Illégale intervention militaire française au Tchad – N’DJAMENA BI-HEBDO N° 949 du 15 au 17 mai 2006

Les accords de Coopération militaire technique entre la France et le Tchad de 1976 ne donnent aucun droit à l’aviation française de tirer de coup de semonce contre les rebelles tchadiens.

La France a toujours violé ces ac­cords de 1976 Si les présidents de Gaulle et Georges Pompidou se sont conformés a la loi du 28 juillet 1960 fixant des accords en matière de défense entre Paris et certaines anciennes colonies pour légitimer leur intervention, les trois derniers prési­dents français à savoir, Valery Gis­card d’Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac ont agi dans l’illé­galité totale. Lisons ces accords de 1976 pour nous édifier sur les interventions bar­bares de l’armée française chez nous.

Les accords de 1976

Par la loi du novembre 1977, le par­lement a ratifié l’accord de coopéra­tion militaire technique entre la France et le Tchad signé les 6 mars et 19 juin à N’Djaména, ainsi qu’une conven­tion fixant les règles et conditions du concours de la France au soutien lo­gistique des forces tchadiennes. L’ac­cord de coopération dispose notam­ment:

Article 1: « A la demande du gou­vernement de la République du Tchad, le gouvernement de la Répu­blique française apporte dans la li­mite de ses possibilités, le concours en personnels militaires français qui lui sont nécessaires pour l’organi­sation et l’instruction des forces ar­mées du Tchad. Ces personnels sont mis pour emploi à la disposi­tion du haut commandement des for­ces armées tchadiennes ».

Article 4: « Les personnels militai­res français servent dans les forces armées tchadiennes avec leur grade. Ils revêtent l’uniforme tcha­dienne ou la tenue civile suivant les instructions de l’autorité militaire tchadienne. Ils sont tenus de se con­former aux règlements en vigueur dans les forces armées tchadien­nes (…). Ils ne peuvent en aucuns cas participer directement à l’exé­cution d’opération de guerre ni de maintien ou de rétablissement de l’ordre ou de la légalité ».

La convention précise en son arti­cle 11: « La République du Tchad est responsable du soutien logistique de ces unités et en assume norma­lement la charge financière. La Ré­publique française apporte son con­cours, à titre onéreux ou exception­nellement à titre gratuit, à ce soutien par des cessions de matériels et équipements ».

Pour mémoire, il convient de noter que l’article 35 de la Constitution dispose: « La déclaration de guerre est autorisée par le parlement ».

En parcourant ces accords ce coopération on ne voit aucun para­graphe qui autorise l’intervention mili­taire française dans nos conflits in­ternes. Mais de 1978 au 13 avril 2006, la France massacre nos compatrio­tes et brûle nos palmerais au nord sous prétexte qu’elle a un accord qui la lie légitiment à notre pays. Voilà un mensonge colonial une fois de plus.

Remontons un peu au temps im­mémorial pour retracer quelques évè­nements douloureux auxquels l’ar­mée française s’est illustrée par sa cruauté.

Au Ouaddaï, les massacres de Coupe-coupe du 15 novembre 1917 appelés officiellement « Le Ouaddaï et l’affaire Gérard (1917-1918 » se trouvant dans l’ouvrage « Résistan­ces et mouvements anticoloniaux au Tchad (1914-1940) » de monsieur Ber­nard Lanne. Lisons ce rapport:

« Le 23 octobre 1917, le maréchal des logis Guyader fut tué à coup de couteau au « tam-tam » qui se tenait sur la place du marché d’Abéché. Un second sous-officier fut blessé dans les mêmes circonstances. Gérard, de retour d’une tournée au Massalit, estime qu’il y avait un com­plot général contre les Français, tramé par les Fakis (Marabouts) d’Abéché La classe dirigeante « Kodôi », l’ethnie dominante du Ouad­daï et les Mahamides, tribu arabe de Biltine au nord d’Abéché, le tout en liaison avec les « menées senoussistes ». Le 15 novembre 1917, au petit matin fit massacrer par des ti­railleurs pour la plupart Bambara, l’Aguid Dokom et une vingtaine des Fakis. Il eut en tout une centaine de morts, tués au coupe-coupe de fa­çon à faire le moins de bruit possi­ble. Des précautions avaient été prises pour que tout se déroule à l’insu des européens, notamment des réservistes mobilisés. En même temps Gérard faisait arrêter à Biltine le Cheikh des Mahamides, Abboud. Ce dernier fut tué le 11 décembre 1917 pendant son transfert à Abé­ché. D’après le rapport Landeroin du 6 mars 1918, le coup monté est évi­dent. Malgré les efforts déployés à tous échelons de la hiérarchie mili­taire pour l’étouffer, l’affaire s’ébruita petit à petit au cours de l’année 1918 et fit scandale. Gérard fut finalement destitué par le gouverneur Estèbe, secrétaire général de I AEF, le 3 juillet 1918. La justice militaire ouvrit une information. Gérard, semble-t-­il, comparut devant un conseil d’en­quête en 1922 et dut quitter l’armée « .

Après la région du Ouaddaï, c’est Moussoro dans la région du Kanem qui connaîtra le même sort. II s’agit de l’affaire Dreyfus Nouri qui est identi­que à celle d’Abéché du 15 novembre 1917. Un certain Nouri avait tué un français ce qui est un gage pour l’accès au paradis. Il aurait agi sur le conseil d’un marabout. Con­séquence de cet acte prémédité des paisibles citoyens innocents ont été lâchement massacrés.

Le troisième évènement doulou­reux qu’a occasionné la mort de 50 personnes environ s’était déroulé le 30 mars et 16 avril 1952 à Bebaloum dans le Logone occidental. II s’agit d’un évènement à caractère politique survenu entre les partis politiques mais dont l’armée coloniale française s’est alignée dans le camp pro-colo­nial pour massacrer des innocents.

Si ici au Tchad, nous continuons à souffrir des affres et séquelles de la colonisation, ailleurs aussi, pendant et après la décolonisation de 1960, les autochtones du continent noir subissent les mêmes exactions. Au Sénégal, les massacres survenus le 1er décembre 1944 à Thiaroye dans un camp militaire non loin de Dakar a choqué plus d’un africain et jusqu’à nos jours, ses mauvais souvenirs hantent encore nos mémoires.

Des tirailleurs qui revenaient de la 2ème guerre mondiale ont manifesté pour réclamer leur salaire. La répression fut immédiate: 35 de ces tirailleurs sont massacrés. Imaginez­-vous, quelqu’un qui est allé libérer la France des griffes de l’Allemagne Nazie et qui, au moment où il prend contact à cette terre africaine qu’il la vu naître sera battu par une arme française, tirée par un français de France. Pour d’amples informations je vous invite chers lecteurs à lire le poème « Aube africaine » de l’écrivain poète Kéïta Fodeba se trouvant dans le livre de Frantz Fanon (Les Dam­nées de la Terre).

Al Hadj Garondé Djarma
N’DJAMENA BI-HEBDO N° 949 du 15 au 17 mai 2006


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