Deby veut l’union sacrée autour de lui – N’DJAMENA BI-HEBDO N° 945 du 27 avril 2006

Le président de la République, qui trouve inadmissible le silence de certaines composantes de la société civile face à la situation politique actuelle du pays, a reçu, au cours de la semaine passée, tour à tour les chefs religieux et les syndicalistes.

Pour IDI, le Tchad fait face à une menace de déstabilisation par son voisin le Soudan. Dès lors, il estime qu’il s’agit de la défense de la patrie, donc d’un problème national qui doit intéresser tout le monde. Ainsi, il ne comprend pas que les confessions religieuses et les centrales syndicales n’aient pas fait une déclaration pour condamner « l’agression du Tchad par le Soudan ».

Suite à cette rencontre avec le chef de l’Etat, les responsables du Conseil supérieur des affaires islamiques, ceux de la Conférence épiscopale et de l’Entente des églises et missions évangéliques se sont retrouvés pour discuter de la position à adopter. Cette réunion n’a pas abouti à une déclaration commune à cause des divergences de points de vue. Les musulmans auraient proposé par exemple que les confessions religieuses appellent la population à sortir massivement pour voter le 3 mai, alors que les chrétiens pensent qu’il n’est pas du rôle d’un pasteur d’appeler les gens à sortir voter, encore moins à voter pour « le candidat Coumakoye ou le candidat Déby ».

Dans son message de Pâque 2006, l’Entente des églises et missions évangéliques a déjà laissé transparaître sa position: « l’Eglise au Tchad dénonce tout processus de prise de pouvoir avec force ou avec manoeuvres anti-constitutionnelles, ni par des mécanismes et manoeuvres frauduleux. Elle appelle les acteurs à un dialogue franc pour l’instauration d’une démocratie qui se manifeste par la volonté politique et la reconnaissance du pouvoir du peuple ». Toutefois, l’Eglise protestante prépare une autre déclaration suite à la rencontre avec le chef de l’Etat. La Conférence épiscopale, quant à elle, se réunit en ce moment à Doba en session extraordinaire pour examiner la situation. C’est à l’issue de leur réunion que les évêques donneront leur position.

Si les responsables des églises catholique et protestante ont observé un recul, les intimidations de IDI ont eu un résultat positif chez les responsables syndicaux. Aux syndicalistes qu’il a reçus le 19 avril, IDI a menacé: « pas de grève en cette période de troubles orchestrées par le Soudan voisin avant l’élection du 3 mai ». Il leur a rappelé que les blessés des combats du 13 avril dernier n’ont pas reçu des soins adéquats à cause de l’absence dans les hôpitaux des agents de la Santé publique membres de l’Ust qui étaient en grève. Sous cette menace, les syndicalistes seraient sortis de la rencontre avec le chef de l’Etat petits dans leurs souliers. Conséquence, le bureau exécutif de l’Union des syndicats du Tchad a convoqué une assemblée générale des travailleurs du secteur public pour annoncer la suspension d’une grève sèche illimitée qui perdurait depuis quelque temps. Mieux inspiré, le bureau exécutif de l’Ust a trouvé le prétexte selon lequel la grève a été suspendue à cause de la préparation de la fête du Travail le 1er mai. Argument qui n’a pas convaincu un bon nombre de ses militants!

Hubert Bénadji
N’DJAMENA BI-HEBDO N° 945 du 27 avril 2006


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