Pas d’élection le 3 mai 2006 (N’Djamena BI-HEBDO N° 938 du 30.03.06)

C’est une opposition, revigorée par le consensus autour du refus d’accompagner Idriss Déby Itno, qui s’est adressée à la population au’ cours d’un meeting le samedi 25 mars 2006 au Palais du 15 janvier.

La clôture du dépôt de candidatures à l’élection présidentielle du 3 mai 2006 a été close la veille’
à minuit. Jusqu’au bout, le suspens a été maintenu quand bien même l’ensemble des leaders de l’opposition avait répété à souhait qu’aucun d’entre eux ne cèdera au chantage d’ Idriss Déby. « Les élections annoncées pour le 3 mai prochain n’auront pas lieu. Elles ne doivent pas avoir lieu. Vous devez contribuer activement à ce qu’il en soit ainsi« a dit la Cpdc aux Tchadiens dans la matinée de ce samedi 25 mars 2006.

Tous les leaders de la Cpdc ont aussi refusé de prendre part à la réunion convoquée vendredi par le Premier ministre, pour en fait divertir. Le député Yorongar qui s’est rendu à la réunion a regretté son déplacement parce que l’ordre du jour n’était pas celui qu’il attendait. Ce qui explique l’entendement du gouvernement pour qui, il ne peut y avoir dialogue que pour le suivre. L’opposition, qui a réussi à faire bloc, pour une fois autour d’une question, a appelé à la responsabilité des Tchadiens pourqu’il n’y ait « pas de présidentielle le 3 mai 2006« .

Le meeting organisé dans une salle du Palais du 15 janvier ne pouvait drainer plus que le millier de militants ayant répondu à l’appel. La sensibilisation n’a concerné pour l’essentiel des partis que les responsables. Toutefois, l’opposition a profité de cette tribune pour sensibiliser la population sur la nécessité d’empêcher Idriss Déby de se faire élire pour un troisième mandat. L’un après l’autre, Hamit MahamatDahalob du Mdst, Naïmbaye Lossimian de l’Ard, Loi Mahamat Choua du Rdp et Ibni Oumar Mahamat Saleh du Pld se sont relayés pour sensibiliser les militants à ne pas permettre la tenue de l’élection le mercredi 3 mai 2006.

Et les raisons qui appellent au soulèvement ne manquent pas. Le message de l’opposition était celui-ci: « Nous tenons à préciser une fois de plus, par respect pour notre peuple qui souffre tant, que nous n’entendons pas entrer dans ce qui ne peut être qu’un vaste complot sur le dos de ce peuple. Nous n’acceptons pas des accommodations entre leaders politiques qui dénaturent le choix des citoyens« , a dit Loi Mahamat Choua. Et d’ajouter que « La situation dans notre pays est préoccupante. On ne peut pas en sortir par l’organisation à la sauvette d’une pseudo présidentielle. Le niveau de délitement de l’Etat et de la fragilisation des institutions, le discrédit du pouvoir ainsi que la lassitude de la population imposent la recherche d’un nouveau consensus national« .

A Moundou et mieux encore à N’Djaména, les leaders de l’opposition ont rappelé à la population que la situation politique en cette année 2006 est bien différente de celles de 2001 et 1996. Pour une fois, tout le peuple tchadien dans son ensemble est d’accord sur la nécessité d’opérer un changement à la tête de l’Etat, Idriss Déby Itno ayant montré ses limites refuse d’entendre raison.

Déby n’a jamais voulu le dialogue

En effet, c’est depuis septembre 2003, au sortir des élections présidentielles et législatives, qu’Idriss Déby a été alerté sur la nécessité de réviser les anomalies du système électoral. « Nous avons sans relâche demandé des discussions sur ces questions afin de trouver des solutions consensuelles. Vous êtes témoins des tergiversations du pouvoir, témoins de ses rétractations et des pieds de nez qu’il fait à l’opposition démocratique« , indique le président du Rdp. Et c’est au dernier moment que le pouvoir se livre à des manœuvres pour divertir. Appelant l’opposition au dialogue et répétant à tout bout de champ qu’il est disposé au dialogue, IDI met en marche le processus électoral contesté sous prétexte de risque de vide juridique. Là-dessus, l’opposition se lave les mains: « qu’il n’y ait pas d’élection présidentielle avant le 8 août prochain créant un vide institutionnel, c’est le pouvoir qui l’aura délibérément voulu. Ce vide est-il synonyme d’anarchie ou de chaos? Nous ne le pensons pas. Quand pour une raison ou une autre, la paix, la cohésion nationale et la stabilité sont menacées, les acteurs politiques responsables se réunissent pour circonscrire le péril et convenir des mécanismes et institutions provisoires pour une sortie de crise. Disant cela, nous n’inventons rien« .

Et des éléments corroborant cette lecture ne manquent pas. Aujourd’hui, dans la tête de la plupart des Tchadiens, le lendemain est incertain. Quoique loin des théâtres des affrontements entre les groupes armés, ils vivent une peur permanente de voir les choses s’embraser. Ce qui montre si besoin est que le régime est honni et ne tient qu’au bout des canons. Nul ne croit aujourd’hui aux urnes de Déby qui ne tient, semble-t-il, que grâce au soutien de la France.

Berçot n’est pas la France

L’opposition note aussi que « depuis quelque temps, l’ambassadeur de France qui s’est illustré depuis son arrivée par le mépris de l’opposition démocratique, par le dénigrement systématique de la société civile autonome et par la diabolisation de la presse non liée au pouvoir, déploie une intense activité pour entraîner l’Union européenne et toute la communauté internationale dans le soutien qu’il apporte de façon flagrante et grossière au régime« . Il s’agit là des sorties de l’ambassadeur de France lors des réunions de concertation entre l’opposition et les représentants de la communauté internationale. Lors d’une réunion, l’ambassadeur a même traité d’irresponsable l’opposition.

La Cpdc se dit « persuadée que le comportement de cet ambassadeur ne vise pas les intérêts du peuple et de l’Etat français » donc ses propres intérêts connaissant la générosité des chefs d’Etat africains à l’endroit des politiques français.
LoL Mahamat Choua qui a personnellement connu Jacques Chirac lui demande de « tirer les conséquences de l’activisme de l’actuel ambassadeur qui risque d ‘entraîner la France dans un traquenard, un bourbier sanglant« .

Le distinguo entre Berçot et la République française montre que le soutien de ce pays au régime n’est que le fait d’individus fussent-ils des politiques. Ils ont eux aussi sur le dos une opinion qui ne les tolérera pas d’avoir soutenu un despote ou contribué à des violations des droits de l’homme.

Au lendemain des élections présidentielles de mai 2001, face à la contestation et aux dénonciations des fraudes massives avec la bénédiction de la France officielle, celle-ci avait fait parvenir un message qui n’a peut être pas été capté mais qui reste valable à notre avis pour chaque Tchadien: Aide toi et la France t’aidera.

Madjiasra Nako


Commentaires sur facebook