Où est passé le ministre Kouchner ? – l’Humanité

Un silence assourdissant. En dehors d’un coup de fil, samedi, au président tchadien,le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, ne s’est pas exprimé une seule fois depuis l’arrestation jeudi dernier de neuf membres de l’association lde Zoé.

Un mutisme d’autant plus surprenant que le ministre a fait de l’implication de la France dans la résolution de la crise au Darfour une de ses priorités. Dès son investiture, il a reçu au quai d’Orsay le collectif Urgence Darfour, dont il avait publiquement soutenu l’action. Après avoir dû finalement abandonner l’idée irréaliste de couloirs humanitaires, Kouchner a été un des maîtres d’oeuvre du projet de déploiement d’une force européenne de protection des réfugiés soudanais installés au Tchad, où il s’est rendu en juin dernier. Preuve de son attachement au projet, c’est un fidèle, Éric Chevallier, qui joue au quai d’Orsay un rôle central dans la mise au point de ce déploiement. Mais à l’heure où ceux qui se réclament de ce droit d’ingérence humanitaire, cher à Bernard Kouchner, subissent les foudres de la justice tchadienne, le ministre a choisi de continuer comme si de rien n’était sa tournée en Asie.

L’enquête sur les enfants se poursuit

Selon les organismes internationaux et le gouvernement tchadien, le flou persiste sur la nationalité et le statut d’orphelin de la centaine de mineurs.

Ils n’auront sans doute jamais vu autant d’adultes défiler devant eux : président et ministres tchadiens, personnel onusien, journalistes… La centaine d’enfants que l’association l’Arche de Zoé projetait d’amener en France par « évacuation sanitaire » est au programme depuis quatre jours de toutes les délégations officielles à Abéché, dans l’est du Tchad. Après avoir passé trois jours au centre social de la ville, les mineurs, dont la plus âgée a dix ans, ont été transférés dans un orphelin géré par le gouvernement tchadien.

Depuis trois jours, le Haut comité aux réfugiés (HCR), accompagné de l’UNICEF, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et du gouvernement tchadien, les interroge afin d’établir leur identité, leur nationalité et leur statut – vrai ou pas – d’orphelin. « Pour le moment, je ne peux pas dire d’où ils viennent, ni s’ils ont de la famille », expliquait hier Mariam Coulibaly Ndiaye, représentante de l’UNICEF au Tchad, depuis son bureau de N’Djamena, la capitale. Précisant que l’enquête ira « au rythme des enfants ». Donc lentement, la plupart étant effrayés et certains étant trop jeunes pour s’exprimer. Un journaliste de l’AFP rapporte ainsi l’histoire du petit Hamza qui, après avoir raconté que son père « l’a confié aux Blancs », lâche : « Je suis soudanais ». Tollé dans l’assistance tchadienne. Et intervention d’un travailleur social : « Ce n’est pas vrai. C’est un Tchadien. Ses parents sont tchadiens, on les connaît ici. » L’enfant n’osera plus parler ensuite… « On pense de plus en plus que (les enfants) ne sont pas des orphelins. Ils répètent sans cesse qu’ils vont rentrer chez leurs parents. On doit tout de même le vérifier dans les villages », explique Annette Rehrl, du HCR.

De fait, le flou persiste autour de l’origine des enfants. « La démarche de l’ONG française (Children Rescue – NDLR) n’est pas en conformité avec les standards internationaux, ni avec la loi nationale », selon Mariam Coulibaly Ndiaye, de l’UNICEF. Qui n’a cependant pas eu accès aux éventuels documents officiels en possession des membres de Children Rescue concernant les enfants. Par ailleurs, la garde à vue des dix-sept Européens – neuf Français, sept Espagnols et un Belge – devait prendre fin hier soir. Ils devaient ensuite être fixés sur les inculpations dont ils pourraient être l’objet.

Vincent Defait

Le sort des journalistes « dissocié » ?

Appels à la libération de nos confrères de France 3, Capa et Synchro X.

Les trois journalistes qui acccompagnaient l’expédition de l’Arche de Zoé devraient pouvoir être dissociés de la procédure judiciaire engagée contre les humanitaires. Marc Garmirian, reporter de l’agence Capa, Jean Daniel Guillou, photographe de l’agence Synchro X et Marie-Agnès Peleran, membre de la rédaction de France 3 Méditerranée, détenus depuis le 25 octobre, ont été arrêtés en effet alors qu’ils ne faisaient que « l’exercice de leurs métiers » , relèvent Jean-François Tealdi, secrétaire général du syndicat SNJ-CGT, d’un côté et un porte-parole de l’association Reporters sans frontières (RSF), de l’autre. Les deux organisations exigent donc la libération immédiate de nos confrères.

Joint par l’Humanité, Jean-François Tealdi nous a assuré que la journaliste de France 3 devait être considérée comme étant « en mission » dans une zone de conflit et bénéficier des textes internationaux qui protègent les reporters dans ces zones. Contrairement à ce qu’avait affirmé la direction de France 3 qui prétendait encore, dimanche, que Marie-Agnès Peleran n’était pas au Tchad dans le cadre de son activité professionnelle, le syndicaliste souligne que la démarche de sa collègue ne fait aucun doute puisque celle-ci est partie avec une caméra de la chaîne. Et Jean-François Tealdi d’expliquer qu’il est courant que des journalistes de France 3 partent en mission aux frais de l’organisation non gouvernementale qui les invite, même si le syndicat condamne cette pratique.

Ces appels semblaient hier avoir été entendu par la secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Rama Yade, qui a promis d’assurer à nos confrères « un maximum de protection », et a estimé qu’il fallait « dissocier » le sort des journalistes de celui des responsables de l’Arche de Zoé.

Bruno Odent


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