Tchad : Deby dégraisse ses troupes – AfriSCOOP

Après qu’il a fini de dompter son opposition interne, plus rien ne semble troubler le sommeil d’Idriss Deby Itno, le maître de N’Djamena, même pas cette fronde sociale survenue à la veille de la Tabaski. Car au front, les armes aussi se sont tues depuis la réconciliation avec son bouillant et imperturbable voisin Omar Al Béchir, et le charcutage territorial qui a donné naissance en cette année au Soudan du Sud.

Reste que les promesses de la manne pétrolière se font toujours attendre.

N’empêche, le tombeur de Hissen Habré peut se la couler douce après un quart de siècle de règne rythmé par des conflits itératifs et un chapelet de coups d’Etat mille et une fois déjoués.

Et maintenant donc que la guerre est finie, que faire de ces milliers de combattants intégrés au gré des crises et qui n’ont jamais connu de tenue de fête que le treillis ?

Question bien embarrassante, mais à l’ordre du jour depuis les états généraux des forces armées tchadiennes, tenus en 2005 et qui viennent d’avoir un début de réponse avec la revue des troupes entreprise ces derniers jours par Idriss Deby à Moussoro, le plus grand et le plus vieux centre d’instruction militaire du pays.
Vous avez dit dégraissage ?

Lui en tout cas parle de nettoyage, car, maintenant qu’aucune menace ne plane plus sur son trône et face à la crise économique mondiale, il faut bien revoir les effectifs à la baisse ; réorganiser et professionnaliser les forces armées, qui comptent, hélas, dans les rangs aussi bien des commerçants, des étudiants, que des éleveurs.
60 000 hommes, c’est en effet l’effectif avancé, où se recrutent des éléments promus illégalement et frauduleusement bombardés aux grades d’officiers assimilés.

L’objectif visé par Idriss Déby Itno est de ramener l’armée tchadienne à 30 000 hommes, mais le miraculé de N’Djamena ne marche-t-il pas sur des œufs ?

Osons la question : comment « les indésirables avaleront-ils la pilule, habitués qu’ils étaient à percevoir leur dîme dès le premier chant du muezzin sans verser la moindre sueur ? ».

Car, difficile sera la reconversion dans la vie civile pour ces milliers de combattants dont la pitance quotidienne était scotchée au bout du canon.

En tout cas, le sentiment d’ingratitude que ressentent les troupes résonne comme une alerte à la bombe.
Mais une chose est sûre, au pays de Toumbalbaye, comme partout ailleurs en Afrique, ce sont les armées qui grèvent hélas nos budgets et compromettent le développement, tant on en trouve de grassement rémunérés et qui se tournent les pouces, trompant leur oisiveté dans les jeux de damier ou du pari mutuel.

Nous ne croyons pas si bien dire puisqu’en Guinée Conakry, le président Alpha Condé a lui aussi entrepris de secouer le cocotier, mettant à la touche quelque 4 000 hommes, dont certains sont sous les drapeaux depuis 1952, s’il vous plaît.

Pour ce chateau d’eau de l’Afrique de l’Ouest, jusqu’à ces dernières années abonné aux coups d’Etat comme tant d’autres, il est à souhaiter que cette œuvre de salubrité publique soit la transition vers la paix et l’ancrage démocratique véritable.

Les écoles de Saint-Cyr Coetquidan ne sont-elles pas dans leur rôle, elles qui prêchent depuis 2008 pour une reconversion d’une partie des forces armées africaines en forces de développement ?
La réponse, elle, ne s’est pas fait attendre : « L’avenir des armées africaines passe par leur engagement dans les opérations de maintien de la paix comme activité dominante et par leur implication dans les chantiers du développement, de la démocratie et de la stabilité politique ».
Cette leçon sera-t-elle bien assimilée et acceptée dans les casernes ?
Rien n’est moins sûr.


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