Tchad-debrayage – Le Messager

A l’exception de l’école française, toutes les autres écoles publiques et privées de N’djamena étaient fermées lundi 15 février, le premier jour de grève des enseignants. Aussitôt, les forces de l’ordre ont été mis en faction devant certains établissements publics afin de « prévenir tout débordement » avaient déclaré les autorités. Selon un confrère de l’AFP, jusqu’ici, aucun incident n’a été signalé. On s’en doute bien, les élèves dans leur grande majorité sont restés à la maison.

A l’hinterland, le secrétaire général de la centrale, Souleymane Ganda Mato affirme que « le mouvement de grève a été amplement suivi dans toutes les vingt deux (22) régions du pays. Tous les délégués de l’éducation nationale ont affirmé que le mot d’ordre est bien passé » assure le responsable du Syndicat des enseignants du Tchad (Set), qui est le plus représentatif et le plus important qui regroupe les professeurs aussi bien de la fonction publique que du secteur privé. De l’avis de cette puissante centrale, ce mouvement de grève d’une semaine est « renouvelable une fois ». Il pourrait se troquer en une « grève illimitée si le pouvoir demeure sourd et muet » à nos revendications assurent les grévistes.

Les revendications

Le mouvement d’humeur engagé par les enseignants tchadiens est venu déstabiliser le climat social qui s’était apaisé depuis 2007 entre le gouvernement et les enseignants après la très grande grève de l’intersyndicale. Malheureusement, au jour d’aujourd’hui, les clauses et les résolutions qui ont été adoptées entre les deux parties, sont restées dans les tiroirs. D’où le débrayage de cette semaine. Le mouvement prétend obtenir « l’application de certaines dispositions » relatives à la fonction d’enseignant. Concrètement, le Set réclame une « augmentation de salaire de 150% ». Les enseignants tchadiens demandent également l’application d’un statut particulier pour leur profession. A partir de ce statut, « des indemnités de logement, de transport et des allocations familiales » seront octroyées aux professionnels de cette noble profession. A titre de rappel, ce « statut particulier » a été adopté en 1992 et devait être mis sur pied de manière effective et progressive. « Ce qui n’est pas le cas » a déclaré Souleymane Ganda Mato qui dénonce le « surplace » de l’administration.

Face à ce mouvement d’humeur qui paralyse l’école tchadienne, le gouvernement a réagi avec fermeté et autorité. « Les établissements scolaires publics doivent être normalement ouverts sur l’ensemble du territoire nationale » a fait savoir dès les premières heures de la grève, Fatimé Tchombi ministre du Travail et de la fonction publique. Pour elle, ce débrayage « est totalement illégale et son motif fallacieux ». Elle a continué en précisant que « la cherté de la vie est un problème d’ordre général qui ne concerne pas seulement le Set mais tous les travailleurs ». Lors d’un point de presse, Fatimé Tchombi a dévoilé la démarche de l’Etat. « Le gouvernement a consenti à une augmentation de75% aux enseignants alors que les autres secteurs ne bénéficient que de 35%, ce qui risque d’avoir des effets pervers et entraîner un déséquilibre social » a-t-elle expliqué. Tout en demandant aux délégués régionaux, inspecteurs départementaux et chefs d’établissement à reprendre le travail. Elle a également instruit à ces fonctionnaires d’établir des fiches de présence afin d’avoir une idée des enseignants qui ont abandonné leurs postes de travail. « En tout état de cause, le gouvernement se réserve le droit de faire appliquer les textes en vigueur » a conclu Fatimé Tchombi. Le gouvernement gagnerait à privilégier le dialogue social. Car l’éducation est un domaine sensible pour une nation. Les prébendes issues des pétrodollars pourront certainement calmer l’ire des enseignants qui ne demandent qu’à mieux vivre.

Jacques Willy Ntoual


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