Difficile de voyager sur les routes tchadiennes – N’DJAMENA BI-HEBDO N° 955 du 5 au 7 juin 2006

voyageurs Avec la création du Centre d’échange routier et l’ouverture des agences de voyage, nombre de Tchadiens croyaient mettre fin à l’inconfort, aux tracasseries de tous genres. Malheureusement, le désordre continue. Reportage.

Il est 14H ce jour du 25 mai quand nous arrivons à l’Agence Al-Watan Express à la voie de contournement de Démbé. L’atmosphère est très tendue entre le secrétaire de ladite agence M. Serge et Mlle Mbaïamdéné Félicité en transit à N’Djamena pour Moundou. Les injures fusent de partout. Ne pouvant se contenir, Mlle Félicité vocifère tout ce qui lui passe par la tête au représentant de l’agence et assimile tous ceux qui tentent de la calmer au personnel de l’entreprise. « Laissez¬moi tranquille sinon vous aussi vous aurez votre part », nous lance-t-elle.

C’est lorsque nous lui avons décliné notre identité qu’elle a accepté d’expliquer le mobile de sa nervosité. « C’est depuis deux jours que je suis enregistrée dans cette agence dont le départ tarde à être donné et voilà qu’à ma grande surprise, on descend mes bagages en me restituant mon argent sous prétexte qu’il est insuffisant. Au lieu de m’en informer à temps pour prendre mes dispositions, on me jette dans la rue comme une malpropre. J’ai dû débourser 15.000 FCFA dont 4000 FCFA pour le transport de mes deux sacs d’oignons. Maintenant, on me demande d’ajouter 3000 FCFA supplé¬mentaires. J’ai refusé, c’est de l’escroquerie ».

Si à l’agence Al-Watan l’argent de Félicité lui a été restitué, ce n’est pas le cas à Garantie Express ce jour 26 mai vers 13H où, Djimrabaye Ngaridana, un vieillard d’environ 70 ans à la retraite, couché sur le dos, réclame son argent aux responsables de ladite agence tous absents à notre arrivée. « J’ai fait ma réservation depuis trois jours sans qu’on s’occupe de moi. J’ai épuisé mes petits moyens. Je vais chercher une autre occasion sur le pont auprès des particu¬liers ou les Ong. Je croyais qu’avec mes 12.500 FCFA j’allais être bien pris en charge par ceux qui s’occupent de cette agence. Vous me voyez couché sur mon dos à même le soi », nous confie d’un air fatigué ce vieillard qui veut se rendre à Koumra. Dans la même agence, Ndouba Ngambor, lui aussi chauffeur à l’Unfpa ayant bénéficié d’une autorisation d’ab¬sence de cinq jours, regrette le retard accusé par les agences de voyage. « Pour me rendre au chevet de mon enfant gravement malade, on ne m’accorde que cinq jours et voilà que j’en ai déjà perdu deux à attendre le départ. Je tiens coûte que coûte à assister mon enfant sinon je risque de le perdre. Non seule¬ment, je vais le perdre mais je risque également de perdre mon travail ».

L’anarchie des prix

Tous les passagers s’accordent à reconnaître que les tarifs de voyage ne sont pas réglementés et que chaque responsable d’agence décide de le fixer à sa manière alors que cela devrait être décidé par les autorités chargées de transport en surface même si le commerce est libé¬ralisé au Tchad en matière de transport. Aussi, l’on ne soucie pas des mobiles de ces voyages. Est-ce pour un cas de décès, une situation familiale, pour des raisons de santé ou de ser¬vice, pour des raisons d’examen? Personne ne songe à vous car l’objectif à atteindre, est l’ar¬gent et le partage des pourcentages.

Tonny Moîse Korôh, un origi¬naire de Doba, de retour de l’Afrique de l’ouest après 26 ans d’absence, fait son constat: ‘j’ai l’impression qu’après 26 ans, rien a changé en matière de transport au Tchad. J’ai voyagé en Afrique du Sud, au Nigeria, au Sénégal, au Ghana, en Côte d’Ivoire etc., où j’ai trouvé les con¬ditions de voyage très adéquates, garanties et bien réglemen¬tées avec un confort. Ce n’est pas comme ici au Tchad où on vous fait attendre des jours sans vous accorder aucun respect ne serait ce que vous accueillir dans des conditions décentes au lieu de chercher à encaisser vos sous en vous abandonnant sous les arbres à la merci des badauds, de la chaleur ou bien de la pluie ».
La turpitude des voyageurs.

A entendre Moïse Korôh, il est temps que les autorités de transport prennent leur responsabilité pour réglementer le transport au Tchad en investissant dans la construction des gares routières dignes de ce nom et la construction d’infrastructures routières comme cela se passe ailleurs en prélevant des taxes.

Pour Moîse Korôh, ce sont les passagers eux-mêmes qui sont victimes de leur propre turpitude sinon « comment comprendre qu’ils acceptent d’être embarqués comme des sac de mil dans des véhicules limités à 14 ou 18 places qu’on charge jusqu’à 20 ou 22 passagers avec les conséquences accidentelles que l’on connaît ». S’agissant des plaintes des passagers, les agenciers les trouvent quelque¬fois justifiées. A l’agence Abu islam, Yoguerim Isidore, secrétaire de la dite agence, se plaint « nous avons enregistré des passagers mais il ne nous a pas été facile d’atteindre le nombre mi¬nimum pour le voyage. Ce qui a découragé nos clients pressés qui ont préféré une autre agence mais nous leur avons trouvé une autre solution de commun accord avec l’agence souhaitée pour les acheminer. Chez nous, nous avons des bus de plus 60 places et ce n’est pas facile de les remplir en un ou deux jours. Il nous arrive de passer tout une semaine. Nous regrettons cette absence de clientèle et désormais nous prendrons des dispositions pour faire voyager nos passagers à temps même si nos bus sont à moitié vides ». Si Yoguerim se plaint du manque de clientèle, Nahoud Malachie Béadoumngar de l’agence Cogemar Express, lui, se frotte les mains car tous les passa¬gers découragés se sont déversés à son agence ce 30 mai à 6h30 pour les formalités de voyage. « Chez nous, nous mettons la rigueur pour satisfaire nos clients. Nous respectons la ponctualité et nous avons un tarif abordable à la portée des voyageurs moyens. Ce que nous regrettons c’est le comportement de certains de nos chauffeurs qui ne respectent pas les passagers et cela a fait l’objet des plaintes que nous avons déjà résolues. Les mesu¬res sont prises contre ces chauffeurs et depuis lors, il n’y a aucun problème », renchérit Nahoud Malachie.

Tarnyade Bodalta Djon-gonan (Stagiaire)
N’DJAMENA BI-HEBDO N° 955 du 5 au 7 juin 2006


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