Un Tchadien illumine le festival de Cannes – Le Messager

Après 13 ans d’invisibilité sur écran géant, l’Afrique semble avoir brisé le signe indien au cours de la 63eme édition du festival de Cannes qui s’est déroulée du 10 mai 2010 au 23 courant. Un homme. Mahamat-Saleh Haroun. Un pays. Le Tchad. Un continent. L’Afrique a été doublement honorée.

Un de ses dignes fils a gravi les marches qui débouchent au gigantesque auditorium Louis Lumière du palais des festivals à Cannes et s’est adjugé le Prix du jury. En effet, le réalisateur tchadien a présenté le 16 mai dernier son film intitulé «Un homme qui crie» en compétition pour la très convoitée palme d’or. Il s’en est tiré avec une récompense. Celle du Prix du jury. Sur la vingtaine de longs métrages en compétition au cours du 63eme acte du festival de Cannes, une seule réalisation porte l’estampille d’un Africain âgé de 49 ans. Mahamat-Saleh Haroun en se mouvant sur tapis rouge lors de la très célèbre et prisée « montée des marches» a obtenu, sans coup férir, la plus belle des consécrations planétaires pour un metteur en scène.

En réalité, Mahamat-Saleh Haroun n’est pas un néophyte dans l’univers alambiqué de la création cinématographique. A son actif, outre son court métrage intitulé, Maral Tanié en1994, qui peint le drame des mariages arrangés, le réalisateur tchadien a signé quatre autres longs métrages. Bye Bye Africa, à mi-chemin entre la fiction et le documentaire, évoque sous la forme d’une chronique la disparition du cinéma dans son propre pays. Abouna, est l’histoire de deux enfants à la recherche de leur père parti subitement à la conquête d’un autre univers. Daratt est le récit poignant d’une tentative de vengeance qui invite à une réflexion humaniste sur les conséquences d’une guerre civile. Un homme qui crie, boucle la boucle de la filmographie de Mahamat-Saleh Haroun. Ce long métrage met à découvert les traumatismes de ceux qui subissent la guerre et décrient les agissements irresponsables des pères défaillants.

La beauté des images

Si la présence de Mahamat-Saleh Haroun à Cannes mérite d’être saluée des deux mains, il n’en demeure pas moins vrai que cette ascension fulgurante n’est pas pour tordre le cou au quasi désert cinématographique qui caractérise son Tchad natal. Peuplé d’environ 11 millions d’habitants, ce pays d’Afrique centrale est dépourvu de salles de cinéma à l’image du Cameroun et ne fait pas montre d’une éloquente tradition cinématographique. Ces insuffisances auraient pu s’ériger en un sérieux handicap dans la bataille pour l’affirmation de ce cinéaste dans le monde du septième art. Que non ! Mahamat-Saleh Haroun est auréolé à plusieurs reprises au Mostra de Venise et célébré par la critique pour la beauté de ses images et la rigueur cartésienne de ses scénarii. Celui qui est le porte-étendard de tout un continent à Cannes a subi les influences de sa grand-mère paternelle, une conteuse ayant au bout des doigts l’art du récit.

Mahamat-Saleh Haroun, originaire d’Abéché, dans l’Est du pays, près de la frontière avec le Soudan, après un séjour à Pékin, s’inscrit dans une école de cinéma. Parallèlement il suit imperturbablement, un cycle de formation en journalisme à Bordeaux. Salut cher confrère !

Les prix

Grand prix : « Des hommes et des dieux » de Xavier Beauvois (Fr)
Prix de la mise en scène : « Tournée » de Mathieu Amalric (Fr)
Prix du Jury : « Un homme qui crie » de Saleh Haroun (Tchad)
Meilleur scénario : Lee Chang-dong pour « Poetry » (Corée)
Caméra d’or : « Année bissextile » de Michael Rowe (Mex/Australie)
Prix d’interprétation féminine : Juliette Binoche (Fr) pour « Copie conforme » (Iran)
Prix d’interprétation masculine ex-aequo : Javier Bardem (Esp) pour « Biutiful » et Elio Germano (It) pour « La Nostra Vita »


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