L’irréalisme tchadien – La Une de N’DJAMENA BI-HEBDO N° 944 du 24 avril 2006

union Il y a quelque chose de surréaliste dans le comportement des dirigeants tchadiens. En dépit de tout bon sens, ils veulent aller à des élections que chacun sait vidées de toute crédibilité. Cela, les Tchadiens l’expriment quotidiennement à travers le peu d’intérêt qu’ils accordent à cette campagne électorale qui n’emballe personne. Pas même les animateurs des différents bureaux installés ici et là dans la ville de N’Djaména. Ils passent le clair de leur temps à jouer aux cartes, sinon à roupiller. La défiance vis-à-vis du système en place, la population l’a déjà montrée à l’occasion du référendum de juin 2005. Il n’y a aucune raison pour que les choses aillent autrement, bien au contraire.

La morosité générale et la tension extrême du climat politique intérieur sont perçues par les observateurs étrangers. Robert Zoellick, secrétaire d’Etat adjoint américain, suggère « l’adoption d’un processus politique différent » tout en déplorant : « malgré nos efforts, ceux de la France et de l’ Union africaine, nous n’avons pas réussi à obtenir un arrangement satisfaisant entre le gouvernement de Déby et certains membres de l’opposition en vue d’une élection honnête ou d’un quelconque processus politique auquel tous pourraient participer ».

En fait, les uns et les autres reconnaissent que la situation est plus que bloquée au Tchad et que les prochaines élections n’apporteront aucun changement notable au pays. Même re-légitimé dans les conditions actuelles, Déby Itno ne pourra pas faire l’unanimité autour de lui. Le déficit de confiance est total entre le peuple et le gouvernement, d’où un risque important de crispation, voire d’affrontement. En tout cas, il n’y aura pas d’apaisement. Ce qui bien entendu fera l’affaire des politico-militaires. Ceux-là, IDI les aura sur le dos pendant longtemps. Le vertige de la force et la tentation d’éradiquer la rébellion par force réaffirmée ces derniers jours fait craindre le pire.

Pendant longtemps, les partenaires avaient cru ou feint de croire que IDI était de bonne foi. Pour eux, c’est l’opposition qui est inconséquente. Aujourd’hui, tout le monde se rend bien compte que c’est bien Déby Itno qui est le principal obstacle à la vraie paix au Tchad. Les partenaires s’en mordent les doigts. IDI vient de leur prouver qu’avec lui, seule la fin justifie les moyens. Pour parvenir à ses fins: se maintenir au pouvoir, il est prêt à tout. Le chantage à l’expulsion des réfugiés soudanais pour obliger la communauté internationale à lui voler au secours. La fermeture du robinet du pétrole pour obliger la Banque mondiale à libérer les avoirs déposés à la Citybank. Des propos inconsidérés à l’encontre de l’Union africaine. On découvre la vraie nature du personnage: pour lui, il n’existe pas un problème intérieur au Tchad. Le problème c’est le Soudan et ceux qui ne l’acceptent pas ainsi ne comprennent rien à rien. Tout comme il considère qu’étant l’élu du peuple tchadien, il est le seul à décider de ce qui est bon pour le Tchad, quel que soit le prix à payer. Ce faisant, il ne laisse point de choix à ses adversaires que celui de le combattre, par tous les moyens.

La Rédaction
La Une de N’DJAMENA BI-HEBDO N° 944 du 24 avril 2006


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