Les Européens veulent protéger leurs ressortissants sans froisser N’Djamena – Le Monde

« Sensibiliser » le président tchadien Idriss Déby Itno « au respect de la présomption d’innocence« . L’objectif énoncé mercredi 31 octobre par Nicolas Sarkozy montre la délicate position de la diplomatie française dans l’affaire de l’Arche de Zoé.

Soucieux de « ménager les susceptibilités des uns et des autres« , selon les mots du président français, Paris entend toutefois travailler à une solution négociée avec son allié tchadien, notamment pour obtenir une requalification des inculpations et la tenue d’un procès en France. Pour l’heure, les dix-sept Européens détenus à Abéché risquent de cinq à vingt ans de travaux forcés s’ils sont reconnus coupables d' »enlèvements de mineurs tendant à compromettre leur état civil » et « escroquerie« .

Condamnant « sans ambiguïté » les activités de l’association, le chef de l’Etat français a laissé entendre qu’il plaiderait pour le jugement en France des membres de l’ONG. Il a aussi insisté sur le cas des deux journalistes français et des sept membres d’équipage espagnols, « ceux en tout cas dont on sait maintenant qu’apparemment ils n’étaient pas dans les actions de cette association« . Paris veut à la fois montrer qu’il « n’abandonne » pas ses compatriotes, comme le lui reproche l’opposition, et, parallèlement, entend tout faire pour éviter de froisser N’Djamena.


« TROUVER UN ÉQUILIBRE« 

« C’est un travail de discussion et non pas de revendication qui pourrait crisper, et ceci se discute finement« , reconnaît à Paris une source diplomatique proche du dossier. « On essaye de trouver un équilibre entre la souveraineté tchadienne, la justice tchadienne et le fait qu’il s’agit de Français« , explique cette source, affirmant, comme N’Djamena l’a encore fait mardi soir, que cette affaire n’aurait aucun impact sur le déploiement prochain de l’Eufor, force européenne à forte composante française dans l’est du Tchad. La Libye, de qui Paris s’est récemment rapprochée, a proposé « d’aider à un règlement de cette affaire« , a indiqué mercredi le ministère des affaires étrangères, qui l’en a « remercié« , ajoutant que Paris était déjà en « contact direct » avec N’Djamena.

Les deux autres pays concernés par l’affaire – l’Espagne et la Belgique – ont eux aussi insisté sur la protection de leurs ressortissants. Dès mardi, Madrid s’était dit « en désaccord » avec l’inculpation des sept Espagnols, arguant que « tout semble indiquer qu’il n’y ait pas de preuves concluantes » contre eux. De son côté, le gouvernement belge a assuré qu’il veillerait à ce que le pilote Jacques Wilmart, qui a été inculpé mercredi, « soit traité correctement et qu’il puisse assurer sa défense dans de bonnes conditions« .

Face à cette intervention des diplomaties européennes, les autorités tchadiennes sont restées vagues quant à la suite qu’elles comptent donner à l’affaire. Interrogé par RFI, Mahamat Hissène, directeur de cabinet du président Déby, s’est montré ouvert sur le sort des journalistes français. Mais il a affirmé que son pays n’avait pas, pour l’heure, de « position arrêtée » sur le lieu où les Français devaient être jugés.

Manifestation contre L’Arche de Zoé à Abéché

Plusieurs centaines de Tchadiens scandant « non à l’esclavagisme, non au trafic d’enfants » ont manifesté à Abéché, mercredi, contre l’ONG L’Arche de Zoé. Les manifestants se sont rassemblés devant les bureaux du gouverneur de la ville. « Je peux vous assurer que le gouvernement tchadien est conscient de vos plaintes et qu’il prend toutes les mesures judiciaires nécessaires pour enquêter sur cette affaire« , a assuré à la foule le gouverneur d’Abéché, Tourka Ramadan Karo. – (Avec Reuters.)


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