Convulsions tchado-soudanaises – TTU

Le succès de la médiation du président Idriss Deby auprès du gouvernement soudanais et du Mouvement justice et égalité (JEM) ne suffira pas à sortir le régime tchadien de l’impasse militaire et diplomatique dans laquelle il s’enferre.

Depuis quelque temps, N’Djamena est soumis à des pressions pour normaliser la situation intérieure. Washington et Paris manœuvrent autour du président tchadien pour qu’il effectue des réformes politiques, qui permettraient d’intégrer les opposants politiques et militaires au processus politique. Un important responsable du Conseil de sécurité nationale américain aurait demandé au président Deby d’ouvrir un dialogue direct avec l’opposition, comme c’est le cas au Soudan.

De leurs côtés, les Nations unies s’en tiennent aux recommandations émises par l’ancien secrétaire général, Kofi Annan, dans son rapport de 2007 au Conseil de sécurité, dans lequel il presse N’Djamena d’ouvrir un dialogue avec l’opposition. Selon des responsables tchadiens, la Mission des Nations unies en République centrafricaine et au Minurcat) ne coopère pas avec le gouvernement, comme le faisait l’Eufor (dont elle a pris la place au début 2009). Le commandement des forces de l’Onu refuse d’échanger des renseignements avec le commandement militaire tchadien et de permettre à ce dernier d’utiliser ses capacités, notamment les pistes d’atterrissage, ce qui a conduit à une tension entre les deux parties.

De son côté, la France a refusé de renouveler, pour la troisième fois, le mandat de l’attaché militaire au Tchad, malgré les sollicitations tchadiennes. De même, N’Djamena s’inquiète des demandes des parlementaires français pour la constitution d’une commission d’enquête internationale (comme celle sur Rafic Hariri) sur la disparition de l’opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh, au cours de la dernière offensive de l’opposition contre N’Djamena. Cette attaque avait entraîné l’intervention des forces du JEM pour défendre la capitale tchadienne et obliger les insurgés à se retirer. Comme le dit un proche du président Deby, «la localité d’Um Jaras (siège des forces du JEM) est plus proche de N’Djamena que de Khartoum», c’est-à-dire que l’équilibre des forces s’est renversé en faveur du chef du JEM, Khalil Ibrahim. Ce qui a poussé le président Deby à bouger dans deux directions.

Premièrement, en présentant une demande au Conseil de sécurité des Nations unies, pour mettre fin à la mission de la Minurcat, qui accuse l’armée tchadienne d’enrôler des enfants. Le but étant de faire avorter toute tentative de la communauté internationale d’établir un agenda de réformes politiques pour le régime tchadien.

Deuxièmement, et c’est la principale initiative du président tchadien, il s’agit de la médiation entre le gouvernement soudanais et les rebelles du JEM. Idriss Deby a surpris les autorités de Khartoum en annonçant la date de sa visite à Khartoum, sans concertation préalable. Alors que Deby n’est pas allé au sommet africain à Addis Abeba, malgré les efforts de l’émir du Qatar, cheikh Hamad Ben Khalifa, d’organiser une rencontre avec le président Omar al-Bachir.

La signature de l’accord entre le gouvernement soudanais et les rebelles du Darfour, à Doha, semble avoir une contrepartie. Le Soudan se serait engagé à interdire les activités militaires de l’opposition tchadienne à partir du territoire soudanais et à pousser l’opposition tchadienne à rentrer à N’Djamena et à participer aux élections législatives, prévues pour novembre prochain. Le président Deby espère que cela conduira à l’allègement des pressions internationales sur son régime. De plus, l’incorporation de 4 500 hommes du JEM dans la garde prési­dentielle tchadienne donne à N’Djamena le sentiment d’avoir une carte contre Khartoum, au cas où ce dernier ne respecte pas ses engagements.


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