Coup de Semonce? – La Une de N’Djamena Bi-Hebdo Spécial du 13 avril 2006

spe Avril est le mois de tous les dangers, avions-nous écrit il y a quelques années. Avril 2006 ne nous dément pas. Dans une sorte de guerre éclair, les rebelles du Fucd ont investi plusieurs localités de l’Est et du Centre avant de venir échouer aux portes de N’Djaména. La dernière fois où la capitale du Tchad a été ainsi menacée remonte a décembre 1991 lorsque les forces du Mdd parties de la région du Lac n’avaient été stoppées que tout près de N’Djaména. La France avait volé au secours du pouvoir de N’Djaména. Les combats avaient fait de nombreuses victimes et des destructions. Les affrontements du 13 avril ont été très meurtriers et les dégâts collatéraux importants. L’alerte a été chaude, très chaude. Aujourd’hui, les observateurs s’interrogent sur les moyens des assaillants et surtout les réelles motivations qui sont à l’origine d’une attaque aussi audacieuse, d’autant qu’il est avéré que la plupart sont des jeunes et qui ne connaissent rien à la ville de N’Djaména. Amateurisme ou acte suicidaire et sans lendemain?

L’Ant a cette fois-ci pris le dessus, mais le coût semble assez élevé. Par pudeur et décence, les autorités refusent de faire une comptabilité macabre mais la réalité est que des jeunes Tchadiens meurent et dans ces guerres à répétition, cela va forcément avoir des conséquences sur l’avenir du Tchad.

Au-delà du fait que la rébellion ou les mercenaires ont atteint la capitale, l’autre enseignement que l’on peut tirer, à ce niveau de la situation, est l’internationalisation du conflit avec la rupture des relations diplomatiques entre le Tchad et le Soudan ce 14 avril. Ce faisant N’Djaména, qui a réussi à porter l’affaire devant les hautes instances internationales que sont le Conseil de Sécurité des Nations Unies et le Conseil de Paix de l’Union africaine, a marqué un autre coup. Pour lui, c’est le Soudan qui agresse le Tchad. Mais d’un autre côté, c’est la réalité de la situation politique du Tchad qui vient au devant de l’actualité.

spec Si la France réaffirme son soutien à IDI, il est impossible dans les circonstances actuelles d’éviter que la situation interne du Tchad -une démocratie de façade mais surtout une présidentielle vidée de tout son sens ne fasse la une des journaux hexagonaux. Jacques Chirac au plus bas des sondages et le gouvernement de Villepin se seraient bien passé de cette affaire africaine, eux qui essaient de gommer les stigmates du CPE qui a empoisonné le climat politique en France. D’ailleurs le ton en est donné dans les médias et la gauche française et certaines Ongs viennent de trouver un thème pour mettre le gouvernement en difficulté, d’autant que la communication autour de l’engagement de la France derrière IDI est quelque peu cafouilleuse.

Dans tous les cas, qu’il s’agisse des Nations Unies, de l’Union africaine et de la France, il est bien beau de condamner la prise de pouvoir par la force ; mais qu’est-ce qui est concrètement fait sous nos cieux pour permettre une alternance pacifique. Les uns et les autres sont témoins de ce qui est de la réalité tchadienne, parfaitement illustrée par la présidentielle en cours.

La Rédaction
N’Djamena Bi-Hebdo Spécial du 13 avril 2006


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