Idriss Déby Itno titube – N’Djamena Bi-Hebdo N° 943 du 20 avril 2006

Idriss Déby Itno a volontairement ouvert des fronts sur tous les côtés: opposition démocratique, opposition armée, Soudan, Banque mondiale, communauté internationale, Union africaine, etc. Maintenant que tout semble le dépasser, il tourne en rond ne sachant que faire.

Ainsi, 24 heures après l’attaque de N’Djaména, le 13 avril2006 par les rebelles du front uni pour le changement démocratique (Fucd), Idriss Béby Itno lance, avec fermeté deux ultimatums sur lesquels il ne tardera pas à revenir. Le premier ultimatum concerne le gel de la part du Tchad des revenus pétroliers. II faut rappeler que suit à la modification, fin décembre la loi 001 sur la gestion des revenus pétroliers, la Banque mondiale, en plus de la suspension du financement des projets, a demandé à la City Bank à Londres, de bloquer le compte du Tchad.

Lors d’un conseil extraordinaire des ministres tenu le 14 avril sur l’attaque de N’Djaména par le Fucd, le gouvernement a pris la décision d’arrêter l’exploitation et la commercialisation du pétrole de Doba si la Banque mondiale ne levait pas le mardi 18 avril 2006 à 12H son gel des avoirs du Tchad bloqués à la City Bank.

Le second ultimatum concerne les réfugiés soudanais ces camps installés à l’est du Tchad. Idriss Déby Itno menace de refouler ces réfugiés parce qu’il estime que les éléments des mouvements rebelles sont recrutés dans leurs camps. Le gouvernement du Tchad donne à la communauté internationale un délai allant jusqu’à juin pour trouver soit une solution au conflit du Darfour, soit une autre terre d’accueil aux 200.000 réfugiés des camps de l’est du Tchad.

Concernant le refoulement des réfugiés, il ne fait pas de doute que Déby Itno n’utilise ces réfugiés que comme monnaie de change. La communauté internationale est longtemps préoccupée par le conflit du Darfour auquel elle cherche, en vain, à trouver une solution définitive. La menace d’expulsion des réfugiés obligerait donc le systèmes Nations unies à prendre en main la sécurité dans la région.

C’est ce que Idriss Déby a obtenu du Haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés qui s’est entretenu avec lui au téléphone dans la nuit du dimanche 16 avril 2006. Dans sa déclaration, Antonio Guterres demande à la communauté internationale et ses diverses organisations de « fournir tout ce qui est possible afin d’établir d’urgence la paix et la sécurité au Darfour, qui sont essentielles pour la stabilité de la région dans son ensemble. Il est aussi primordial de préserver la sécurité des réfugiés et des déplacés au Darfour et au Tchad, ainsi que potentiellement dans d’autres pays de la région ». Le secrétaire général de l’Onu, Koffi Annan, a utilisé le même argument pour plaider en faveur de la sécurité dans la région et demander qu’une solution soit

trouvée d’urgence. Ce que Déby n’a pas encore obtenu et qu’il n’obtiendra peut-être jamais, c’est l’intervention militaire qu’il demande à la Communauté internationale et à l’Union africaine « pour sauver les populations du Darfour qui subissent le pire génocide du président El Béchir ».

L’ultimatum adressé à la Banque mondiale a été repoussé parce que « le gouvernement américain s’est proposé d’intervenir pour trouver un compromis avec la Banque mondiale et a demandé au gouvernement de reporter sa décision d’arrêter l’exploitation et la commercialisation du brut tchadien jusqu’à fin avril’, indique un communiqué du gouvernement. Par rapport à cette seconde menace, il n’est pas évident que Déby obtienne le résultat qu’il poursuit.

Le jour où il a pris la mesure de gel des revenus pétroliers du Tchad, le président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, a déclaré: « Nous restons persuadés qu’ensemble nous pouvons trouver un terrain d’entente qui prenne en compte les préoccupations légitimes du gouvernement tchadien et notre objectif d’assurer que les revenus pétroliers bénéficient aux populations pauvres de ce pays ». Par la suite, la Banque mondiale et le Tchad se sont rencontrés deux fois, à Paris et à N’Djaména, pour trouver une solution négociée à cette crise. Toutes les deux réunions n’ont malheureusement rien donné. Pourquoi Déby menace-t-il aujourd’hui de fermer les vannes si les revenus pétroliers ne lui sont pas remis?

La Banque mondiale, qui a pris cette mesure malgré l’argument du gouvernement fondé surtout sur la crise sociale grave que connaît le pays, reculera-t-elle devant cette menace au moment où tout permet de croire que les revenus pétroliers iront dans l’achat d’armes? En fait, revenir sur cette décision ferait jurisprudence et ouvrirait la porte à tous les dérapages.
Finalement, le plus difficile dans cette affaire sera de mettre à exécution cette menace. Les Américains laisseront impuni le saccage de leurs intérêts au moment où le prix du pétrole sur le marché continue de grimper: plus de 70 dollars le baril actuellement? En effet, en arrêtant la production du pétrole de Doba, Déby violera la convention qui lie le Tchad au consortium.
Ont-ils perçu le danger venir de ce côté-là? Les membres du Bureau politique national du Mps ont exprimé leur désapprobation par rapport à la décision du gouvernement menaçant d’interrompre l’exploitation du brut de Doba. On sait, en tout cas, que le Congolais Pascal Lissouba a été renversé à cause du pétrole; le chef rebelle angolais Jonas Savimbi a été tué pour la même raison ; etc.

Alladoum Nadingar
N’Djamena Bi-Hebdo N° 943 du 20 avril 2006


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