Acheikh Ibn-Oumar : « Si, par extraordinaire, le régime me tendait la main, je pense que je n’opposerais pas un non catégorique, mais je poserais des conditions ».

Acheikh et Timane Acheikh Ibn-Oumar à cœur ouvert
Entretien avec Acheikh Ibn-Oumar
Ancien ministre des affaires étrangères
Ancien Secrétaire général du CDR

Lyadish Ahmed (L.A) Monsieur Acheikh Ibn-Oumar, il y a un peu plus de 2 ans que vous ne vous êtes plus exprimé. Pourquoi ce silence ?

Acheikh Ibn-Oumar. – Ce silence date de mars 2007, c’est-à-dire depuis la rupture intervenue au sein de l’UFDD dont j’étais le Vice-président aux côtés du président fondateur le général Mahamat Nouri.

J’ai eu juste à faire une déclaration sur RFI pendant les combats de février 2008 pour attirer l’attention de la France et de l’Europe sur les bombardements de la population civile par l’aviation gouvernementale; j’ai été invité aussi quelques fois par les services arabophone et anglophone de France 24 pour parler, non pas du Tchad mais d’autres situations africaines.

La raison de mon mutisme était que les divisions au sein de l’opposition avaient pris une tournure assez ridicule, et je ne voulais pas étaler les contradictions internes sur le devant de la scène pour ne pas envenimer davantage une ambiance interne qui était assez délétère.

Parallèlement, j’avais décidé de m’écarter volontairement de la course au leadership et de me délier progressivement de toute responsabilité en tant que chef de groupe et ne plus me mettre en avant, tant qu’il n’y aurait pas un début d’unité au sein de ce qu’il est convenue d’appeler, incorrectement d’ailleurs à mon avis, «la Résistance»

CDR Maintenant, je suis plus à l’aise pour rompre ce silence, car, premièrement, nous avons réussi à faire une passation de relais au sein du CDR, et, depuis le 02 janvier 2009, c’est le camarade Albadour Acyl Ahmad Aghbach qui est officiellement Secrétaire général du CDR, au sein duquel je suis redevenu un simple militant; deuxièmement, les forces de l’Est ont réussi tant bien que mal à se regrouper dans un cadre commun qui est l’UFR.

L.A – Certains pensent pourtant que vous cultivez délibérément le mystère dans l’optique de surévaluer votre personnalité politique…

Acheikh Ibn-Oumar. – De toute façon, la présence médiatique et les positions de responsabilités ne constituent pas une fin en soi mais des simples instruments de travail, dont on a besoin, souvent il est vrai, pour faire avancer un projet politique, mais qu’il est nécessaire parfois de ranger au placard pour faciliter la résolution de certains problèmes organisationnels, par exemple pour éviter que les divergences politiques, qui sont réelles au sein de l’opposition, ne soient toujours interprétées comme des rivalités. personnelles ou claniques.

Si dans la foulée, cet effacement fait «surévaluer ma personnalité», comme vous dites, ce ne serait qu’un effet collatéral et non un objectif central; d’ailleurs on pourrait tout aussi bien penser que le fait de prendre du recul ferait plutôt baisser la cote, dans ce monde où les positions de pouvoir et la visibilité médiatique sont des atouts indispensables.

L.A. – Parlant des « positions de responsabilités qui ne constituent pas une fin en soi », je voudrais vous faire une révélation : il est aussi des gens qui croient que vous adorez la vie de «révolutionnaire», c’est la raison pour laquelle vous avez vécu presque toute votre vie en marge défensive de la vie politique nationale.

Acheikh Ibn-Oumar. – Ceux qui disent que j’aime la « vie de révolutionnaire » n’ont pas tout à fait tort. J’ai une aversion innée pour l’opulence, l’ostentation matérialiste et le décorum liés au pouvoir.

Néanmoins, cette vie d’exil et de précarité matérielle que je connais depuis 1995, n’est pas un choix délibéré. Car l’exil est la pire des choses: chaque fois que vous apprenez le décès d’un être cher au pays, vous vous en voulez de ne pas avoir accompagné ses derniers moments. Pour moi cette vie de difficultés, que connaissent beaucoup d’autres que moi, et en pire, n’est pas un idéal mais je l’accepte comme le prix à payer pour refuser la compromission et garder un minimum de fidélité par rapport à ses principes de vie, un minimum d’autonomie de réflexion.

L.A. Autre constat : l’historique de votre parcours politique révèle une certaine tendance à la rupture d’avec vos coéquipiers. D’aucuns pensent que vous ne supportez pas l’autorité…

Acheikh Ibn-Oumar. – Mon parcours politique est effectivement marqué par des ruptures avec les coéquipiers comme vous dites.
Je me suis engagé dans le Frolinat, au cours des années 70, et j’ai pris la direction du CDR en 1982, et il serait vraiment fastidieux de revenir ici sur toutes les péripéties qui se confondent avec les soubresauts des guerres civiles au Tchad.

