Des mineurs ont voté – N’DJAMENA BI-HEBDO N° 947 du 5 au 10 mai 2006

dd Pas d’engouement. C’est le moins que l’on puisse dire du déroulement du scrutin présidentiel du 3 mai dernier où ce sont des mineurs qui, dans certains quartiers de la capitale, ont massivement voté à la place des adultes.

Quartier Diguel à la sortie nord de N’Djaména, 8H, le vote n’a pas encore commnencé dans certains bureaux. Raison: ces bureaux, comme ceux du carré 26, n’ont pas la liste des électeurs. Les listes qu’ils ont en main sont celles d’autres bureaux ou d’autres circonscriptions. « Nous allons les renvoyer à la sous-Céni de l’arrondissement afin de les remplacer avec nos listes », explique un président de bureau de vote. Le retard accusé dans le démarrage du vote a obligé certains électeurs à repartir chez eux ou vers leurs boutiques qu’ils s’apprêtent à rouvrir.

Dans le même quartier, beaucoup d’autres bureaux de vote fonctionnent mais ne reçoivent qu’à compte-gouttes les votants, sinon les enfants, la plupart âgés de 10 à 13 ans, que l’on est allé cueillir de maison en maison pour combler le vide laissé par les adultes. « Celui-là, il vient voter par procuration pour son père », justifie de la façon la plus grossière le président d’un bureau de vote qui tente de me dissuader lorsqu’il a remarqué que je voulais filmer un mineur en train de voter.

Sur les 511 inscrits au bureau A du carré 37, on a aperçu aux environs de 11H moins de 100 bulletins jetés dans l’urne faite en matière plastique transparente. A 14H, et ce jusqu’à 17H, c’est le même constat que l’on fait dans beaucoup de bureaux. La population ne semble pas préoccupée par cette élection. « Qu’on vote ou qu’on ne vote pas, les urnes seront bourrées », affirme un quinquagénaire. Si certaines personnes ont voté, elles l’ont fait par mesure de précaution. « On ne sait jamais si la carte d’électeur nous sera exigée par la police ou la gendarmerie dans leurs contrôles de routine », argumente un jeune homme qui vient « d’accomplir son devoir civique » au quartier Atrone au sud-est de N’Djamena.

Au regard du manque d’engouement, on peut affirmer que l’appel au boycott de l’opposition démocratique et des organisations de la société civile a été entendu. La Coordination des partis politiques pour la défense de la constitution et les organisations de la société civile, parties prenantes de l’Initiative paix et réconciliation, avaient demandé à la population de rester chez elle. L’opposition démocratique et ces organisations de la société civile avaient en effet exigé le report de l’élection contre un dialogue national pour créer les conditions d’organisation des élections libres, transparentes et acceptables par tous. Mais Idriss Déby, contre tous, s’est entêté pour maintenir la date de l’élection. Le peuple l’a ainsi désapprouvé par le très faible taux de participation à ce scrutin.

Hubert Bénadji
N’DJAMENA BI-HEBDO N° 947 du 5 au 10 mai 2006


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