Une élection au forceps – N’DJAMENA BI-HEBDO N° 947 du 5 au 10 mai 2006

Les quartiers d’habitude très animés de N’Djaména sont restés tout à fait morts le jour de l’élection présidentielle.

Lesquels ont élu? Même les militants du Mps, surtout les plus zélés, ont eu peur d’aller voter à cause de la menace pressante des rebelles.

D’ailleurs, à la veille du scrutin du 3 mai, des véhicules bourrés de policiers et autres militaires ont terrorisé la population des quartiers de N’Djaména. Motif, sécuriser les urnes. Ces militaires appelés en rescousse des centres d’instruction de Koundoul et de La Loumia et déployés en grand nombre dans la ville ont dû faire le jeu. Chacun est tenu de voter, autant de fois qu’il veut. Même sans carte d’électeur; la carte d’identité suffit. Les mineurs n’étaient pas épargnés. En dehors de ces personnes, personne ou presque n’a voté.

8h32, bureau de vote B8 situé à l’école annexe au quartier Ardep-Djoumal, on constate une répartition inégale des bulletins des candidats. Le Mps a 347, le Mpdt en a 337, le Msa-R 327, Rndt /Le Réveil 302 et le Viva-Rndp 328: II était pourtant prévu 316 bulletins pour chaque candidat. La situation est la même dans pratiquement toutes les régions du Tchad. Ainsi, dans le Mayo Kebbi sont envoyés des bulletins destinés à une localité du Ouaddaï de quelque 300 électeurs.

Toujours dans le quartier Ardep Djoumal, 11 véhicules pleins de militaires armés jusqu’aux dents ont terrorisé les électeurs. Explication: ArdepDjoumal fait partie des quartiers qui étaient sortis pour accueillir, dans la confusion de l’attaque du Fucd, les rebelles le 13 avril dernier. II fallait donc le tenir à l’oeil. Mais la majorité des habitants de ce quartier a opté pour le boycott. Tous les cabarets que contient ArdepDjoumal sont restés ouverts durant tout le déroulement du vote. Dans le bureau de vote du carré 4 bureau 4B, 6 jeunes fatigués du pouvoir Mps se sont donnés des consignes de vote: ramener à la maison les bulletins de tous les candidats en mettant dans l’urne rien que les enveloppes vides.
Au quartier Sabangali par contre, dans les deux bureaux situés à l’école officielle de Sabangali, c’est au nez et à la barbe d’un colonel de police, voiture immatriculée RT 0158 PN, qu’un groupe de mineurs se distribuaient des cartes d’électeurs remplis sur le champ. D’un côté, deux jeunes filles, zaghawa d’ethnie, ayant déjà voté sont rentrées précipitamment pour se changer et revenir voter avec la gendarmerie.

En somme, ce fut une élection boycottée par la majorité des Tchadiens. Ce à quoi on s’attend malheureusement, c’est le gonflement des chiffres par la Ceni de Déby Itno. Les observateurs internationaux montés de toutes pièces par le pouvoir Mps feront leur déclaration pour dire que l’élection s’est bien passée. L’un d’eux, burkinabé de nationalité, comme si cela regardait, avait appelé les gens à sortir massivement pour voter. Que peut-on attendre d’un tel « observateur »?

Tarnyade Bodalta & Alladoum Nadingar
N’DJAMENA BI-HEBDO N° 947 du 5 au 10 mai 2006


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