Avec le recul, je dirai que j’ai une certaine naïveté, et, souvent, je découvre les vraies motivations de mes coéquipiers assez tard. Un penseur a dit: « un homme intelligent cherche à connaître tous les problèmes, un homme rusé cherche à connaître tous les individus »; je ne suis pas sûr d’être si intelligent que cela, mais ce qui est sûr, c’est que je ne suis pas un homme rusé.

Cette méconnaissance de la psychologie humaine m’a amené souvent à ne pas avoir pu éviter à temps la rupture avec des compagnons valables, ni à l’inverse, de ne pas rompre à temps avec des compagnons nuisibles.

En tous les cas je reconnais avoir enregistré beaucoup d’échecs et je n’ai pas réussi à mener à bien les projets politiques pour lesquels j’ai sacrifié une bonne partie de ma vie, et pour lesquels, d’autres compagnons moins chanceux, ont sacrifié leur vie tout court.

Je ne supporte pas l’autorité ? Je déteste l’autoritarisme c’est sûr. Mes amis disent que je ne sais pas prendre des décisions fermes quand il le faut. Ce n’est pas tout à fait exact. J’ai eu à prendre des décisions tranchées, douloureuses. Ce que j’ai du mal à faire, c’est prendre des décisions tout seul et les imposer aux autres. Je suis prêt à assumer les choix les plus radicaux quand c’est nécessaire mais à condition que ce soit dans un cadre collectif où les arguments contradictoires s’affrontent.

Je ne supporte pas l’autoritarisme; je ne crois pas à ce mythe tragicomique du leader providentiel, infaillible, qui voit la vérité tout seul et avant tout le monde. Cette idée,le culte de la personnalité, a creusé le tombeau de toutes les idéologies à vocation émancipatrice; elle est à la base de toutes les dénaturations des combats révolutionnaires.

Ma conception du Chef, est celle d’un pédagogue, à l’exemple des anciens maîtres du tir à l’arc qui, devant leurs élèves, se contentaient juste d’esquisser le geste technique sans vraiment décocher la flèche, mais qui arrivaient néanmoins à former des auriges redoutables.

L.A. – Il y a beaucoup de poésie dans cette conception que vous avez de l’autorité, mais les gens croient que vous fuyez tout simplement vos responsabilités et que même si demain on vous élisait Président de la République, vous démissionnerez au premier clash avec vos collaborateurs….

Acheikh Ibn-Oumar. – Si j’étais président de la République, ne vous inquiétez pas, je me montrerais aussi autocrate, aussi accroché au pouvoir, aussi répressif et arrogant que nécessaire (rires) … Je plaisante évidemment. Honnêtement, je sèche sur cette question…comment dire…démissionner au premier clash avec mes collaborateurs ? Sûrement pas ; peut-être que je tiendrai jusqu’au deuxième et même au troisième clash.

Sérieusement, vous voyez bien que votre question me déstabilise, faîtes-moi la grâce de passer à la question suivante.

L.A. – Je vous en prie. Alors, parlant de Président de la République, pouvez-vous rappeler à ceux qui vont vous lire ce qui a motivé votre rupture avec Idriss Déby avec qui vous avez travaillé jusqu’en 1993 ?

Acheikh Ibn-Oumar. – Je n’ai pas rompu avec le président Déby, c’est lui qui avait rompu avec moi.

En 1988, au cours d’un congrès militaire des forces du CDR repliées à la frontière libyenne, sous la direction de notre Commandant en Chef de l’époque feu le général Massaoud Dressa, auquel je rends ici un profond hommage, nous avions décidé de mettre fin à la lutte armée et d’œuvrer désormais à partir de l’intérieur du Tchad, quel que soit le régime. D’où la réconciliation avec le gouvernement du président Habré, à travers l’Accord de Bagdad.

Quand le général Déby a pris le pouvoir, non seulement, nous nous en étions tenus à la même ligne, mais beaucoup d’entre nous pensaient que cela allait être mieux que sous Habré dans la mesure où le MPS avait proclamé l’instauration du multipartisme. J’avais accepté tout de suite de collaborer avec le général Déby qui me nomma Conseiller à la présidence.

Mon erreur, c’était de ne pas avoir compris que la démocratisation annoncée c’était juste pour apaiser les partenaires extérieurs, mais qu’en fait, le MPS était un parti unique déguisé ; et le président Déby avait besoin de courtisans plutôt que de vrais collaborateurs. Alors que moi, je pensais servir l’État, tout en gardant ma liberté de jugement, mon indépendance intellectuelle et un minimum d’éthique personnelle. Plus grave encore à ses yeux, j’avais des contacts réguliers avec certains amis qui venaient de former des partis d’opposition. Pour le président Déby, j’étais un ingrat car il m’avait nommé Conseiller avec un salaire de ministre et je refusais malgré tout de jouer le rôle de griot.

