Réfugiés avant l’heure à Kousséri – N’DJAMENA BI-HEBDO N° 947 du 5 au 10 mai 2006

La psychose d’une éventuelle perturbation de la présidentielle promise par les rebelles du Fucd a conduit de nombreuses familles à se mettre à l’abri à Kousséri, ville camerounaise frontalière de N’Djaména.

« Vous êtes venu avec les enfants? », nous questionne un compatriote qui observe, lui et sa petite famille, N’Djaména de l’autre rive du Chari depuis deux jours. On ne sait jamais, c’est à Kousséri, cette ville camerounaise voisine de N’Djaména, que ce compatriote a choisi, pour mettre sa progéniture à l’abri. Nous sommes le 2 mai, veille de la présidentielle à laquelle Idriss Déby Itno tenait tant, malgré le boycott prôné par l’opposition démocratique, la société civile, le report à lui demandé par l’église catholique, les organisations régionales et internationales, … pour un dialogue national.

Ce compatriote n’est pas le seul à prendre l’initiative de trouver refuge à Kousséri. Nombreux sont les Tchadiens, qui ont déferlé dans cette ville, quelques jours avant la tenue de l’élection du 3 mai 2006. Du coup, Madagascar, Hillé arabe, Laka, Madana, Ardébé, … des quartiers de Kousséri, ont accueilli de nombreuses familles. « Nous avons l’expérience de ce qui s’est passé au Tchad dans les années 80 (Ndlr: un camp des réfugiés a été installé à Kousséri en ces années de guerre civile). C’est ainsi qu’à bras ouverts, nous avons accueilli nos frères de N’Djaména, qui sont venus demander asile », déclare un habitant de Madagascar. En cette période de canicule, la tâche parait aisée aux hôtes. Les fugitifs dorment à la belle étoile. Tout de même, « pour leur permettre de se changer, j’ai dû rapidement aménager cette chambre, naguère inhabitée. J’ai accueilli, depuis le 30 avril, plus de six familles », confie-t-il. La proximité aidant, beaucoup de familles n’djaménoises ont regagné les leurs à Kousséri. Celles-là ont la chance de se loger à moindre frais. Par contre, pour beaucoup d’autres familles, qui se sont déplacées sous cette psychose, c’est un saut dans l’inconnu.

Kousseri n’étant bien lotie en infrastructures hôtelières, ses quelques hôtels et auberges ont été submergés. « Toutes les chambres sont occupées ou réservées », nous a déclaré le réceptionniste de Ihôtel Kousséri moderne qui ne compte qu’une dizaine de chambres. A l’hôtel de la Paix, des voitures bâchées, des camionnettes aux immatriculations des privés, des projets et des organisations internationales occupent la cour et l’arrière cour. « Nous n’avons plus de chambres. Elles sont toutes occupées et si vous jetez un regard derrière, les gens sous les arbres », informe un employé maison. Les occupants des hôtels et auberges sont comptés parmi les familles les plus nanties de N’Djaména. Parmi eux, curieusement, des familles qui appartiennent au clan au pouvoir. Même constat à l’auberge La Terrasse. Dans cette auberge, où la nuitée coûte 10.000 FCFA, quelques chambres sont réservées pour la passe, qui rapporte mieux et maintient la clientèle au bar.

Plus de peur que de mal. Les fugitifs vont devoir rentrer chez eux.

La présidentielle, en dépit du manque d’engouement constaté, s’est déroulée à N’Djamena, sans les boum-boums du Fucd d’un certain 13 avril 2006.

DMb
N’DJAMENA BI-HEBDO N° 947 du 5 au 10 mai 2006


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