Crise autour d’une caisse paysanne à Léré– NDJAMENA BI-HEBDO N° 959 du 19 au 21 juin 2006

Certains cotonculteurs de Léré suspectent le secrétaire général de leur association de manipuler les fonds de leur épargne devant leur permettre de prendre une part dans le capital social de la future société cotonnière. Ils entendent saisir la justice.

A la suite de la réforme du secteur coton adoptée par le gouvernement en décembre 1999, chacune des neuf usi­nes de la Cotontchad avait mis sur pied dans sa zone un Co­mité de coordination local (Ccl) des cotonculteurs présidé par un secrétaire général et ayant pour membres les délégués cantonaux. Au total, neuf( 9) Ccl ont été crées dans la zone co­tonnière.

Les Ccl sont définis comme cadres de concertation et de coordination dans la réalisation des objectifs de la campagne cotonnière, mais également un outil d’encadrement devant pré­parer les cotonculteurs à être des partenaires des éventuels repreneurs de la Cotontchad à la privatisation. Pour cela, les cotonculteurs devraient entrer dans le capital social de la nou­velle société cotonnière. On ré­veilla alors l’idée d’épargne des cotonculteurs qui sommeillait. Ainsi, tous les cotonculteurs ont commencé depuis 2000, à chaque campagne, à cotiser 5 F par kilogramme et par cotonculteur. En fin décembre 2005, les 9 Ccl ont totalisé près d’un milliard de FCFA.

Selon les textes qui régissent les Ccl, tout l’argent collecté auprès des cotonculteurs doit être épargné dans un compte bloqué d’une banque. Cela, afin de préserver les cotisations de tout éventuel détournement et leur permettre de générer des intérêts. Les secrétaires géné­raux des Ccl doivent tenir des réunions régulières (2 à 3 fois par an) pour rendre compte de l’état de la caisse aux délégués cantonaux et aux représentants des associations villageoises. Mais le Secrétaire général du Ccl de Léré n’a pas respecté ces dispositions et cela a créé un déficit d’information chez les producteurs qui ont commencé à s’agiter dès décembre 2005. Mais cette volonté des produc­teurs de coton de Léré de de­mander des comptes à leur Sg. n’était pas venue au bon mo­ment.

Manoeuvres dilatoires
En effet, arguant d’un manif des élèves du lycée de Pala, qui soutenaient leurs enseignants en grève, les autorités adminis­tratives ont interdit une assem­blée générale du Ccl de Léré prévue pour le 15 décembre 2005. Ensuite, pour des motifs peu convaincants, d’autres réu­nions, notamment celle du 9 janvier 2006 ont été reportées. Le 16 janvier, le secrétaire gé­néral du Ccl, Lachakbé Patchanné a réussi à organi­ser une rencontre extraordinaire avec quelques délégués canto­naux. A cette occasion, le Sg Lachakbé a tiré à boulets rou­ges sur « de groupes d’individus mal intentionnés contre le Ccl et son Sg ». En fait, ceux que le SG qualifiait de « mal intentionnés » n’étaient autres que les cotonculteurs qui veulent voir clair dans la gestion de leur caisse. « La réunion du 16 jan­vier a été un non événement. Nous avons exigé une autre as­semblée générale », a confié l’un des frondeurs. Le 22 janvier, une Ag prévue a été qualifiée de poli­tique et interdite. A cette occasion un cotonculteur dans le rang des frondeurs a été arrêté par les gendarmes avant d’être libéré après moult démarches.

Face à toutes ces tracasseries, qui empêchent de tenir les réu­nions, le député du Lac Léré, Saleh Kebzabo se saisit de l’affaire en expliquant aux autorités de la région le bien fondé des revendications des producteurs. Finalement, le 25 mai, à l’issue d’une réunion, les délégués can­tonaux projettent une retrouvaille pour le 1er juin. Curieusement, celle-ci ne verra pas la participa­tion des délégués cantonaux à qui les invitations ont été retirées par certaines malices. Pour ne pas tourner en rond, le député Saleh Kebzabo, conclut de con­voquer le 8 juin 2006 à son do­micile de Léré, une réunion de crise pour expliquer aux cotonculteurs l’enjeu que revêt leur participation dans la future société cotonnière. La réunion se tient. Y ont pris part, quatre délé­gués cantonaux sur les neuf et de nombreux représentants des associations villageoises. Le hangar du député n’a pas pu contenir ce beau monde, qui a regretté l’absence du secrétaire général, Lachakbé Patchanné.

A travers leurs interventions, les participants ont déploré le flou créé autour de la gestion de leurs cotisations. Plus curieux, certains délégués cantonaux, ont exprimé leur méconnais­sance de l’état de cette caisse. « Le Sg gère tout sans rendre compte à personne ».

Le couverture politique du Sg
Rencontré trois jours avant la tenue de cette réunion, le Sg, Lachakbé Patchanné, a plutôt accusé le député Kebzako de vouloir à sa tête. « C’est pour des raisons politiques qu’il m’en veut, parce que j’ai quitté son parti (l’Undr) pour adhérer au Mps. Saleh Kebzabo veut attein­dre mon moral et saper ma po­pularité devant les producteurs. La gestion des 5 francs des coti­sations évoquée n’est qu’un pré­texte », s’est-il défendu. Lachakbé Patchanné n’admet pas que ce soit le député Kebzabo qui l’interpelle à la place des cotonculteurs. Cepen­dant, il a reconnu que les textes du Ccl n’autorisent aucun prêt d’argent. « C’est une particularité paysanne. Pour bénéficier des financements des projets de construction de certaines infras­tructures, il est demandé une participation financière aux pay­sans. C’est à ceux qui présen­tent des bons projets que je prête de l’argent et à la vente du co­ton, je récupère à la source », a-t-­il soutenu. Le Sg a estimé que le Ccl du Lac Léré ne souffre d’aucune mauvaise gestion. Pour preuve, il exhibe un carnet d’épargne dont le solde en 2005 est de 166.443.170 FCFA. Sur une autre fiche volante, il pré­sente une autre solde de 179.818.955 FCFA. Des deux chiffres, lui seul détient le se­cret du fond exact de caisse.

Compte-rendu ou justice
Mais à la rencontre de crise du 8 juin, les cotonculteurs ont suspecté un gaps de 13.375.765 FCFA dans leur caisse. Certaines indiscrétions font état de 10 millions de CFA empruntés que le Sg entend ré­cupérer d’ici fin juin. Au regard des chiffres, même si ces rem­boursements s’effectuent, la dif­férence enregistrée aura bien besoin des explications…
Aussi, pour couper court à toute autre manoeuvre, les par­ticipants à la rencontre du 8 juin ont-il exigé, la convocation sous trentaine d’une assemblée gé­nérale par le bureau du Ccl qui statuera sur le bilan de gestion. Le cas échéant, par l’intermé­diaire d’un avocat déjà commis, ils saisiront la justice pour que lumière soit faite sur cette coti­sation.

Djéndoroum Mbaïninga
NDJAMENA BI-HEBDO N° 959 du 19 au 21 juin 2006


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