La présidentielle envers et contre tous – N’Djamena Bi-Hebdo N° 943 du 20 avril 2006

Tout le monde ou presque s’accorde à dire que l’élection présidentielle du 3 mai est inopportune. Sauf IDI qui promet la tenir pour respecter le délai constitutionnel.

Des nouvelles en provenance du Moyen-Chari annoncent que la ville de Sarh est inaccessible venant de Kyabé où les rebelles du Fucd ont été signalés. AmTiman, chef-lieu du Salamat est devenu depuis ce eek end la base des opérations de l’armée tchadienne. D’importants renforts à la suite du chef d’Etat major général des armées le général de brigade Banyana Kossingar s’y trouvaient pour préparer des attaques. La ville de Haraze Manguegne est désertée. La grande majorité des militaires et autres fonctionnaires qui s’y trouvaient en service ont regagné AmTiman.

A Abéché où sont regroupés la plupart des travailleurs humanitaires, c’est l’incertitude. On vit la psychose d’une attaque. Tout ceci pour dire que le pays est en guerre, sinon en état de paix armée pour reprendre un confrère quand bien même on annonce la reprise de la situation en main par l’armée nationale. Nonobstant cela, le gouvernement répète à qui veut l’entendre que la situation est sous contrôle et que rien n’empêchera la tenue de l’élection présidentielle le 3 mai prochain. Pour Idriss Déby, il n’y a pas de guerre. A la conférence de presse qu’il a donné le 18 avril 2006 au siège du Mps, il a déclaré: « je vous assure que la situation est sous contrôle. Les bruits de bottes dont vous entendez parler ne sont que des opérations de poursuite des derniers fuyards. Demain (Ndlr: 19 avril) tout sera fini ». Idriss Déby Itno dont le thème de campagne est devenu l’agression soudanaise, balaie d’un revers de main, les préoccupations des populations quant à la sécurité.

Un président en fin de mandat est plus facile à contester qu’un autre nouvellement élu. C’est sans doute guidé par cette assertion qu’Idriss Déby Itno voudrait vaille que vaille se faire réélire le 3 mai 2006. L’insistance du gouvernement à soutenir que la présidentielle aura bel et bien lieu le 3 mai prochain, participe de la même logique qui a motivé la modification de la constitution. Envers et contre tous, Idriss Déby veut s’imposer pour un autre mandat de cinq ans à la tête du Tchad.
En cela, il est soutenu à bout de bras par la France qui a fait dire au plus fort des événements du 13 avril que Paris s’apprête à avaliser le scrutin de mai prochain quelle que soient les conditions dans lesquelles elles seront organisées.

L’attitude de la France de Chirac plus précisément, est contraire aux conclusions des experts qu’il a commis pour se prononcer sur le cas tchadien, selon la Lettre du continent. Pour Paris, il n’y a personne en dehors de Déby, iI n’y a aucun Tchadien capable de gouverner le pays. C’est ce qui justifie ce soutien à l’armée tchadienne dans la traque des rebelles jusqu’aux confins du parc de Zakouma.

Pour justifier cette insulte aux autres Tchadiens, Paris avance le fait que tous les ténors de la classe politique et des mouvements rebelles traînent des casseroles et donc ne répondent pas au profil du chef d’Etat tchadien voulu par la France. C’est pourquoi, on a entendu dire que derrière le Rdl de Mahamat Nour Abdelkérim, se trouvent les Arabes, donc des islamistes. On a entendu dans la ville qu’avant même que le chef du Rdl n’arrive à N’Djaména, qu’un dignitaire arabe devait assurer l’intérim. Ce qui est sûr, Mahamat Nour n’est pas l’homme de Chirac, c’est la raison pour laquelle le Fucd n’est pas entré à N’Djaména.
L’autre question qu’on se pose est aussi de savoir le motif de ce soutien quasi inconditionnel à IDI qui, malgré ses amitiés françaises, ne s’est pas empêché d’acquiescer qu’on brûle le tricolore français comme un jour de 1998. On serait tenté de penser que, comme ses pairs de la sous région, IDI se livre à la vieille pratique de la Françafrique qui consiste à arroser les milieux politiques français pour s’attirer de la sympathie.

Mais comment la France qui a suivi la progression des rebelles de bout en bout, les as-t-il laissés arriver aux portes de N’Djaména avant d’intervenir? On est tenté de penser, qu’il s’agit d’un avertissement à Idriss Déby pour l’appeler à ouvrir le dialogue. Un dialogue dont Idriss Déby ne veut pas entendre parler faisant dire par ses proches qu’il n’en voit pas l’opportunité. Si l’arrogance d’Idriss Déby Itno à l’endroit des rebelles ne vise pas à faire monter les enchères, il est la preuve d’une assurance que la communauté internationale ne l’a pas encore lâché. La déclaration du département d’Etat américain selon laquelle tout soutien de Khartoum serait inacceptable, participerait de cette démarche. Si c’est le cas, Idriss Déby pourra finir sa campagne et donner rendez-vous à la classe politique tchadienne après le 3 mai. Mais d’ici là on compte deux semaines pendant lesquelles beaucoup de choses peuvent se passer.

Madjiasra Nako
N’Djamena Bi-Hebdo N° 943 du 20 avril 2006


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