Quelle légitimité! – N’DJAMENA BI-HEBDO N° 947 du 5 au 10 mai 2006

Les difficultés commencent maintenant. Certes, le scrutin du 3 mai a bien eu lieu et sans incident. Le pouvoir a au moins gagné ce pari audacieux. Mais cela est bien dans le tempérament d’un IDI qui ne sait écouter que sa propre voix. Lui et son parti ont promis renouer le dialogue avec l’opposition qu’une fois la présente élection accomplie. C’est désormais chose faite. Cependant, contrairement au triomphalisme affiché par les tenants du pouvoir, le scrutin du 3 mai ne résout aucun problème. La menace de la guerre est toujours présente.

LL Avec en plus une opposition démocratique qui a prouvé à toute sa vitalité à travers le massif boycott des urnes par les citoyens. D’ailleurs, l’opposition devrait féliciter les politico-militaires pour n’avoir engagé aucune action militaire. Cela accentue l’isolement du pouvoir actuel. C’est donc un rejet du système et de son dirigeant. Le secrétaire général du Mps avait à l’occasion de la consultation référendaire tenté d’expliquer le score très bas par le fait que cette consultation ne mettait pas face à face des personnes physiques. Il s’est bien agi de cela le 3 mai et le résultat est catastrophique. Aujourd’hui, tout le monde peut mesurer le degré d’estime que les populations tchadiennes ont envers l’homme qui dirige le pays depuis 16 ans. Malgré les tripatouillages et contorsions auxquels vont se livrer les officines qui ont toujours permis à IDI de vaincre sans vraiment gagner, les Tchadiens à travers le boycott indiquent clairement qu’ils aspirent profondément au changement. Si le pouvoir, comme nous sommes enclins de le penser, ne tire pas les conséquences de ce message fort, il est à craindre qu’il ne donne raison à ceux qui pensent que le régime ne connaît que la langage de la force caractérisée par le « je ne suis pas venu au pouvoir par un billet d’Air Afrique ».

En plus du boycott constaté le 3 mai, nous ne pouvons passer sous silence le fait que pendant que les autres perfectionnent l’organisation des élections dans leur pays, ce fut récemment le cas au Bénin, chez nous l’amateurisme est encore de règle. Ainsi a-t-on vu des bureaux de vote sans isoloirs ou manquant du strict minimum. Des cartes d’électeurs ont été distribuées le jour du vote à des électeurs itinérants, opportunément transportés vers certains bureaux. La veille comme le jour du scrutin, certaines personnes pouvaient se pavaner dans des véhicules arborant des effigies et autres matériels de propagande du président-candidat, sans que cela n’ait provoqué un rappel à l’ordre.

Au lendemain du scrutin du 3 mai, le Tchad se retrouve à la case de départ avec un pouvoir boudé par le peuple, une rébellion qui campe aux portes et surtout un peuple désorienté et frappé par le doute quant à l’avenir. IDI n’a jusqu’ici développé que des stratégies de survie pour son régime mais jamais, au grand jamais, celles pouvant permettre de résoudre les problèmes élémentaires de ses compatriotes. Il faut craindre que la re-légitimation qu’il cherche vaille que vaille ne serve à autre chose qu’à mieux asseoir sa mainmise totale sur le pays et une accentuation de la dérive totalitaire.

La Rédaction
N’DJAMENA BI-HEBDO N° 947 du 5 au 10 mai 2006


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