Procès Hissène Habré : L’Union africaine déroule son plan sans la Cedeao – Walf Fadjri

La disqualification du Sénégal pour l’organisation du procès de Hissène Habré ne semble pas influer sur la décision de l’Union africaine qui avait donné mandat au Sénégal de juger l’ex-président tchadien. Pour la cause, l’organisation panafricaine confirme la tenue de la table ronde des bailleurs, prévus le 24 novembre prochain à Dakar. Un comportement perçu comme un défi lancé à la Cour de justice de la Cedeao.

L’Union africaine semble ne pas accorder une réelle importance à la décision de la Cour de justice de la Cedeao de disqualifier le Sénégal pour la tenue du procès de Habré. En effet, estimant qu’il s’agit d’une ‘étape essentielle dans la longue campagne menée pour traduire l’ancien dictateur tchadien en justice’, l’organisation panafricaine, appuyée par une coalition d’organisations de défense des droits humains, déclare, à travers un communiqué que la réunion internationale des donateurs, prévue à Dakar ce 24 novembre pour organiser le financement du procès de Hissène Habré, aura bel et bien lieu à la date prévue. Et ce, en dépit de la nouvelle donne intervenue dans l’affaire Hissène Habré.

Cette constance dans sa volonté de faire traduire l’ex-homme fort du Tchad devant les juridictions sénégalaises est perçue comme un défi lancé à la Cour de justice de la Cedeao, qui a disqualifié le Sénégal pour l’organisation du procès. En effet, dans sa décision rendue avant-hier, la plus haute juridiction de l’Afrique de l’Ouest préconise la mise sur pied d’un tribunal spécial, à l’image du Rwanda et de la Yougoslavie, pour garantir les conditions d’un procès juste et équitable à celui que l’on a surnommé le ‘Pinochet africain’.

Parallèlement à cette position de l’Union africaine, une coalition d’organisations de défense des droits humains (l’Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l’homme, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme, la Fédération internationale des ligues des droits humains), s’inscrit dans la même logique que l’organisation panafricaine. Sous ce rapport, l’Ong internationale Human rights watch est on ne peut plus claire : ‘Après tant d’années de ténacité et de déceptions, les victimes de Hissène Habré voient enfin le bout du tunnel. Le tribunal spécial pour le Tchad doit vite ouvrir une information judiciaire’. Human rights watch déplore ainsi la lenteur que connaît le dossier Habré : ‘Les procédures à l’encontre du dictateur en exil au Sénégal ont été suspendues pendant des années du fait de l’exigence du Sénégal de voir la communauté internationale verser l’intégralité du financement demandé. Les promesses de dons attendues lors de la réunion du 24 novembre à Dakar devront atteindre approximativement le budget global présenté par l’Union africaine et l’Union européenne’.

L’Ong internationale se réjouit des avancées significatives notées dans l’évolution du dossier : ‘Suite à de longues négociations, l’Union africaine et l’Union européenne ont présenté une proposition conjointe de budget basé sur une estimation de la durée de l’instruction à vingt mois et du procès à cinq mois. L’Union africaine, l’Union européenne, la Belgique, le Tchad, les Pays-Bas et les Etats-unis ont déjà annoncé des contributions significatives au procès, tandis que d’autres donations sont attendues’. Et d’assurer, enfin, les conditions d’un procès juste et équitable : ‘Le procès se tiendra selon les règles du système judicaire du tribunal spécial. Mais la poursuite de crimes de masse commis par un ancien chef d’Etat d’un pays étranger nécessite l’application de règles particulières en matière de responsabilité pénale internationale. Les organisations appellent l’Union africaine et le tribunal spécial pour le Tchad à conclure rapidement un accord concernant la protection des victimes et témoins, les immunités pour les témoins impliqués et la diffusion des audiences au Tchad’.

Réactions… Réactions … Réactions …

Me Assane Dioma Ndiaye, coordonnateur de la Ligue sénégalaise des droits humains : ‘Habré répondra de ses actes tôt ou tard’

‘C’est une décision critiquable à tout point de vue. Les réformes législatives et constitutionnelles, faites par le Sénégal, ne visent pas exclusivement Hissène Habré. Il répondra de ses actes tôt ou tard, même si nous lui concédons le principe de présomption d’innocence’.

Me EL Hadj Diouf, avocat de Hissène Habré : ‘Les agitateurs font de Habré leur fonds de commerce’

‘Les réformes de la Constitution, du Code pénal et du Code de procédure pénale visent personnellement Habré. Ses avocats ne maîtrisent pas le droit sur l’immunité, la compétence universelle, etc. La Raddho, la Ligue sénégalaise des droits humains et Amnesty International, qui sont des agitateurs, faisant de Habré leur fonds de commerce, manipulent l’opinion publique’.

Rassemblées par Pape NDIAYE


Commentaires sur facebook