Le président Deby 
se refait une virginité – Libération

Idriss Déby se réconcilie avec le Soudan, renvoie l’ONU et promet l’ouverture d’un processus démocratique. Mais la lumière n’a toujours pas été faite sur la disparition des opposants.

Le président tchadien, Idriss Déby, peut savourer le moment. Mardi, il est rentré sous les bravos dans sa capitale, après avoir effectué sa première visite au Soudan depuis 2004. « Je peux vous dire que le résultat de mon voyage (…) est que la paix est revenue entre le Tchad et le Soudan », a-t-il proclamé à la foule. Il y a deux ans à la même époque, pourtant, Déby était acculé dans son palais face à une violente attaque de l’opposition armée tchadienne, soutenue par le Soudan. Mais cette fois l’accord signé mardi à Khartoum pour mettre un terme au conflit qui oppose depuis 2005 les deux voisins par groupes rebelles interposés pourrait, contrairement aux précédents, aboutir.

l’opposition en partie neutralisé

Mis en cause par la Cour pénale internationale et confronté à des échéances électorales difficiles – élections générales d’avril 2010 et référendum d’autodétermination du Sud en 2011 –, le président soudanais, Omar Al Bachir, ne peut continuer à soutenir les rebelles tchadiens. De son côté, le président Déby, qui avait été contraint à partir de 2005 de s’allier aux rebelles soudanais du Darfour pour compenser l’affaiblissement de son armée, dont les éléments stratégiques avaient rejoint la rébellion, peut désormais compter sur ses propres forces. Plusieurs centaines de millions de dollars de recettes pétrolières lui ont permis de se doter d’un équipement militaire efficace et de sécuriser les allégeances à son régime. Fort de sa force et de la réconciliation avec Khartoum, Déby a aussi demandé en janvier le non-renouvellement de la force onusienne (Minurcat) basée à sa frontière, dont il avait accepté en 2007 le déploiement, parce qu’elle était d’abord européenne et qu’il espérait qu’elle empêcherait les avancées rebelles. Sûr de lui, le président, qui a en partie neutralisé l’opposition en la cooptant, veut désormais se refaire une virginité démocratique et a annoncé des élections. Mais le silence du pouvoir concernant la disparition, le 27 février 2008, de l’opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh jette un doute sur la sincérité de ce processus.

Camille Bauer


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