Mahamat Salem Haroun sur le procès d’Hissène Habré : "Pour la noblesse de l’Afrique, il faut que Habré soit jugé" – Walf Fafdjri

En visite à Dakar pour la première de son film Un Homme qui crie, le réalisateur tchadien, Mahamat Saleh Haroun, estime qu’il faut qu’on arrive à juger Hissène Habré pour la noblesse de l’Afrique. Pour lui, l’ex-président Tchadien doit rendre des comptes aux familles endeuillées.

Le réalisateur tchadien, Mahamat Salem Haroun, a estimé qu’il serait content que le procès d’Hissène Habré, ancien président du Tchad puisse avoir lieu. Le cinéaste soupçonne qu’il y ait des manœuvres dilatoires pour que le procès ne se tienne pas. ‘Pour la noblesse de l’Afrique, il faut qu’on arrive à juger Hissène Habré’, a-t-il affirmé. Haroun s’exprimait, jeudi, lors d’un point de presse, en prélude à la projection aujourd’hui et samedi à l’Institut français de son dernier film Un Homme qui crie, prix du jury au Festival de Cannes 2010. Sa visite à Dakar a coïncidé avec la table ronde des bailleurs pour le procès d’Hissène Habré, tenue mercredi dernier.

Le cinéaste soutient qu’’il faut juger les gens quand ils ont posé des actes et qu’il y a des gens qui estiment avoir été victimes de ce régime’. Selon Amnesty International, souligne le réalisateur du film Daratt (2006), il y a eu quarante mille morts sous le règne de Hissène Habré en huit ans (1982 à 1990). ‘Habré doit des comptes aux Tchadiens, aux familles. Parce qu’il y a des gens qui ont disparu, dont on ignore même l’existence des corps’, fait savoir Mahamat Saleh Haroun. Selon lui, des familles endeuillées n’ont pas encore fait le deuil de leurs disparus parce qu’elles n’ont pas trouvé leurs traces. ‘Lorsqu’on est responsable, on se doit de se présenter pour être jugé par les hommes et les dieux, pour expliquer et pour se défendre’, dit-il.

Le réalisateur tchadien trouve scandaleux que des voix s’élèvent pour dire que parce qu’Hissène Habré est un Africain et un noir, il ne doit pas être jugé par les Blancs. ‘Comment peut-on arriver à cette aberration, en disant qu’il ne faut pas que cet homme soit jugé en Europe ? Les Blancs doivent être jugés par des Blancs et les Noirs par des Noirs’, s’interroge Haroun.

Cette réalité tragique inspire Mahamat Saleh Haroun. ‘J’ai été tenté de faire un documentaire sur le sujet, mais la plaie est assez fraîche pour le traiter’, a soutenu le cinéaste qui cherche une porte d’entrée pour raconter le drame. ‘Il faut que je trouve éthiquement le moyen de raconter l’histoire qui s’est passée de 1982 à 1990. Il ne doit pas s’agir de pleurer sur ce que les gens ont subi, mais d’ouvrir des perspectives’, fait-il savoir.

Hissène Habré a été président du Tchad de 1982 à 1990. Il est accusé d’avoir commis des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Des plaintes ont été déposées contre l’ex-président tchadien et le Sénégal a été mandaté par l’Union africaine en 2006 pour juger Habré.

Fatou K. SENE


Commentaires sur facebook