Un climat de suspicion s’est installé et certains délateurs, qui faisaient déjà ce boulot sous Habré, en avaient profité pour alimenter cette suspicion, allant jusqu’à faire des rapports disant que je travaillais avec le MDD qui était alors actif dans la région du lac Tchad, alors que si j’allais régulièrement au Niger c’était pour voir mon épouse qui attendait notre enfant; puis, que j’avais projeté un coup d’État par le biais du général Mahamat Garfa. Finalement. Ce dernier avait été obligé de quitter clandestinement le Tchad pour éviter une arrestation certaine. Moi-même, j’avais quitté précipitamment le Niger pour les mêmes raisons.

N’eût été cette manœuvre d’intoxication, je serai resté au pays pour mettre mes modestes compétences au service de l’État, malgré toutes les réserves sur la qualité de la gestion. Tout cela , c’était fin 1994.

L.A. – D’autres raisons se sont certainement ajoutées à ces premiers motifs…..

Acheikh Ibn-Oumar. – Effectivement, le fossé s’est creusé au fil du temps. Quelques frères avaient essayé d’intervenir pour que je retourne au pays, mais honnêtement, les propos du président Déby qui m’étaient rapportés, et la tournure prise par sa façon de diriger, ne me rassuraient pas du tout sur le plan de la sécurité personnelle.

Après quelques mois d’hésitation, j’avais fini par faire une déclaration à RFI, en mai 1995, pour annoncer que je passais à l’opposition.
Etant sous le coup d’une décision d’expulsion du territoire nigérien après la tentative ratée d’arrestation, je m’étais replié à Cotonou, où il y avait déjà le général Garfa, Brahim Mallah du MDD, puis nous fûmes rejoints par Hissène Koty et Bichara Idriss Haggar du CNR, Adoum Yacoub Kougou, puis les défunts Docteur Al-Harris, Ousmane Gam et Adoum Moussa Seïf.

Nous avions fait des groupes de travail auxquels se joignaient parfois feu Laokein Bardé.

J’avais réactivé quelques anciennes cellules extérieures du CDR et participé aux différentes démarches mais avec un profil plutôt bas, avant de passer à la vitesse supérieure en 2006 quand, avec quelques cadres, nous avions partiellement réactivé l’aile militaire du CDR pour former avec d’autres collègues l’UFDD sous la présidence du général Nouri.

Parallèlement à cette radicalisation de ma part, la gestion du régime n’a pas cessé d’empirer et il ne fut plus question de renouer le fil entre le général Déby et moi-même; le plus cocasse dans cette histoire c’est que parmi les amis qui s’étaient employés à essayer de me convaincre de regagner le bercail, beaucoup ont fini par prendre le chemin de l’exil à leur tour ou carrément nous rejoindre dans l’opposition.

L.A. – La gestion du régime empire comme vous le constatez, mais Idriss Déby ne laisse planer aucun doute sur son désir de conserver à vie le pouvoir. Peut-on espérer un changement de régime pendant qu’il est encore en vie ?

Acheikh Ibn-Oumar. – Changement de régime…vous voulez sans doute dire un changement par la voie électorale. Je pense que c’est tout à fait possible, mais cela nécessite qu’un certain nombre de conditions soient réunies.

L.A – Lesquelles ?

Acheikh Ibn-Oumar. – Eh bien, tout d’abord, d’un côté, il faut que l’opposition politico-militaire soit unie et forte et marque des points significatifs sur le terrain, tout en ayant un programme bien articulé et convaincant de règlement politique, afin obliger le régime et ses soutiens extérieurs à accepter la redéfinition du champ politique national et, d’un autre côté, que les partis politiques légalisés de l’intérieur transcendent cet émiettement et constituent, non pas une organisation unique, mais un vrai front unique avec un leadership national.

Il est clair qu’avec plus de 100 partis à l’intérieur, et des mouvements armés plus ou moins sérieux qui naissent tous les jours, le régime a les mains libres pour l’instauration d’une présidence à vie.

L.A. – Présidence à vie ? Alors quelle réponse donnerez-vous demain si Idriss Déby vous propose de collaborer avec lui comme ce fut le cas avec l’actuel Premier ministre, Youssouf Saleh Abbas qui l’avait rejoint après un bref passage par le MDJT entre 2000 et 2005 ?

Acheikh Ibn-Oumar. – Le contexte dans lequel le frère Youssouf Saleh Abbas avait regagné le régime était différent. Si YSA était à l’extérieur aujourd’hui, je ne pense pas qu’il serait rentré; surtout après l’enlèvement odieux de notre ami et compagnon Ibni-Oumar Mahamat Saleh et l’ampleur de l’opposition armée. C’est pourquoi je me vois mal réintégrer le régime actuellement.

