Vers l’extradition de Hissène Habré en Belgique, selon un juriste – Aps

L’extradition vers la Belgique de l’ancien président tchadien vivant en exil au Sénégal est « la seule issue » possible pour dénouer l’ »imbroglio juridique » que constitue l’affaire Hissène Habré, a déclaré samedi à Dakar l’universitaire français Philippe Lagrange.

« On a récemment assisté à une opposition entre le Sénégal et l’Union africaine sur la forme à donner à cette juridiction devant juger Habré. Cette opposition, qui est allée jusqu’à la rupture des négociations entre les deux parties, fait qu’il est interdit, en tout cas pour le moment, que Hissène Habré soit jugé sur le continent africain », a constaté M. Lagrange, maître de conférences à l’Université de Poitiers, en France.

En raison de cette ‘’opposition’’ entre l’Union africaine (UA) et le Sénégal, « la solution qui se profile, c’est, finalement, une extradition de Habré vers la Belgique », a affirmé Philippe Lagrange lors d’une conférence de la fondation allemande Friedrich Neumann à Dakar.

« Si on ajoute à cela les considérations politiques, et bien on comprendra que l’on s’achemine inexorablement, je le pense, vers une extradition de Habré en Belgique », a-t-il insisté lors de cette conférence sur « le droit international pénal : un exemple de régionalisation ? »

Une cour ayant « la légitimité de juger Hissène Habré ne verra jamais le jour [en Afrique] et un jugement en Belgique sera la seule issue », a soutenu Philippe Lagrange.

M. Habré vit au Sénégal depuis décembre 1990, à la suite d’un coup d’Etat l’écartant du pouvoir. Depuis janvier 2000, il est accusé d’avoir commis des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre, pendant qu’il était président du Tchad, de 1982 à 1990.

En 2005, la Belgique avait demandé au Sénégal de le juger ou de l’extrader vers Bruxelles, pour qu’il y soit jugé. En juillet 2006, l’UA avait donné mandat au Sénégal de juger M. Habré, et Dakar avait modifié sa Constitution et son droit pénal à cet effet.

En juillet dernier, le gouvernement du Sénégal voulait rapatrier Hissène Habré au Tchad, où la Cour criminelle de N’Djamena l’a condamné à mort par contumace, en août 2008. Le Sénégal a renoncé à cette mesure de rapatriement à la demande de Navy Pillay, la commissaire aux droits de l’homme des Nations unies.

M. Habré est accusé de « 40.000 assassinats politiques’’, d’avoir « torturé près de 200.000 personnes », de « s’être enfui au Sénégal avec 11,6 millions de dollars’’, a rappelé l’avocat sénégalais Demba Ciré Bathily, qui participait à la conférence. « On reproche à sa garde d’avoir aussi exécuté près de 300 détenus », a ajouté Me Bathily, l’un des avocats des plaignants.


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