Gbagbo à l’école de Déby – NDJAMENA BI-HEBDO N° 959 du 19 au 21 juin 2006

De longue date, les relations diplomatiques et commerciales entre le Tchad et la Côte d’Ivoire sont restées très timides sinon inexistantes. Ceci expliquant cela, la visite effectuée du 14 au 15 juin par le président ivoirien, Laurent Gbagbo, à la tête d’une forte délé­gation, à son homologue tchadien, Déby Itno, suscite bien de ques­tions. La nécessité soulignée par les deux présidents « d’élargir et de renforcer la coopération entre la République du Tchad et la Répu­blique de Côte d ivoire » n’est appa­remment pas l’objectif primordial de cette visite, mais un prétexte pour aborder des problèmes com­muns aux deux pays.

Les deux pays, de Gbagbo et de Déby Itno, traversent une véritable crise politique. Il s’agit des rébel­lions ou de ce qu’ils appellent eux­-mêmes agressions extérieures. Déby Itno comme Gbagbo refu­sent de reconnaître les vraies cau­ses intérieures des conflits aux­quels leurs pays respectifs sont confrontés afin d’en rechercher les solutions durables. Pour eux, ils font face à des agressions exté­rieures. « La Côte d’Ivoire a été agressée. Depuis septembre 2002, nous faisons tous les efforts pour sortir de cette crise », a dit Gbagbo dans son discours à N’Djaména.

Autre problème commun: les élections. En Côte d’Ivoire, les élec­tions n’ont pas été organisées à l’échéance prévue par la Constitu­tion à cause de la division du pays entre loyalistes et rebelles, qui oc­cupent la partie nord du pays. Au Tchad, Déby Itno, en bon militaire, «a tenu tête» à la société civile, à l’opposition démocratique et mili­taire, et à la communauté interna­tionale, qui lui demandaient en son temps de reporter les élec­tions pour organiser au préalable un dialogue national sans exclu­sive. Il a organisé les élections le 3 mai, mettant tout le monde devant le fait accompli. Il avait, avant cela, réussi à neutraliser la rébellion qui est arrivée aux portes de N’Djaména.

Cette prouesse ne pouvait lais­ser indifférent le président ivoirien qui fait face aux problèmes sem­blables. Laurent Gbagbo qui dit faire en ce moment tout pour que les élections aient lieu avant la fin de cette année et que ces élections mettent définitivement un terme aux crises que traverse son pays. « Je ne pouvais pas donc rester insensible devant ce qui s’est passé à NDjaména où les rebelles sont venus jusqu’à l’Assemblée Natio­nale. Je l’ai appris par les radios, les journaux, par les télévisions. J’ai envoyé un émissaire parler avec le Président et je suis venu pour sa­luer Idriss Deby Itno et lui apporter le soutien de la Côte-d’Ivoire. Ce soutien, il est profond et sincère parce que nous savons mainte­nant ce que ça veut dire une agres­sion », a-t-il expliqué.

Dans certains milieux, on pense que le président ivoirien voulait pro­fiter de cette visite pour rencontrer les émissaires de Chirac à N’Djaména. D’autre part, on indi­que que Gbagbo souhaitait que Déby intervienne auprès de Paris pour la résolution de la crise en Côte d’Ivoire.

La lecture des discours des deux présidents, qui fustigent la posi­tion de l’Union africaine dans leurs conflits respectifs, fait apparaître leur souci d’harmoniser leurs po­sitions pour le prochain sommet de l’Union africaine à Banjoul. « Je voudrais s’il plait à Dieu avoir la chance de recevoir le Président Idriss Deby Itno sur le chemin de Banjul pour que nous fassions un petit tour d’horizon avant de nous rendre en Gambie », a dit le prési­dent ivoirien.

En acceptant l’invitation, Déby Itno dit pour sa part: « Je souhaite de tout coeur que le sommet de Banjul soit un nouveau départ pour l’Afrique. J’espère que ce sera le som­met de la vérité où nous nous con­sacrerons entièrement au règle­ment global des problèmes qui se posent à l’Afrique ».

Alladoum Nadingar
NDJAMENA BI-HEBDO N° 959 du 19 au 21 juin 2006


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