Mais en politique, « il ne faut jamais dire jamais » et on a rarement le choix entre le blanc et le noir, mais plus souvent entre le gris clair et le gris foncé.
Si par extraordinaire, le régime me tendait la main, c’est-à-dire en dehors du cadre réclamé par tous qui est la tenue d’une conférence globale (le fameux dialogue inclusif), je pense que je n’opposerai pas un non catégorique, mais je poserais des conditions.

L.A. – J’imagine que le cas Ibni Oumar fait partie de ces conditions ?

Acheikh Ibn-Oumar. – Il faudrait que le climat général soit assaini ; et cela passe, en premier lieu par le problème de IBNI. Il faut que le général Déby ait le courage de reconnaître qu’il l’avait fait arrêter au lieu de chercher des faux-fuyants, sous forme de pseudo-commission d’enquête ou de missions parlementaires française ou européenne, qu’il soit libéré, s’il est encore en vie, sinon que sont corps soit restitué ; que des funérailles dignes soient organisées et qu’il y ait des gestes forts de la part du régime pour faire son mea-culpa et prendre des mesures symboliques et matérielles à la hauteur du sacrifice de ce martyr de la Nation.
Pour ce qui est des conditions politques à proprement parler, par exemple,il faudrait que le général Déby s’engage à ne pas se représenter aux prochaines élections. En tout cas qu’on ne parle pas de récompense en termes de postes ou d’argent, comme c’est le cas jusque là,mais que soit mis en place ne serait-ce qu’une seule réforme structurelle qui permette d’enrayer cette dérive vers le chaos.et se traduire par une amélioration réelle des conditions de vie et de travail de la masse des citoyens.

L.A. – Par exemple?

Par exemple mettre en place une commission d’audit financier indépendante avec une participation décisive de l’opposition et de la Société civile pour chiffrer de façon aussi précise que possible tout ce que l’Etat a perdu du fait des détournements, de la surfacturation, des commissions, des passe-droits en douane, du non respect des règles pour les marchés, et des normes pour les constructions, des ponctions autoritaires, etc. Rien que la publication des chiffres aurait un impact très positif

Il faudra aussi recenser non pas toutes les victimes, mais au moins toutes les morts et disparitions qui sont le fait direct des forces armées et de sécurité : les cas les plus connus comme ceux de Demtita, Bisso, Mbaïlao, Me Behidi, Goukouni Guet, Abbas Koty, Bichara Digui,Youssouf Togoïmi etc. mais aussi les moins connus. Il faudra établir les circonstances exactes de leur mort et les lieux de leur enterrement si possible, dédommager leurs familles à travers un Fonds spécial.
Il faudra arrêter l’aide aux insurgés du Darfour et leur implication directe dans les problèmes militaires internes du Tchad.
Là , en fait, je réfléchis à haute voix, et je serai sans doute plus précis si la question venait sur la tapis.

L.A. – Je vous ai croisé à la manifestation du 7 février organisée par le comité de soutien à Ibni Oumar Mahamat Saleh. J’imagine que vous avez connu cet homme…

Acheikh Ibn-Oumar. – Dire que j’ai connu Ibni, ne serait pas suffisant pour exprimer l’ancienneté, la profondeur et l’intensité des liens qui nous liaient depuis notre jeunesse. J’espère pouvoir livrer un témoignage détaillé sur notre histoire commune à une prochaine occasion. Nous avons eu le même parcours, nous nous étions abreuvés aux mêmes sources intellectuelles. Nous avons milité ensemble dans le mouvement étudiant, et nous avions créé ensemble les cellules clandestines du Frolinat au sein de la jeunesse universitaire. Les survivants de notre groupe qui me liront comprendront à quoi je fais allusion.
Et il y a une anecdote historique qui est à la base de la ressemblance de nos prénoms.

J’avais été intimement associé à la réflexion qui avait abouti à la création du PLD et je peux dire que sans en être un membre déclaré j’avais apporté une certaine contribution au PLD dans sa phase initiale.

Sur le plan politique, nous avons eu quelques divergences d’appréciations sur la question de la lutte armée et sur la question de l’articulation dialectique entre la nécessité du projet national et la réalité de la mobilisation communautaire.

J’ai profité d’un passage à Paris pour participer à la manifestation du 07, car je n’étais jamais sur place lors des manifestations organisées précédemment.
C’est bien d’organiser des marches de protestation ou de commémoration mais cela ne suffit pas.

Il faut que la mobilisation soit plus large, plus multiforme, et plus permanente. L’enlèvement de IBNI, son assassinat probable, c’est l’équivalent de l’affaire Ben Barka ou l’affaire Ingrid Bettancourt. En dehors de ses qualités intrinsèques, n’oublions pas qu’Ibni était le coordinateur de la CPDC, c’est-à-dire le coordinateur de l’opposition.

