Libye/Tchad : au-delà d’une politique d’influence – ICG

La diplomatie de paix libyenne au Tchad a connu de brefs succès, mais le manque de suivi dans la mise en œuvre des accords passés suggère que Mouammar Kadhafi est moins intéressé par la stabilisation à long-terme du pays que par la consolidation de son influence régionale.

Libye/Tchad : Au-delà d’une politique d’influence,* le dernier briefing de l’International Crisis Group, examine les évolutions de la politique de Tripoli à l’égard de son voisin, qui a pu aller d’un impérialisme assumé à un soutien décisif aux négociations de paix entre le gouvernement et les rebelles tchadiens ou le Soudan. La Libye est devenue le pays le plus important pour le Tchad depuis l’arrivée de Kadhafi au pouvoir en 1969, mais son engagement a eu des résultats mitigés.

« Kadhafi ne cache pas son désir de voir ses médiations faire également avancer ses ambitions géostratégiques » explique Daniela Kroslak, Directrice adjointe du programme Afrique de Crisis Group. « Mais si la Libye a les moyens financiers et l’autorité régionale pour amener les protagonistes à la table des négociations, le suivi de la mise en œuvre des accords qu’elle chaperonne laisse souvent à désirer ».

D’une façon ou d’une autre, Kadhafi a été impliqué dans presque toutes les négociations internes au Tchad depuis le début du conflit, et plus particulièrement dans celle de Syrte en 2007. En raison de la crise politique tchadienne et de la détérioration de ses relations avec le Soudan, la Libye a pu renforcer sa position de parrain régional. Elle a utilisé ses liens avec l’opposition armée des deux côtés de la frontière tchado-soudanaise pour devenir le principal médiateur entre les factions rebelles. Elle a aussi rétabli le contact entre N’Djamena et Khartoum et, via ce processus, a peut-être prévenu ce qui aurait pu être une guerre directe entre les deux régimes, avec des conséquences régionales désastreuses.

Toutefois, les succès diplomatiques de la Libye ont été de courte durée, en raison notamment d’un manque d’intérêt pour les réformes à plus long terme qui permettrait de stabiliser véritablement le Tchad. Tripoli utilise rarement son autorité pour contraindre les parties à respecter les accords qu’ils ont négociés et les différentes délégations soupçonnent toujours un agenda caché derrière la diplomatie de Kadhafi. De leurs côtés, le gouvernement tchadien utilise les bons offices de la Libye pour coopter ses opposants armés, qui, eux, tentent souvent uniquement d’en tirer un profit personnel. Le manque de coordination entre les initiatives libyennes et les autres initiatives de paix a également conduit à une lutte d’influence qui a permis aux différents protagonistes des conflits tchadiens et soudanais de jouer plusieurs interlocuteurs les uns contre les autres. Si la Lybie s’engageait politiquement dans les réformes structurelles nécessaires à la stabilisation du Tchad, cela lui permettrait de capitaliser sur ses efforts de médiation, tout en gardant son influence régionale.

« Kadhafi fournit les moyens financiers et politiques au président tchadien Idriss Déby pur coopter ses opposants » indique François Grignon, Directeur du programme Afrique de Crisis Group. « Mais cela entrave souvent la négociation de toute réforme interne sérieuse qui peut seule conduire le pays à sortir de sa longue crise politique ».


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