Tchad : le départ de Kadhafi affaiblit le régime d’Idriss Déby – Nouvelobs

Difficile de savoir précisément ce qui s’est passé ce week-end au cours d’affrontements entre les forces gouvernementales tchadiennes et les rebelles du Mouvement pour la Justice et l’Égalité (MJE) dirigé par le Dr. Khalil.

Selon plusieurs organes de presse tchadiens, des accrochages auraient eu lieu dans les régions d’Ounianga et de Wour (nord du Tchad).

Dirigé par le Dr. Ibrahim Khalil, le MJE est un groupe militaire soudanais sur lequel Idriss Déby s’est longtemps appuyé pour déstabiliser le Soudan voisin. En effet, le MJE a longtemps été engagé dans le conflit du Darfour face aux troupes gouvernementales soudanaises. Mais le départ de Kadhafi en Libye pourrait avoir recomposé les alliances régionales, poussant Idriss Déby à chercher à désarmer les forces du Dr. Khalil.

L’hypothèse est la suivante : le Conseil National de Transition (CNT) libyen, à présent au pouvoir à Tripoli, aurait exigé du gouvernement soudanais qu’il désarme le MJE afin que le Dr. Khalil restitue à la Libye les armes que lui avait fourni Kadhafi, indéfectible soutien d’Idriss Déby.

Le Soudan aurait donc rappelé au Tchad que les accords bilatéraux lui imposent de désarmer et expulser les rebelles soudanais réfugiés au Tchad. Car selon l’accord de Khartoum de mai 2010, Idriss Déby devait livrer le Dr. Khalil aux autorités soudanaises, ce qu’il n’avait pas fait sous la pression de la tribu des Zaghawas dont font partie les deux hommes.

Mais après le départ de Kadhafi, la donne est différente. Pour éviter de brusquer le Soudan, mais surtout par réaliste – le Tchad ayant perdu le soutien de la Libye suite au départ de Kadhafi –, Idriss Déby aurait décidé de désarmer les rebelles du Dr. Khalil. C’est dans ce contexte qu’Idriss Déby s’est résolu fin août à reconnaître le CNT libyen.

Cette évolution permet d’ailleurs d’en savoir plus sur les liens qui unissaient Kadhafi et Idriss Déby. Ce dernier ne s’est jamais caché qu’il s’opposait à l’intervention armée de l’OTAN en Libye. Idriss Déby a notamment envoyé des mercenaires tchadiens soutenir les forces de Kadhafi lorsque la protestation populaire montait, ces mêmes mercenaires qui avait été formé et financé par le régime de Kadhafi les années précédentes.

Le départ de Kadhafi est donc une bonne chose pour les opposants tchadiens au régime d’Idriss Déby, ce que souligne l’opposant Mahamat Abbo Sileck pour qui le régime de Déby n’aurait pas pu tenir sans le soutien de Kadafi.

Mais la faiblesse du régime de Déby est bien là. Des sources tchadiennes notent ainsi que la tribu des Toubous qui est présente au nord-ouest du Tchad et au sud-ouest de la Libye serait en train de pourchasser les derniers loyalistes au régime de Kadhafi qui tenteraient de se réfugier au Tchad.

Les Toubous en resteront-ils là ? Rien n’est moins sûr puisque la tribu aurait l’intention de s’attaquer aux forces gouvernementales tchadiennes.

Par Romain Lalanne


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