Le régime se trompe lourdement, s’il mise sur l’oubli avec l’usure du temps selon sa technique macabre de faire oublier le crime d’aujourd’hui en commettant un autre crime plus grand demain. Si nous baissons les bras, demain ce sera un autre dirigeant de parti ou de la Société civile que nous allons pleurer, dans des conditions encore plus traumatisantes.

L.A. – Pour quelles raisons croyez-vous que le régime d’Idriss Déby aurait voulu la disparition ou la mort de cet homme qui avait pourtant répété à plusieurs reprises qu’il refusait la prise du pouvoir par les armes ainsi que sa confiscation par les armes ?

Acheikh Ibn-Oumar. – D’abord, il faut bien avoir en tête que ce n’est pas le général Déby tout seul qui l’a fait disparaître mais le président Sarkozy est en partie responsable. Par conséquent, la pression doit s’exercer en direction de celui-ci et celui-là. Quant aux raisons de cet acte ignominieux, elles sont au moins trois:

  • Première raison: L’accord du 13 août 2007.

En signant cet accord, l’opposition intérieure, sans le savoir, avait signé l’acte de condamnation de Ibni. Comme l’Union Européenne était partie prenante de accord qui laissait entrevoir de sérieuses possibilité d’élections non entièrement manipulées, c’est-à-dire qui seraient perdues par le MPS, le régime s’est trouvé acculé; et la seule issue c’était de démanteler la CPDC et d’intégrer les partis qui la compose dans le gouvernement pour les amadouer, et se donner ainsi la possibilité de vider progressivement cet accord de son contenu.
Cette manœuvre ne pouvant pas aboutir tant que Ibni était présent sur la scène; il fallait l’écarter d’une façon ou d’une autre dans la mesure où on ne pouvait pas l’acheter.

  • Deuxième raison: bloquer la possibilité d’une conférence globale de réconciliation.

Comme des voix commencent à se lever au sein des partis légalisés et de la Société civile appelant à un dialogue inclusif avec les politico-militaires, il fallait répandre des rumeurs insidieuses comme quoi Ibni étaient en complicité avec l’opposition armée; comme çà, toute personne qui prend contact avec les politico-militaires ou réclame une conférence globale courrait le risque de subir à son tour l’accusation de complicité avec la rébellion et pourrait de subir le même sort. C’est ce que les Chinois appellent «égorger le chat pour effrayer le singe».

  • Troisième raison: Ibni était très estimé par les millions de Tchadiens et des milliers d’Africains et d’Européens, pour son intégrité, sa droiture et sa hauteur de vue. Il fallait donc blesser tous ces gens au plus profond d’eux-mêmes, et, en même temps, décomplexer la bande des griots et courtisans en leur assurant que l’honnêteté est un choix perdant et que seule la bassesse paie.

Acheikh Ibn-Oumar : « beaucoup pensent que Timane Erdimi est très impopulaire dans les forces armées, ce qui est faux !».

Lyadish Ahmed. – Les mouvements politico-armés viennent de créer une union à la tête de laquelle est désignée Timane Erdimi. Les médias ont fait état de l’influence des parrains soudanais pour cette désignation. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Acheikh et Mht Nour Acheikh Ibn-Oumar. – Si par « influence des Soudanais » on veut dire que ce sont les autorités soudanaises qui décident et que les mouvements tchadiens ne font qu’exécuter cela est entièrement faux. Cela relève de la propagande du régime de N’djamena, relayée par des compatriotes dont la majorité sont de bonne foi. Mais il n’est un secret pour personne qu’il y a des relations assez étroites entre l’opposition de l’Est et le Soudan et que le point de vue de ce pays est pris en compte dans la donne. En particulier les différentes personnalités qui ont émergé sur le devant de l’opposition avaient l’agrément de ce pays. C’était le cas de Mahamat Nour Abdalkarim et de Mahamat Nouri. Mais vous souvenez que malgré la préférence soudanaise, il y a toujours eu des mouvements qui avaient librement contesté ces dirigeants. Vous vous souvenez qu’en 2006, le CNT de Hassan Aldjinedi et le SCUD de Yahya Dillo avaient , après la création du FUC, contesté le leadership de Mahamat Nour et avaient fait bande à part malgré les conseils insistants des Soudanais qui avaient fini par respecter les choix de ces contestataires. De même, après l’émergence du général Nouri, le CDR dirigé par moi-même à l’époque, et l’aile du FUC dirigée par le frère Abdalwahid Aboud Mackaye, avions quitté l’UFDD pour former l’UFDD-Fondamentale au grand dam de nos amis soudanais. Plus récemment encore l’UFCD du général Adouma Hassaballah et l’UFDD-Fondamentale avait claqué la porte de l’Alliance Nationale (A.N.), en prenant à contre-pied le souci soudanais d’unifier l’opposition dans l’A.N. et sous la direction du général Nouri.

