Tchad: les villageois de Maïkeri, cernés par le pétrole – Afp

Des dizaines de puits de pétrole, une carrière, des pistes, des lignes à haute tension cernent le village de Maïkeri, dans le sud du Tchad, hier au beau milieu de cultures, savanes et forêts.

Maïkeri est l’un des 36 villages enclavés de la région pétrolifère du Sud, dénoncent des membres de la société civile. Les installations pétrolières ont envahi de nombreuses terres agricoles et celles qui restent s’épuisent, n’étant plus mises en jachère, expliquent les villageois, réunis sous un grand arbre.

Avant (2003 et l’exploitation de pétrole), on était bien car on s’occupait de nos champs, le rendement était bien. A partir de 2000, (autorités et compagnies pétrolières) ont fait des promesses d’embauche, ça a commencé à ne pas marcher car Esso n’a pas donné de travail, affirme Simon Ndoum Sanebi, représentant le chef du village.

L’Etat est censé contrôler les compagnies pétrolières mais l’Etat ne fait rien. Les paysans sont abandonnés à leur triste sort, explique Nadji Nelembaye, de la société civile.

De modestes maisons de terre au toit de chaume, des puits où les femmes viennent tirer l’eau et quelques animaux qui ruminent à deux pas de gamins jouant au foot: à première vue, Maïkeri ressemble à un village traditionnel.

Mais des habitants soutiennent que les arbres ne produisent plus comme avant, soupçonnant les torchères. Ils assurent que plusieurs boeufs sont morts après le ruissellement de boues toxiques et que les indemnisations ne sont pas à la hauteur.

Selon Simon Ndoum Sanebi, Esso n’a pas indemnisé la perte des terres, déjà propriété de l’Etat, mais celle des arbres (550.000 FCFA, 840 euros pour un manguier).

Le directeur de l’école, Elysée Djikoldingam, explique qu’un pipeline est venu couper en deux l’ancienne cour de récréation et qu’un puits de pétrole y a été foré. Le bruit de la centrale de collecte du pétrole perturbe les classes, affirme-t-il.

Pour prévenir vols ou dégradations des installations pétrolières, on nous empêche de sortir (du village) après 18H00, affirme Gilbert Nagilem, un villageois. Si on (les gendarmes) te prend à ces heures-là, tu es attaché, mis dans la voiture et (on te pose sur le corps) des barres de glace jusqu’au petit matin.

La situation des prisonniers, même c’est mieux, commente Djierenaye Massiel, un notable.

Il n’y a pas eu d’exaction, il n’y a pas eu de violation des droits de l’homme, réagit le gouverneur local, Mahamat Zenzone Al Hadj Yaye, évoquant quelques petits problèmes, notamment de vols. Il glisse cependant: Je crois que nous avons rappelé les forces de l’ordre à l’ordre.

Nous faisons le mieux possible pour protéger l’environnement (et) en matière de compensation, affirme pour sa part Yolla Zongre, responsable des relations publiques d’Esso au Tchad. L’exploitation (…) est-elle différente de ce qui se fait ailleurs ?, interroge-t-il.

D’après le ministre tchadien des Infrastructures, Adoum Younoussmi, le pays a commencé à percevoir des revenus du pétrole à partir de 2004 soit jusqu’à présent 3.000 milliards de FCFA (4,6 milliards d’euros) et produit en moyenne 120.000 barils par jour.

5% des revenus pétroliers devaient servir au développement de la région sud, mais selon un rapport de Djéralar Miankeol, de la société civile, aucune réalisation n’a été faite à Maïkeri avec cet argent.

Le Tchad, l’un des pays les plus pauvres du monde (163e sur 169, selon l’Indice 2010 de développement humain des Nations unies), s’était engagé à affecter 70% de ses revenus pétroliers à la réduction de la pauvreté en échange du financement par des organismes internationaux d’un oléoduc permettant d’acheminer le pétrole sur plus de 1.000 km à travers le Cameroun jusqu’à l’Atlantique.

Mais en 2008, la Banque mondiale a supprimé son aide aux infrastructures pétrolières tchadiennes, reprochant à N’Djamena de n’avoir jamais respecté ses engagements.


Commentaires sur facebook