Menace de mort à l’Enass – N’DJAMENA BI-HEBDO N° 949 du 15 au 17 mai 2006

Des élèves de L’Enass, cartouchards au probatoire de février une menace de mort sur leurs enseignants notamment le Directeur l’établissement et le chef de service de la scolarité.

« Le lundi 17 avril 2006, aux environs de 13H, un inconnu s’était présenté à mon domicile, informant la famille que je serais arrêté par des militaires et conduit au camp des martyrs. Après quelques temps d’échanges avec mon épouse, il quitte déçu en proférant des mena­ces ». C’est par cette visite inopportune à son domicile que le responsable du ser­vice de la scolarité de l’Ecole nationale des agents sani­taires et sociaux (Enass), Ndeikounda Gilbert, a relaté, le 21 avril dernier, au prési­dent de la Ligue tchadienne des droits de l’homme (Ltdh) la menace de mort qui pèse sur sa personne.

Tout a commencé par l’exa­men probatoire organisé à Enass les 23 et 24 février dernier. Cet examen, institué en 1ère année, intervient trois mois de cours après la ren­trée. Il permet de chasser ivraie du bon grain, compte tenu de la spécificité de cette école dont la vocation est de former des citoyens en vue de sauver des vies humai­nes. Rien de plus normal quand on sait que l’admis­sion dans nos écoles de for­mation n’obéit plus aux cri­tères de mérite. Mais dès la publication des résultats de cet examen.

Un tract initié par un certain nombres d’élèves de la 1ère année, ayant échoué à leur examen probatoire, a été glissé le 6 avril, sous les portes des bureaux de l’ad­ministration et de certains enseignants. Ce tract vise principalement le directeur de l’établissement. Le Dr Royingalaou Ndoundoh, considéré comme l’un «des protagonistes dans l’affaire probatoire qui gangrène de­puis quelques temps l’école». «Nous constatons que le directeur est le noeud du problème et l’unique per­sonne qui veut saper l’avenir des étudiants par cynisme, sadisme ou autre défaut de genre», indique le tract. D’un ton plus menaçant, le tract conclut que « s’il (le directeur) est déterminé à causer le malheur des autres, nous sommes déterminés à lui coûter la vie (sic). (… ) Sinon, l’exemple du Sarh (sic, sic) ne tarde pas à se produire ». En évoquant l’exemple de Sarh, les initiateurs du tract rappellent l’assassinat du professeur Ngardeta Yoyangar par un étudiant, le 4 février 2006, à l’Institut des sciences agronomiques et de l’environnement. C’est pour dire que rééditer de tels actes criminels contre leurs enseignants est un exploit pour une certaine catégorie d’étudiants!

Des solutions boiteuses

Le mal dont souffre l’Enass ne date pas d’aujourd’hui. Le ministère de la Santé publique a senti le danger en son temps. Aussi, la nomination d’un nouveau directeur, le Dr Royingalaou Ndoundoh, chargé de redresser l’éta­blissement, a-t-elle été per­çue par les enseignants comme une marque de vo­lonté des autorités à mettre un terme au désordre. Loin s’en faut. Dès sa prise de fonction, le directeur se heurte à des irrégularités. « Il a hérité d’une situation pour­rie léguée par son prédéces­seur », confient certains en­seignants. En effet, sur la liste des « admis » au 1er cycle de cette année, 59 élèves sont irrégulièrement inscrits dont 20 figurent sur la liste d’attente. Cette irrégularité est portée devant les autori­tés des deux ministères dont dépend l’Enass. Or, au lieu qu’elle soit circonscrite, le conseil d’administration pré­fère une solution boiteuse en tolérant ceux qui figurent sur la liste d’attente. En atten­dant que le probatoire décide de leur sort. En outre, rien n’est décidé pour les 39 élè­ves restants qu’on dit coop­tés. Ceux-ci, de leur côté, ont également suivi les cours. D’autre part, 13 autres élè­ves « clandos », qui suivent les cours, sont identifiés au même niveau. Ceux-là n’ont aucun dossier dans l’éta­blissement. C’est dire qu’ils ne se sont jamais présentés au concours d’entrée.

Pour résoudre le pro­blème, l’administration de l’école fait recours aux minis­tères de la Santé publique et de l’Action sociale. La ren­contre accouche d’une sou­ris. Les autorités ont décidé que soient examinés les ré­sultats des 20 élèves sur la liste d’attente et le renvoi des 39 autres s’ils n’ont pas réussi au probatoire. Le cas des 13 élèves «clandos»n’a pas été évoqué. Bien plus, elles enfoncent le clou, de­mandant à l’administration de… ramener la note d’ad­mission à 7/20 au lieu de 10, compte tenu du faible taux de réussite dans un établisse­ment similaire à Abéché.

De là à créer des écoles d’où l’on en sortirait avec des diplômes à la demande des intéressés, il n’y a qu’un pas à franchir…

Djéndoroum Mbaïninga
N’DJAMENA BI-HEBDO N° 949 du 15 au 17 mai 2006


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