Autre chose, vous n’êtes pas sans savoir que depuis l’échec de l’attaque sur N’Djamena, les Soudanais suppliaient pratiquement les chefs de mouvements de ne plus se lancer dans de nouvelles aventures militaires sans une véritable unité. Si les choses se réduisaient à un simple diktat de la part des Soudanais, ils n’auraient pas laissé les différents mouvements se tirailler pendant presque une année dans la recherche d’un leadership unifié.

Acheikh et Timane La nomination de Timane a désagréablement surpris certains, et beaucoup pensent que Timane est très impopulaire dans les forces armées, ce qui est faux. Pour les combattants de base, chacun a sa préférence c’est vrai, en fonction surtout des affinités communautaires, mais, en même temps, pour les soldats et les officiers, le plus important c’est un cadre unitaire, quelque soit le dirigeant, afin de ne pas répéter la gaffe de février 2008; car chaque fois qu’il y a un manque d’unité, cela se traduit par des sacrifices inutiles, des centaines de camarades qui meurent ou qui se trouvent blessés sans résultat, bien sûr. Mais ça veut dire aussi rester des mois ou des années de plus, sous les arbres, sous les intempéries, en proie aux serpents et aux scorpions, à la dysenterie, au paludisme, loin de la famille, alors que ceux de votre âge pensent mariage ou études; ça veut dire aussi des ralliements désordonnés sous le coup de la lassitude au lieu d’une véritable réconciliation qui apporte des fruits au peuple. C’est pourquoi, la base combattante a appris , à travers l’expérience amère des rivalités internes, à faire sienne cette phrase de Napoléon: (je cite approximativement de mémoire)« Vaut mieux un chef idiot mais unique plutôt que plusieurs chefs intelligents »

Donc, il ne faut pas confondre le sentiment, réel et compréhensible du reste, d’une bonne partie de l’opinion tchadienne qui tend à dire « on ne veut plus d’un autre Zaghawa, ou d’un autre BETiste au pouvoir » et la conception des combattants sur le terrain.

L.A. – Le jour où a été rendue public l’information sur la création de l’UFR avec les textes constitutifs, nous avons pu lire une déclaration commune du FPRN et du CDR, critiquant l’attitude de certains mouvements armés envers le FPRN et le CDR et disant en substance que ces deux organisations se réservent en quelque sorte un droit de critique contre l’UFR. Pourquoi cette déclaration et quelle a été la réponse de l’UFR ?

Acheikh Ibn-Oumar. – L’information a été mal comprise à cause d’un simple problème de date. Je m’explique, en revenant un peu en arrière:

En août 2008, alors que les tractations informelles s’éternisaient depuis des mois, le frère Adoum Yacoub, Président du FPRN et coordinateur de l’UFC, avait pris l’initiative de proposer une réunion de concertation à travers une lettre aux chefs de mouvements où il disait entre autres, je cite textuellement : « il s’agit de trouver un contexte de dialogue entre les différents groupes de l’opposition armée pour diagnostiquer sereinement les raisons de la désunion, rechercher activement avec obligation de résultats un consensus politique pour un partenariat nouveau respectueux des différences, intégrant tous les efforts de lutte contre le régime clanique calamiteux, arrogant, et sanguinaire de N’djamena. »

Certains mouvements avaient répondu positivement: le CDR, l’UFDD-Fondamentale et l’UFCD, si ma mémoire est bonne. À notre grande surprise quand les 5 mouvements ont formé la commission sur la recherche de l’unité, ils avaient ignoré la délégation du FPRN qui avait lancé l’idée au départ ainsi que celle du CDR. Ce n’est qu’après la signature du Manifeste créant l’UFR, que la dite Commission, après beaucoup d’hésitation avait convié nos deux mouvements à venir s’associer à la suite des travaux pour la signature ultérieure des Status et du règlement intérieur de l’UFR. En réponse à cette invitation, le CDR et le FPRN avaient adressé la lettre que vous avez mentionnée, pour critiquer la démarche et attirer l’attention sur la nécessité du débat critique à l’avenir; car non seulement nos deux mouvements avaient été écartés au début des travaux, sans aucune raison, mais le plus important, c’est que nous aurions souhaité une vraie discussion sur le fond des divergences, une analyse courageuse de nos faiblesse et la reformulation rationnelle d’un cadre de travail viable. Mais en même temps nous affirmions notre accord pour participer aux travaux et à intégrer immédiatement le cadre unitaire. Après cette mise en garde, qui nous a permis de mettre le doigt sur certaines failles et surtout de nous donner la liberté de rouvrir le débat dans le futur, nous avons rejoint le processus de formation de l’UFR et nous avions signé avec les autres mouvements, les autres textes, à savoir les Statut et le Règlement intérieur, le 15 décembre.

