L’Union africaine appelle au commencement « rapide » du procès de Habré – HRW

Le Sénégal devrait immédiatement entamer les poursuites à l’encontre de l’ancien dictateur du Tchad Hissène Habré, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui, conformément à l’appel lancé par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine. Dans une résolution adoptée dans le cadre de son sommet le 31 janvier 2011, l’Union africaine a demandé un commencement « rapide » de ce procès.

« L’Union africaine a clairement rappelé qu’Habré doit être traduit en justice dans les meilleurs délais », a déclaré Reed Brody, conseiller juridique de Human Rights Watch, qui travaille avec les victimes de Habré depuis 12 ans. « Les survivants du régime de Habré se battent depuis vingt ans pour obtenir justice. Il est temps que le Sénégal cesse de se moquer des victimes et en finisse avec ce cirque politique interminable. »

Hissène Habré est accusé de milliers d’assassinats politiques et de torture systématique alors qu’il dirigeait le Tchad entre 1982 et 1990, et avant qu’il ne s’enfuie au Sénégal.

En juillet 2006, suite au refus du Sénégal d’extrader Habré en Belgique, l’Union africaine avait demandé au Sénégal de juger Habré « au nom de l’Afrique », ce que le Président sénégalais Abdoulaye Wade avait accepté. Mais le Président Wade avait récemment annoncé qu’il « en avait assez » de l’affaire Habré qu’il la « renvoyait » à l’Union africaine.

Néanmoins, la résolution adoptée ce 31 janvier prend note de la volonté du Sénégal de mener à bien ce procès. Elle appelle donc le gouvernement du Sénégal et la Commission de l’Union africaine à se réunir afin de discuter des modalités qui permettront un commencement rapide du procès de Habré tout en prenant en compte la décision de la Cour de Justice de la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) de novembre 2010, qui a indiqué que le Sénégal doit faire juger Habré dans le cadre « d’une procédure spéciale ad hoc à caractère international ».

Afin de respecter la décision de la Cour de la CEDEAO, la Commission de l’Union africaine a proposé la création de chambres spéciales au sein des tribunaux sénégalais, dont les présidents de Chambre, de première instance et d’appel, seraient nommés par l’Union africaine.

Habré avait été inculpé pour la première fois au Sénégal en 2000 avant que la justice sénégalaise ne se déclare incompétente pour le juger. Ses victimes s’étaient alors tournées vers la Belgique. A l’issue de quatre années d’enquête, un juge belge avait délivré un mandat d’arrêt international en septembre 2005 accusant Habré de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et d’actes de torture et avait demandé son extradition.

Le Sénégal avait ensuite appelé l’Union africaine à lui indiquer la marche à suivre. Le 2 juillet 2006, l’Union africaine avait demandé au Sénégal de juger Hissène Habré. Le Président Wade l’avait accepté, mais refusait cependant de s’exécuter depuis des années, exigeant au préalable le versement de l’intégralité des fonds nécessaires au procès. Le 24 novembre 2010, les donateurs internationaux se sont réunis à Dakar et ont débloqué les fonds couvrant intégralement le budget estimatif du procès de 11,7 millions de dollars.


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