Mahamat Saleh Haroun en sélection officielle à Cannes: L’Afrique renoue avec la Croisette – Le Soleil

Après 13 ans d’absence sur la Croisette, l’Afrique subsaharienne renoue avec le festival du film de Cannes. Le réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun est en compétition officielle pour la Palme d’or avec son nouveau long-métrage « Un homme qui crie ».

Dans le nouveau film du réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun, « Un homme qui crie », Adam, la soixantaine, est maître nageur de la piscine d’un hôtel de luxe. Lors du rachat de l’établissement par des Chinois, il doit laisser la place à son fils, une situation qu’il vit comme une déchéance sociale. Le film a pour toile de fond la guerre civile au Tchad. « J’essaie de décrire ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu. Cette histoire m’a été inspirée en 2006 quand j’étais en train de tourner Daratt, mon précédent film. Il y a eu l’entrée des rebelles à Ndjaména qui nous a obligés à arrêter le tournage », explique le réalisateur dans un entretien accordé à Radio France internationale. Selon ses confidences, toute l’équipe était prisonnière d’une guerre qu’elle ne voyait pas.

Il a essayé de raconter l’histoire à travers le destin de cet homme, maître nageur dans un hôtel. Une écriture cinématographique qui occupe un rôle central dans sa filmographie. « La guerre au Tchad dure depuis plus de quatre décennies. Moi-même, j’en ai été victime puisque j’ai été blessé. Cette guerre m’a chassé du pays. Elle a fait de moi ce que je suis actuellement : un exilé », explique Mahamat-Saleh Haroun.

Le réalisateur vit en France depuis près de vingt-sept ans, non pas parce qu’il l’a choisi, mais parce qu’à un moment il était blessé, il ne pouvait même pas marcher. Son père a dû le transporter dans une brouette comme un sac de pommes de terre pour traverser le fleuve et se retrouver au Cameroun. « Cette guerre est en moi et je ne peux pas l’occulter. Et je pense que c’est plus juste comme cela, parce que les gens ne sont pas au front, ils ne voient pas cette guerre. Ils sont comme des prisonniers qui ne peuvent pas voir ce qui se passe à l’extérieur de leur geôle », poursuit-il.

Le cinéaste ne voulait pas non plus avoir une représentation de la guerre telle qu’elle se fait au cinéma, à l’image de nombreux films qui traitent du sujet. « Je ne voulais pas faire un film sur la guerre, mais sur les gens qui vivent dans la guerre plutôt que ceux qui la font. Ceux qui font la guerre sont des héros et ceux qui sont pris au piège de la guerre sont de simples personnes », explique-t-il. A Cannes, il est seul cinéaste de l’Afrique subsaharienne à briguer la Palme d’or, mais aussi le premier Tchadien. Les réalisateurs africains étaient absents de la sélection officielle depuis 1997. « Je ne ressens pas de fierté. Je suis content pour le Tchad, heureux pour l’Afrique, mais je suis triste de constater que, par ma présence, je révèle toute l’invisibilité du cinéma africain », dit-il. Il est toutefois ravi de porter la parole africaine jusqu’à ce festival considéré comme l’un des plus prestigieux au monde.

EL H. Massiga FAYE


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