« L’association a toujours été claire avec les familles »- Humanité

Membre du collectif des familles d’accueil, Rachel Sanchez soutient l’Arche de Zoé. Celle-ci est, selon elle, l’objet d’une manipulation qui la dépasse.

Enseignante dans la Marne, Rachel Sanchez, trente et un ans, faisait partie des familles d’accueil. « Écoeurée » par les accusations de « trafic d’organes » et de « réseau pédophile » lancées par le président tchadien, la jeune femme continue de soutenir « activement » l’Arche de Zoé. Et refuse de se considérer comme une victime de cette association. Entretien.

Comment avez-vous été mise au courant de cette opération ?

Rachel Sanchez. Par les médias, au mois de mai. Je savais que la situation était dramatique au Darfour et j’étais particulièrement émue du sort effroyable des enfants orphelins. Malgré tout, j’ai hésité avant de me proposer. Il n’est pas facile de créer des liens affectifs avec un enfant, de l’accueillir chez soi, de s’attacher, tout en sachant qu’il ne restera peut-être pas… En même temps, j’aurais souffert encore plus de ne rien faire, alors qu’une association me proposait d’éviter la mort à ces enfants.

À aucun moment on ne vous a parlé d’adoption ?

Rachel Sanchez. Le mot est apparu dans l’un des tout premiers communiqués de l’association, début avril. Cela a jeté, c’est vrai, un certain trouble. Mais je pense que ce n’était qu’une maladresse à un moment où la structure de l’opération n’était pas encore mise en place. Les responsables se sont rapidement rétractés lorsqu’ils ont vu où ils mettaient les pieds. Ensuite, le contact avec eux a toujours été très clair, ils ne nous ont rien promis. Toutes les familles savaient très bien qu’il ne s’agissait pas d’adoption. Certaines, d’ailleurs, détiennent un agrément pour l’adoption internationale ! Elles connaissent donc suffisamment ce genre de procédure pour savoir que l’on n’était pas du tout dans ce cadre.

À quoi devait servir l’argent versé ?

Rachel Sanchez. L’Arche de Zoé est une petite association non subventionnée. Et encore une fois, ils ont été très clairs : eux étaient bénévoles, mais il fallait payer les frais liés à l’évacuation (médicaments, transport de matériels, logistique, etc.). La somme était estimée à environ 2 200 euros par famille. Mais attention, cela n’avait rien d’obligatoire. C’était juste un don. D’ailleurs, certaines familles n’ont pas fait de chèque mais ont « payé » en donnant de leur temps, en faisant des collectes, en mobilisant. D’autres, à l’inverse, ont donné juste par solidarité, sans vouloir accueillir d’enfants.

Le Quai d’Orsay et Rama Yade fustigent une opération « illégale ». Vous ont-ils alertés ?

Rachel Sanchez. Le président de l’association a été, semble-t-il, convoqué au ministère cet été et Rama Yade aurait affiché son désaccord. Mais, franchement, on ne peut pas dire que l’opération a été réellement empêchée ! Surtout que tout cela s’est monté non pas clandestinement, mais dans une totale transparence : les sites Internet, les annonces dans les médias, les familles qui ont fait des collectes… Si l’État savait tout cela parfaitement illégal, pourquoi n’a-t-il pas freiné plus clairement l’opération ? Pour moi, l’association est tombée dans une manipulation qui la dépasse.

Comment les enfants ont-ils été choisis sur place ?

Rachel Sanchez. Les membres de l’association n’ont jamais passé la frontière pour aller chercher des enfants au Darfour. Ils s’étaient mis d’accord, dans les repérages précédents, pour que les autorités darfouries prennent, elles-mêmes, les enfants et viennent les confier aux équipes, en amenant toutes les pièces justificatives. Ensuite, l’association a passé six semaines à vérifier tous les états civils. Les 103 enfants retenus sont ceux dont l’association était sûre de la situation.

L’UNICEF assure qu’une bonne partie de ces enfants ne sont pas des orphelins…

Rachel Sanchez. Sincèrement, je n’y crois pas. Comment l’UNICEF, en quelques jours, a pu déterminer que quarante gamins n’étaient pas du Darfour, alors que les équipes ont dû consacrer six semaines à étudier tous ces cas ? Comment, en interrogeant pendant quelques heures des enfants nés dans la guerre, ont-ils pu obtenir des réponses précises ? Tout cela me paraît invraisemblable.

Entretien réalisé par L. M.


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