La folle journée du 13 avril – N’Djamena BI-HEBDO SPECIAL du 13 avril 2006

Démocratiquement ou militairement, les Tchadiens n’attendent rien d’autre que le départ d’Idriss Déby Itno pour exulter. Déception, ce fut en effet le sentiment général des N’Djaménois accrochés à leurs radios pour guetter « la bonne nouvelle », qui n’est jamais tombée. Au contraire: c’est la victoire des loyalistes qui est annoncée par IDI sur Rfi.

Les tirs nourris à l’arme lourde, entendus des côtés sud-est et nord de N’Djaména; les bourdonnements d’un hélicoptère et des mirages français survolant la capitale… Peu de temps après, des tirs à l’arme légère se font également entendre. Preuve sans doute que le champ de combat se rapproche du centre ville. Certaines personnes, y compris de hautes personnalités de la République, ont choisi, par prudence, dès la veille, de traverser la frontière avec leur famille pour se mettre à l’abri à Kousseri. La majorité ne bouge pas parce que, espérait-on, Déby va fuir aux premiers coups de feu à N’Djaména pour éviter des bains de sang aux Tchadiens.

C’est mal connaître Déby, qui prend l’initiative de lancer ses chars et autres armements, lourds et légers, sur les rebelles. Selon deux rebelles, qui ont réussi à se sauver quelque part à Bouta-al Bagar, les éléments du Fucd n’ont tiré aucun coup depuis des centaines de kilomètres. Ils n’ont pas, selon eux, répondu au pilonnage de leur colonne par un avion français, le 12 avril vers midi dans les environs de Dourbali.

Les rebelles sont entrés par Linia et Gaoui. « A 5H35, nous avons des dizaines de véhicules bourrés de militaires derrière nos maisons. Ces militaires nous ont même salué. Juste au niveau du site Sao, un hélicoptère a tiré sur eux. C’est en ce moment que les tirs ont commencé », raconte un habitant de Bouta-al Bagar qui déplore des morts et des blessés dans son entourage. Dans une concession voisine à la sienne, un tir d’obus a cassé une maison. Les jambes d’un enfant sont complètement broyés, sa maman a reçu une balle aux fesses. Pas très loin, un char poursuit un rebelle qui tente de se sauver dans une maison. Le char percute la maison faisant des morts et des blessés. Le rebelle est rattrapé puis tué sur le champ.

Les habitants des quartiers périphériques comme Boutaal Bagar et Diguel subissent des perquisitions parfois musclées de leur domicile, obligeant beaucoup parmi eux à se déplacer vers le centre ville. La frontière camerounaise est fermée aux Tchadiens qui cherchent à atteindre Kousseri sur l’autre rive du Chari pendant que les expatriés, en particulier les personnels des ambassades et des institutions internationales, peuvent traverser sans problème.

Parmi les curieux, il y a des badauds qui se préparent à piller les biens des citoyens qui vont fuir au cas où la situation venait à être pourrie. Dans l’intention de piller le contenu d’un véhicule en panne et abandonné par les rebelles et emporter des armes, un groupe de badauds a été victime d’une explosion: le véhicule est miné. Le véhicule a explosé faisant une dizaine de victimes. De nombreuses personnes rencontrées peu après l’enlèvement des victimes parlent de 15 morts et de 3 blessés.
L’hôpital de la garnison militaire accueille des blessés parmi lesquels il y a de nombreux civils. Des corps de soldats et de civils jonchent certaines avenues. Clichés hor¬ribles de la guerre.

Alladoum Nadingar & Hubert Bénadji
N’Djamena BI-HEBDO SPECIAL du 13 avril 2006


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