Le Tchad étudie l’offre du Rwanda de juger Habré, les victimes sceptiques – Afp

Le Tchad, saisi par l’Union africaine, examine actuellement une proposition du Rwanda d’abriter le procès de l’ancien président tchadien Hissène Habré, une offre qui « n’enchante » pas les victimes qui craignent que la tenue du procès s’éloigne.

« Depuis le mois d’août nous avons reçu une correspondance de l’Union Africaine, dans laquelle, elle nous informait de la disponibilité du Rwanda d’accueillir sur son sol le procès de l’ancien président Hissène Habré » a indiqué lundi à l’AFP un haut fonctionnaire des Affaires étrangères sous le couvert de l’anonymat.

« Nous ne nous sommes pas prononcés sur cette correspondance que nous avons transmis au ministre de la Justice », a ajouté la même source.

Le ministre de la Justice Abdoulaye Fadoul Sabre, qui a confirmé l’existence de la proposition rwandaise, a précisé: « l’option de juger Hissène Habré en Afrique nous avait séduit en son temps, maintenant il reste à discuter les modalités pratiques avant que le Tchad ne se prononce ».

« Le plus urgent pour nous c’est que le procès se tienne parce que les victimes sont en train de s’éteindre une à une. Nous nous sommes déjà prononcés en son temps pour que l’ancien président soit jugé en Belgique », a-t-il souligné.

L’association des victimes de Hissène Habré s’est par contre montrée très sceptique: « c’est dilatoire, ça ne nous enchante pas cette nouvelle trouvaille de l’Union africaine », a commenté Clément Abaïfouta, président de l’Association des victimes contre la répression politique au Tchad (AVCRP).

« Nous avons peur de que cette proposition de l’Union africaine ne nous traîne encore en longueur. La solution proche est là, tout est prêt pour que Habré soit jugé en Belgique », a-t-il ajouté.

M. Habré, qui vit en exil à Dakar depuis sa chute en 1990 après huit ans au pouvoir, est accusé de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et torture. Le Sénégal, qui avait accepté en 2006 de le juger à la demande de l’UA, n’a jamais organisé le procès.

Le 8 juillet, le gouvernement sénégalais avait annoncé qu’il allait expulser M. Habré au Tchad où il a été condamné à mort par contumace avant de revenir 48 heures plus tard sur sa décision, à la demande de l’ONU.

La Haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Navi Pillay, avait estimé que cette extradition pouvait être « une violation du droit international », dans la mesure où l’ancien président risquait d’être « soumis à la torture » au Tchad.

Le ministère belge des Affaires étrangères avait proposé le 10 juillet qu’Habré soit extradé en Belgique. Le gouvernement tchadien avait demandé en juillet que l’option belge soit « privilégiée ».

Habré avait été renversé par l’actuel président tchadien Idriss Deby Itno qui, après avoir été un de ses proches était entré en rébellion avant de provoquer sa chute en 1990.


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