Malheureusement cette lettre adressée après le CDR et le FPRN avant leur intégration à l’UFR, n’ a été publiée qu’après la formation de l’UFR; ce qui a donné l’impression aux lecteurs que c’était une remise en cause de notre adhésion à l’UFR. Il faut que les compatriotes comprennent une chose : on peut très bien être dans un cadre unitaire et critiquer certaines démarches et certaines conceptions. Nous sommes tous des apprentis démocrates plus ou moins laborieux, et il faut qu’on prenne l’habitude de travailler sincèrement dans l’unité, tout en exprimant clairement des divergences. Si on n’arrive pas à accepter la divergence entre politico-militaires, comment pourrions-nous convaincre l’opinion que nous allons demain garantir un pluralisme politique au Tchad.

L.A. – Alors, pourquoi selon vous Ahmat Hassaballah Soubiane et Mahamat Nouri ne sont pas vraiment dans l’UFR ?

Acheikh Ibn-Oumar. – M’étant déchargé de mes responsabilités au sein du CDR, je n’ai pas participé directement aux discussions et aujourd’hui, je n’ai aucun titre officiel qui me permette de parler des problèmes internes actuels de l’UFR. Je m’en tiens, comme le reste de l’opinion, aux positions officielles exprimées publiquement par les uns et les autres.

Pour ce qui est du général Nouri, il est partie prenante de l’UFR; seulement il n’est pas membre du Bureau exécutif au sein duquel il a préféré désigner d’autres cadres de son mouvement l’UFDD. Quant au FSR du frère Ahmad Soubiane, il a publié un communiqué pour donner les raisons de sa non participation à l’UFR.
Si vous voulez mon sentiment personnel, je pense que le frère Soubiane a tout à fait le droit de demander des assurances pour qu’il n’ y ait pas une monopolisation du pouvoir par Timane et son clan.

D’ailleurs une telle réserve serait valable même si on avait désigné un président autre que Timane. Il ne faut pas oublier que ces préposés à la succession de Déby, à commencer par moi-même,ont été responsables dans le régimes de l’UNIR et du MPS , et, à ce que je sache, on ne peut pas dire que la population tchadienne ait gardé un souvenir impérissable de notre passage aux affaires. Je souhaite que les ponts de dialogue ne soient pas rompus avec le FSR qui est des membres fondateurs de l’UFR et qui, je le révèle ici, était celui qui s’était le plus battu pour que le groupe des 5 mouvements fondateurs fût élargi aux autres mouvements.

L.A – Autre chose : beaucoup d’observateurs de la vie politique s’étonnent de l’absence de contacts entre la rébellion et les instances internationales comme l’ONU, l’OUA, alors que dans d’autres conflits similaires comme en Côte d’Ivoire ou même au Soudan, les rebelles ont une audience certaine auprès de ces institutions. (Pourquoi vous êtes ostracisés ?)

Acheikh Ibn-Oumar. – Comme l’a dit récemment le frère Albissaty dans son style peu nuancé, nous sommes plutôt nuls sur le plan diplomatique et médiatique.
D’abord, il y a la division. Chaque fois qu’il y a un événement ce sont des dizaines et dizaines de représentants plus ou moins légitimes de l’opposition qui démarchent les partenaires extérieurs, lesquels ne savent plus qui croire et qui ne pas croire. Mais il y a aussi le niveau très inégal du contenu des messages écrits ou oraux qui donnent une image négative du niveau des cadres dirigeants de l’opposition.

L.A. – Il y a évidemment des lacunes manifestes au niveau des représentations extérieures sur l’exigence pédagogique nécessaire auprès des institutions internationales. Mais peut-être que ces institutions sont tout simplement convaincues par l’accusation de « mercenariat » dont vous faites l’objet de la part de Déby…

Acheikh Ibn-Oumar. – Ce n’est pas l’impression que je retiens de mes contacts avec les pays frères et amis ou les institutions internationales. D’ailleurs même les pays qui soutiennent directement le régime reconnaissent en aparté que la situation du Tchad est pire que la description que nous en faisons. Les partenaires ne peuvent pas avaler cette légende de «mercenaires fabriqués par le Soudan » car ils savent que la plupart des opposants ont été des hauts responsables au Tchad et qu’ils les avaient connus et souvent appréciés en tant que tels.

L.A. – Mais le fait d’être soutenus sans ambiguïtés par les Soudanais ne contribue-t-il pas à réduire vos revendications à celles de simples « condottieri » comme vous accuse François Soudan de l’hebdomadaire Jeune Afrique ?

Acheikh Ibn-Oumar. – Le problème se pose autrement. Le conflit du Dar four a été déclenché et continue à être alimenté par certaines puissances qui pensent que tant que le régime de Khartoum n’est pas renversé, et tant que le Soudan n’est pas démantelé, leurs intérêts seraient menacés. Alors, si non seulement le Soudan n’est écrasé mais qu’en plus ce sont les alliés du Soudan qui prennent le pouvoir au Tchad; ce serait un vrai cauchemar.
Il y aussi le fait que beaucoup de gens ont des doutes sur les capacités d’une coalition hétéroclite comme celles que nous avons connues jusque-là, à instaurer un régime stable au Tchad. Ce qui est une inquiétude légitime d’ailleurs et que partagent les Tchadiens.

