Gronde et grogne dans l’armée soudanaise – SudanTribune, 30 Janvier 2012.

Plus de 700 officiers ont déposé un mémorandum au Président Ouamr Al-bechir et au Ministre de la Défense, le Général Abderrahim Hussein les mettant en garde contre tout déclenchement des hostilités contre la République du Sud-Soudan à l’heure actuelle.

Ils ont réclamé en outre l’amélioration des capacités des forces armées, la lutte contre la corruption et enfin procéder aux réformes politiques dans le Pays.
Selon les différentes sources qui ont confirmé au SudanTribune le dépôts de ce mémorandum , ce pas décisif a été franchi après la tournée des popotes qu’a effectuée le Président AL-Béchir accompagné de son Ministre de la défense auprès des unités à Khartoum et en dehors de Khartoum, au cours de laquelle il a exhorté les forces armées à la mobilisation et à se préparer pour faire face à toutes les éventualités y compris la guerre contre la Sud-Soudan.

Le mémorandum contient aussi selon les sources militaires des revendications strictement militaires à savoir la nécessité de résoudre tous les problèmes qui annihilent l’ardeur du militaire soudanais en l’empêchant d’accomplir dignement et valablement ses devoirs.

Les signataires du document dont les anciens combattants du sud et de Darfour des années précédentes réclament au préalable une bonne préparation et des équipements adéquats avant toute initiative belliqueuse à l’égard du Sud-Soudan.

Un officier a confirmé pendant les réunions que l’état de l’armée soudanaise est tel que, dans les conditions actuelles, aucun combat, aucune bataille ne peut être remporté contre les insurgés de l’armée populaire dans le Sud-Kordofan et dans la région du Nil bleu. Selon le même officier, « cela demande des gros efforts surtout si, comme on nous le fait croire, la menace provient de l’extérieur ».

Il faut rappeler que l’armée soudanaise demeure en état de guerre permanente contre les différentes factions armées du sud et ce, malgré la signature d’un accord de paix signé en 2005 ; la situation s’est perpétué à l’ouest contre les mouvements armés ; alors que les milieux officiels s’apprêtaient à appliquer les différents accords, le différend autour de la zone d’Abey a ravivé davantage les tensions dans d’autres régions.

Malgré la précarité des ressources après la séparation du Sud-Soudan, l’armée soudanaise a continué à mener des combats dans la région du Nil bleu et dans les montagnes de Nuba contre le mouvement populaire qui a des rapports historiques bâtis dans des conditions difficiles avec le Sud. Pour ce faire l’Etat continue à dépenser énormément des ressources pour entretenir l’armée mais aussi des nombreuses milices qu’on est en train de recruter.

Les officiers ont demandé dans leur mémorandum à leurs supérieurs hiérarchiques de combattre la gabegie au sein des forces armées soudanaises ; ils ont pris comme exemple la commande faite par le Ministre de la Défense concernant plus de 200 chars au début de l’année dernière, sans tenir compte de modèle et les caractéristiques consignés par les techniciens dans le dossier de commande. Naturellement ces chars sont pour la plupart tombés en panne et l’armée était obligée d’envoyer pour leur réparation dans les pays voisins. Cette transaction été l’origine de la première fronde des hauts officiers supérieurs au début de l’année passée ce qui a entrainé le limogeage du Directeur de Cabinet du Ministre et quelques officiers supérieurs dont les généraux ABIDOUN et ATTEIB MUSBAH.

Les officiers dont quelques-uns sont connus pour leur tendance islamique, ont insisté dans leur mémorandum sur la nécessité de séparer entre le Congrès National, le parti au pouvoir et les forces armées de telle sorte que l’armée ne soit pas responsable des erreurs du Parti et n’en soit pas non plus victime des soubresauts politiques du Pays. Ils ont aussi réclamé des réformes au niveau du Parti au pouvoir, par ce que, disent-ils, les forces armées sentent que la situation actuelle peut mener le pays vers une déstabilisation.

Selon les milieux militaires, le dialogue et le climat général que traverse le pays et en particulier entre les milieux islamistes et le Congrès national sont tels que les choses peuvent se précipiter à tout moment, c’est pourquoi les forces armées donnent le ton pour leur neutralité pour les éventualités à venir.

Il faut noter également que récemment des groupuscules islamistes ont présenté deux documents dans lesquels ils exhortent à la réunification du mouvement islamiste, à la lutte contre la gabegie et la corruption dans les rouages de l’Etat et enfin à l’arrêt des guerres internes par des voies politiques. Pendant que le mémorandum de 1000 appelle à l’unité du mouvement islamiste et aux réformes du système, le second appelle à l’édification d’un système civil, la séparation entre l’Etat et la religion et la reconstruction du mouvement islamiste en dehors de l’influence du Congrès National et le Congrès Populaire. /


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