Paris condamne ce qu’a fait "L’Arche de Zoé" mais reste vigilant – Reuters

La France a prévenu qu’elle serait « extrêmement vigilante » sur le respect des droits de ses neuf ressortissants détenus au Tchad dans le cadre de l’affaire de « L’Arche de Zoé » tout en condamnant fermement une opération « qui jette le discrédit sur les ONG » en Afrique.

« Le Tchad est un Etat souverain dont nous respectons les lois mais je veux dire que nous serons extrêmement vigilants sur le respect des droits de nos ressortissants« , a dit François Fillon lors des questions d’actualité à l’Assemblée.

« Cette affaire ne doit pas conduire à jeter le discrédit sur les ONG qui font un travail remarquable au Tchad et au Darfour et qui aujourd’hui essuient la suspicion, des caillassages et des violences », a ajouté le Premier ministre.

En déplacement en Corse, le président Nicolas Sarkozy a déclaré, sans plus de précisions, que les autorités françaises tenteraient « de trouver des accords pour que personne dans cette affaire ne perde la face« .

« J’ai eu le président (tchadien Idriss) Déby au téléphone et je l’ai assuré du fait qu’on condamnait ces activités. (…) Ils ont eu tort de faire ce qu’ils ont fait« , a-t-il martelé.

Les Français arrêtés jeudi dernier à Abéché, dans l’est du Tchad, alors qu’ils tentaient d’emmener par avion 103 enfants présentés comme des « orphelins du Darfour« , ont été inculpés lundi d' »enlèvement de mineurs tendant à compromettre leur état civil et escroquerie« .

Ils risquent 20 ans de travaux forcés s’ils sont reconnus coupables.

Les sept membres d’équipage espagnols ont été inculpés de complicité, ainsi que deux Tchadiens. Aucune charge n’a encore été formulée à l’encontre du pilote belge de l’appareil, détenu séparément à N’Djamena.

Les seize Européens devaient être conduits à N’Djamena, la capitale.

Devant le palais de justice d’Abéché, un petit groupe d’habitants en colère ont demandé que les Européens impliqués soient jugés au Tchad. « La traite des Noirs a été abolie, n’est-ce-pas ? Le trafic d’enfants n’est donc pas acceptable au XXIe siècle« , a lancé un homme, qui a requis l’anonymat.

Deux journalistes français, qui étaient en reportage, figurent au nombre des inculpés. Le ministère des Affaires étrangères est intervenu auprès des autorités tchadiennes pour qu’elles prennent en compte leur qualité dans leurs décisions, a précisé la porte-parole du Quai d’Orsay, Pascale Andreani.

« ILS ONT ETE LÂCHES« 

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, a dit espérer que ses compatriotes seraient rapidement relâchés « car ils ne sont responsables de rien« .

Des journalistes ont été autorisés à voir les détenus et à les filmer au tribunal d’Abéché, mais n’ont pu leur parler. Ils ont déclaré que les prisonniers avaient les traits tirés.

L’un des Français a fait mine de se frapper le visage du poing, comme pour faire comprendre qu’il avait été frappé. Un autre était étendu sur une natte, apparemment souffrant, tandis qu’un de ses collègues l’examinait.

L’affaire, qui pèse sur les relations diplomatiques entre Paris et N’Djamena à la veille du déploiement de la force européenne Eufor à la frontière du Darfour, embarrasse les autorités françaises au plus haut point.

Elle a pris mardi un tour politique, l’opposition de gauche imputant au gouvernement un « fiasco » et réclamant le rapatriement des neuf Français.

Jean-Louis Bianco, député PS des Alpes-de-Haute-Provence, a interpellé le Premier ministre lors d’une séance houleuse des questions d’actualité au cours de laquelle la secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme Rama Yade, en première ligne en l’absence du chef de la diplomatie Bernard Kouchner, a été chahutée.

« Depuis le début, on le sentiment qu’ils ont été lâchés« , déplore l’ancien secrétaire général de l’Elysée.

Un accord de coopération judiciaire lie la France au Tchad mais la ministre française de la Justice, Rachida Dati, a déclaré mardi sur Europe 1 que la justice tchadienne était « souveraine« .

Une information judiciaire a été ouverte en France le 24 octobre contre « L’Arche de Zoé« , rebaptisée « Children Rescue » au Tchad, pour « exercice illégal de la profession d’intermédiaire en vue de l’adoption ou du placement d’un enfant« .

Rama Yade a déclaré mardi à l’Assemblée que son président, Eric Breteau, devait assumer « la responsabilité de ses actes« .

Selon les informations qui commencent à parvenir du Tchad, les 103 enfants seraient en fait majoritairement d’origine tchadienne et « il y en aurait beaucoup qui ne sont pas orphelins« , a rapporté Pascale Andreani.


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