L.A. – Parlant d’inquiétude, les avis sont partagés sur les chances de l’’UFR de renverser Idriss Déby et son régime ?

Acheikh Ibn-Oumar. – Je n’ai jamais approuvé le discours de mes collègues politico-militaires qui, depuis l’époque de MDD au lac, claironnent sans rire « nous allons chasser Déby avant la fin de l’année »

Pour parler franchement, je ne suis pas tout à fait d’accord avec le fait d’avoir comme programme, les mesures que nous allons prendre après la chute du régime. D’abord le contexte international va nous obliger à négocier; c’est inévitable. Et la priorité immédiate ce n’est pas le programme de l’après-Déby mais c’est un programme bien étoffé de règlement politique , c’est sur cela que l’opinion internationale en particulier va juger de notre sérieux.

Pour moi le plus important, ce n’est pas savoir si on va renverser le régime dans trois mois ou dans trois ans, ou si va finalement trouver un compromis politique, mais de c’est construire patiemment, méthodiquement, une organisation cohérente, mettre en place des mécanismes de travail rationnels attirer des cadres intègres et compétents en grand nombre, reformer nos organes dirigeants pour mieux représenter la diversité de notre pays, donner une bonne éducation à nos combattants etc. Le reste, prendre le pouvoir par la force ou trouver un compromis avec le régime, c’est secondaire; car on si on solidement organisé on pourrait faire en sorte que l’un ou l’autre choix aille dans le sens de l’amélioration des conditions de vie concrètes de la masse de nos citoyens.

Cela dit, sur un plan purement technique, l’opposition a le potentiel pour remporter la victoire; mais il faudrait que les uns et les autres renoncent définitivement aux intérêts de personnes ou de groupes; sinon on pourrait remporter quelques batailles car nos combattants sont beaucoup plus motivés que ceux d’en face, mais on s’arrêtera à mi-chemin.

C’est pourquoi je cite souvent cette pensée : «celui qui court va vite; celui qui marche va loin

L.A – Pour terminer, tout le monde sait que vous avez des grandes ambitions pour le Tchad et personne ne doute de votre honnêteté. Mais pensez-vous pouvoir réaliser un jour votre rêve ?

Acheikh Ibn-Oumar. – Je vous laisse l’entière responsabilité de ce jugement sur mon honnêteté supposée. Mon rêve… ce n’est plus un rêve. Je ne suis plus le révolutionnaire idéaliste, lecteur enthousiaste de Marx et Fanon. Aujourd’hui ce qui m’anime, ce n’est pas un grand dessein messianique, mais simplement les aspirations élémentaires du Tchadien moyen, qu’on peut formuler de mille façons, à travers mille programmes politiques, et que je résume en cette phrase: l’avènement d’un système qui assure l’égalité des citoyens devant la loi et où les responsables doivent rendre compte de leur gestion.
Est-ce que cette aspiration est réalisable ? Je suis profondément convaincu que oui.

Peut-être que pour notre génération, je veux dire celle issue du Frolinat, trop d’occasions ont été ratées, mais elle a encore quelque chose de très important à faire: entamer un début de redressement et assurer un bon passage de relais à la génération qui nous suit et qui seule pourra parachever la tâche.
Par rapport à l’époque de nos premiers engagements, le contexte international a été chamboulé, la ferveur idéologique s’est évaporée, le tissus social national est en lambeaux, les déceptions à répétition ont fait naître un grand scepticisme chez beaucoup… donc les problèmes ne peuvent pas être appréhendés de la même façon, ni les solutions formulées à l’identique.

Mais au delà tout cela, je constate chez beaucoup de jeunes compatriotes, l’amour passionné de la patrie, la soif de participer à un projet national grandiose, le sentiment de révolte face à l’injustice et la médiocrité, et aussi la disponibilité à assumer les sacrifices nécessaires.

Ce qui manque, c’est le déclic organisationnel, le cadre de référence analytique, et des hommes-symboles en qui se reconnaître. Cette lacune, la jeunesse a tout le potentiel pour la combler à condition de ne pas se laisser aller à la facilité du tintamarre cybernétique et du larbinisme vis à vis des grands caïds du pouvoir ou de l’opposition, mais d’avoir confiance en ses propres capacités à transformer la réalité et commencer à y travailler ici et maintenant.

Monsieur Acheikh Ibn-Oumar, je vous remercie pour la confiance que vous m’accordez.

Propos recueillis par
Lyadish Ahmed
Chroniqueur bénévole à :
La Dissidence
Presse libre d’investigations et de réflexions politiques sur le Tchad
e-mail : lyadish@yahoo.fr


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