Darfour: Khartoum accepte la force de paix hybride, selon l’UA – AP

Le Soudan a accepté mardi le déploiement au Darfour d’une force de paix hybride composée de 17.000 à 19.000 soldats de l’Union africaine et des Nations unies, selon le commissaire pour la paix et la sécurité de l’UA, Saïd Djinnit, mais des diplomates onusiens ont exprimé leur scepticisme face à cette annonce.

« Etant donné les explications et clarifications apportées par l’UA et l’ONU dans leur présentation, le gouvernement du Soudan a accepté les propositions conjointes sur l’opération hybride« , a déclaré M. Djinnit dans un communiqué lu à la presse à l’issue de deux jours de discussions entre l’UA, l’ONU et Khartoum à Addis Abeba, en Ethiopie.

Cependant, cette annonce soudanaise suscite un large scepticime, étant donné les reculs répétés de Khartoum par le passé et le manque de détails sur la façon dont les diplomates ont réussi à convaincre le président soudanais Omar El-Béchir qui exigeait jusque-là que la totalité de la force d’intervention provienne de pays africains et soit sous commandement de l’UA, et non pas de l’ONU.

Plus de 200.000 personnes sont mortes au Darfour, dans l’ouest du Soudan et au moins 2,5 millions d’autres ont été déplacées depuis le début des affrontements entre rebelles et milices progouvernementales en 2003.

Le Soudan fait face à une pression croissante de la communauté internationale pour accepter le déploiement d’une « opération hybride » des Nations unies et de l’Union africaine, mobilisant 22.000 hommes pour remplacer les 7.000 soldats de l’Union africaine présents actuellement au Darfour -une force qui manque de moyens, autant humains que matériels.

En novembre 2006, le président soudanais Omar El-Béchir a accepté un plan de l’ONU visant à étayer cette force. En avril dernier, il a donné son feu vert à l’envoi de 3.000 hommes des Nations unies (civils, policiers, militaires). Fin mai, cependant, il a répété son refus d’une force conjointe UA-ONU de 22.000 hommes. Pour lui, seuls des soldats africains doivent être déployés, la contribution de l’ONU devant se borner à un soutien technique et logistique.

Selon le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner qui l’a rencontré lundi, le président soudanais « a accepté, il l’a répété, 20.000 soldats, dès lors qu’ils sont africains« .

Les décisions prises mardi à Addis Abeba doivent encore être approuvées par le Conseil de sécurité de l’ONU et celui de l’UA, a déclaré M. Djinnit. « Les participants sont convenus de la nécessité d’un cessez-le-feu global immédiat, accompagné d’un processus politique », a-t-il dit, appelant les différents contributeurs à fournir rapidement argent et troupes.

Dans le cadre de ses efforts visant à relancer les initiatives diplomatiques sur le Darfour, la France a annoncé la tenue le 25 juin à Paris d’une réunion ministérielle sur la situation dans cette région soudanaise, avec notamment la participation de pays « comme la Chine dont on connaît l’influence bénéfique sur le Soudan, et l’Egypte« .

Les participants vont discuter de la création d’un couloir humanitaire sécurisé afin que l’aide puisse parvenir aux populations du Darfour, ont déclaré des diplomates arabes au Caire sous couvert de l’anonymat.

Mais jusqu’à présent, Khartoum n’a pas accepté d’assister à la conférence. Le ministre soudanais des Affaires étrangères Lam Akol a jugé que le calendrier « n’était peut-être pas opportun« , suggérant que les initiatives internationales devaient principalement relever de l’ONU et l’Union africaine.

Dans un communiqué diffusé mardi soir, son ministère est allé plus loin, estimant que cette conférence était une tentative destinée à « détourner l’attention des développements positifs » enregistrés dans le cadre des efforts de paix au Darfour.

« Le Darfour est une question soudanaise et tout résultat obtenu lors de la conférence » ne peut être efficace « sans le consentement du gouvernement soudanais« , ajoute le communiqué, en affirmant aussi que Khartoum n’a pas été officiellement invité à participer à la réunion.

Le régime soudanais a émis ces critiques alors que le président tchadien Idriss Déby a souligné mardi que son pays pourrait autoriser des forces internationales de maintien de la paix le long de sa frontière avec le Soudan à créer un passage sécurisé afin que l’assistance humanitaire puisse parvenir au Darfour.


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