Du mauvais usage de la démocratie – La une de N’Djamena Bi-Hebdo N° 943 du 20 avril 2006

Quelle que soit l’issue des événements actuels, une chose est sûre. Le Tchad aura grandement perdu. Au bilan figureront les nombreuses destructions pour lesquelles il faudra consentir des ressources importantes pour la reconstruction alors que l’immensité des besoins actuels est déjà effrayante. Les pertes en vies humaines que l’on ne pourra jamais remplacer. D’ailleurs, qui même prend le temps de mesurer tout cela? Les uns vont pavoiser, d’autres pleurer en ruminant le dessein de la revanche. Ainsi va le Tchad serait-on tenté de conclure.

front Pourtant, au lendemain du ler décembre 1990, le voeu unanime était: « Plus jamais ça ». Beaucoup y ont cru et le rêve était possible. On se demande bien pourquoi, seize ans après, l’on se retrouve dans la situation que l’on connaît aujourd’hui.

Les principaux foyers de rébellions se sont d’abord éteints. L’effervescence politique intérieure s’est estompé avec les différentes expériences que sont la Dcp, le gouvernement de large ouverture, etc. L’intention était sans doute de créer un climat politique apaisé dans un pays longtemps troublé. Noble intention s’il en est, mais au finish, les leaders politiques d’une certaine envergure y ont laissé plus que leurs plumes tandis que IDI s’est tellement raffermi au point qu’il pouvait apparaître aux yeux de la plupart de ses interlocuteurs comme étant le seul à même de coacher le pays. On oublie au passage que le succès de IDI s’est accompagné d’un affaiblissement réel de la démocratie. Avec tout ce que cela comporte.

La montée en puissance d’un parti hégémonique et omniprésent. L’Assemblée nationale est transformée en chambre d’enregistrement où la voix de la sagesse et du bon sens était systématiquement étouffée. La voie était ouverte à toutes les dérives. On se rappelle la fronde vaine de certains députés à l’occasion du débat sur la modification constitutionnelle et celle plus récente de la révision de la loi 001. Dans un tel climat, IDI a fini par croire qu’il pouvait tout se permettre. Sans contre poids réel, il a fini par se convaincre qu’il pouvait tout. Malheureusement, certains de ceux qui se disent amis du Tchad l’y ont encouragés. Il y a manifestement un mauvais usage de la démocratie dans notre pays. Le mal ne vient nullement de la population qui aurait mal usé des bienfaits et possibilités de la démocratie mais du pouvoir qui l’a détournée au profit des intérêts égoïstes. La voix du peuple et ses aspirations ne sont jamais prises en compte alors que les désirs du prince sont des impératifs.

Avec cela on aboutit nécessairement à l’autisme et l’arrogance qui ont caractérisé les comportements du pouvoir ces dernières années: refus du dialogue avec l’opposition démocratique et dédain des politico-militaires. Dans tous les cas, l’arrogance et la suffisance sont les maîtres mots. Or, les réflexes de la contestation par les armes ne sont qu’en sommeil chez nous. Ils se sont brutalement réveillés. Comme toujours, il y a voisin prête à pourvoir à leurs besoins.

La Rédaction
N’Djamena Bi-Hebdo N° 943 du 20 avril 2006


Commentaires sur facebook