région, Alifa Ali Ze Zeiti, écoute poliment les explications sur le réchauffement planétaire et la conférence de Copenhague sur le climat mais répond: « Seul Dieu peut savoir ».

S’il n’est pas prouvé que le réchauffement planétaire est responsable de l’avancée du désert ainsi que de la chute inquiétante des précipitations, il est probable qu’il y contribue au moins en partie.

L’employé tchadien de l’ONG estime que populations, autorités ou ONG ne sont pas assez actives dans la lutte contre l’avancée du désert. « On ne fait rien. On attend, c’est tout. Il existe des moyens d’enrayer l’avancée avec des barrières ou des +haies vives+. On pourrait planter des arbres pour couper le vent et empêcher le sable de passer ».

« Des terres cultivables sont ainsi perdues contre le désert. Vous laissez le sable recouvrir une seule année un champ et il est perdu », souligne-t-il.

A Tarfé, l’avancée du désert a aussi des conséquences sociales: des dizaines d’hommes du village ont quitté le village pour travailler ailleurs, à N’Djamena ou sur le lac Tchad, à une centaine de kilomètres au sud.

« Ils envoient ce qu’ils peuvent et reviennent avec des vivres », explique le directeur de l’école, Mahamat Choukou Mustapha. « Il n’y a rien ici. Si l’agriculture ne marche pas, comment voulez-vous que les gens vivent? ».

« Si le désert continue, on devra s’en aller plus loin », affirme le chef du village.

L’exode rural est redouté par les autorités, qui ont mis en place avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) un plan d’aide alimentaire pour la région durement touchée par la mauvaise récolte de cette année.

Le Kanem avait en 2008 un taux de malnutrition infantile anormalement élevé, supérieur à 20% alors qu’il ne doit normalement pas dépasser 15%. « La récolte a été très mauvaise, pire cette année que l’année d’avant », souligne Al-Hadj Moussa Gra.

Le ministre chargé de la Lutte contre la pauvreté, Mahamat Mamadou Addy, espère qu’au sommet de Copenhague, des décisions seront prises pour tenter d’arrêter la progression du désert.

« Le désert avance. Il faut l’arrêter pour protéger ce qui peut l’être », dit-il, soulignant qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème tchadien: « A terme, il peut même menacer le bassin du Congo, deuxième poumon de la planète ».


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